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«Bab El Oued Imazighen !» (1)

Par ses slogans inventifs, le génie populaire a répondu sans ambiguïté aux provocations des boute-feu du pouvoir.

L’objectif, identifié par tous, est de créer des troubles afin de casser le mouvement de mobilisation populaire pour l’avènement de la république algérienne démocratique et sociale. La réponse unitaire du peuple algérien est exemplaire.

L’incarcération de plusieurs manifestants pour motif de ‘’port de drapeau interdit’’, sans aucune base ou référence au code pénal, confirme qu’il ne s’agit pas d’un excès de zèle de la police nationale ou d’une erreur d’interprétation des ordres donnés par la haute hiérarchie militaire.

C’est une décision politique assumée par les nouveaux détenteurs du pouvoir.

Le nationalisme arabe, idéologie totalitaire affaiblie mais pas vaincue, vient d’engager une nouvelle bataille pour faire avancer sa politique dans le domaine de la visibilité médiatique.

Ceux qui ont pris cette décision d’interdire l’emblème amazigh (l’Aza) dans l’espace public de son pays ont reçu leur ordre depuis les capitales orientales.

Demain, ils leur ordonneront de faire déployer le drapeau à deux sabres ! 

Il y a une multitude de ‘’petits Saddam Hussein’’ qui sont prêts à exécuter les ordres de leurs parrains saoudiens, émiratis et qataris pour des rétributions en dollars et… une place au paradis !

« Drapeau ntaε Leqbayel » (drapeau des Kabyles)

Cette expression a été entendue vendredi dernier dans la rue Didouche-Mourad, de la bouche d’un lieutenant de police qui s’affairait, avec ses hommes, à prendre d’assaut un balcon sur lequel un vieillard brandissait fièrement un immense Aza amazigh. Lorsqu’un manifestant qui se trouvait à côté expliqua calmement à ce lieutenant la signification de ce drapeau, l’opération commando fut annulée sine die, et la troupe changea de lieu.

Cet événement montre toute la part d’ignorance et de volonté de manipulation de la haute hiérarchie de l’Etat.

Pendant le mouvement amazigh de 1980, des instructions avaient été données par le FLN aux responsables des kasma/sections pour diffuser des fausses informations : “Les Kabyles brûlent le drapeau national, brûlent le Coran, veulent diviser le pays, etc.”.

Les témoignages attendus des anciens militants du FLN de cette époque rendraient service à l’histoire de notre pays.

L’Aza amazigh, emblème fédérateur des peuples nord-africains.

Il y a une réelle homogénéité ethnique et culturelle des peuples des pays d’Afrique du Nord, et les variantes linguistiques (tamazight et dardja) des différentes régions ne doivent pas être interprétées comme des différences de peuples.

Les quelques dizaines de milliers de cavaliers et de bédouins Banu Hillal et Banu Souleymane qui sont venues entre le 7e et le 11e siècles n’ont pas du tout modifié le socle de la population amazighe.

Le seul événement notable, avec l’islamisation, est l’apparition de la langue dardja, synthèse de tamazight et de l’arabe. Dix siècles auparavant, il y a eu aussi l’apparition de la langue punique à Carthage et dans le nord-tunisien, synthèse de tamazight et du phénicien ; cette langue punique a disparu à peine un siècle après la destruction de Carthage en -146 av. J.C.

Par ignorance, les manifestants qui scandent généreusement dans les marches : « Qbayli, Aârbi, khawa, khawa » (Kabyles et Arabes sont frères…) ont raison de le faire, mais ils ont historiquement tort. Il n’y a que des Algériens de toutes les régions du Pays, qui s’expriment en dardja (algérois, oranais, de l’Est, etc.) ou en tamazight (kabyle, chaouia, touareg, tasnusit, tachenouit, tamzabt, tamisrawit, etc.).

Minorités et majorités ethniques en Afrique du Nord.

On confond souvent, par calcul ou involontairement, les minorités ethniques et les minorités linguistiques ou religieuses.

Aujourd’hui, les seules populations algériennes pour lesquelles on pourrait utiliser les termes de minorités ethniques, ce sont les quelques tribus arabes qui se sont fixées sur les Hauts Plateaux et dans le Sud (les Chaâmbas, etc.), et les quelques familles juives et pieds-noirs qui sont restées dans le pays après 1962.

L’État a le devoir d’assurer leur protection au même titre que les autres citoyens.

Aumer U Lamara, écrivain

Notes :

(1) Cette expression vaudrait pour tout village, toute tribu ou toute ville de notre immense territoire, de Derna en Libye à Agadir au Maroc, et d’Alger à Kidal au Mali…

 

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