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La coiffure à plumes, sa diffusion et son expansion

Plusieurs documents d’époque punique montrent des personnages à tête surmontée de la tiare à plumes d’une typologie variée. Il est intéressant de connaître les premières apparitions (dans ce cas on ne peut pas parler d’origine) de cette coiffure, sa présence dans le grand Sahara, sa diffusion en Orient: en Mésopotamie, en Syrie du Nord et dans l’Occident phénico-punique. Les documents sont variés; ils relèvent d’une fourchette chronologique large: gravures rupestres, peintures égyptiennes, bas-reliefs, stèles, pastilles d’argile, terres cuites, hachette-rasoirs, statuettes en bronze etc.

La parure à plumes sur les gravures rupestres

De l’époque archaïque à la phase bovidienne, qui correspondent au Ve millénaire av. J.-C., on a relevé des plumes surmontant la tête des personnages représentés sur les peintures rupestres de différents endroits : à Oued Jérad, en Tassili, à Tin Rassoutine, à Acacus, à Tibesti, et près le Wadi Sora. Ces plumes apparaissent encadrant une coiffure hémisphérique, en une sorte d’aigrette sur le côté de la tête, ou en grand panache ou encore ornant une toque; on remarque aussi un personnage portant une coiffure volumineuse constituée de plumes.

Les plumes restent un élément majeur de l’accoutrement de la phase équidienne, au Sud ouranais et algérois à Oued Jérad, au Tassili n’ Ajjer (FIG. 1), à Ihéron (FIG. 2). Les plumes sont de plus en plus nombreuses à Tisebrouk, à l’Acacus, à Teshuinat V et à Uan Muhuggiag où elles surmontent le front d’un personnage serré par un bandeau. A Teshuinat V, deux plumes tombent de chaque côté d’une tête; à Tin Lilan un homme marchant porte une coiffure en cimier dans laquelle est plantée une plume tombant sur le côté de la tête. Le même ornement apparaît au Fezzan, au Hoggar, à In Eker dans l’Ahaggar, dans l’oued Ahor, à Esali.

Partout, ces plumes ornant les têtes des guerriers libyens qui figurent à Esali Sekin, à Akeloulel, à Teremmoun et dans l’Adrar des Iforas (FIG. 3). En Aïr les représentations ont une ou six plumes sur la tête. Dans toutes ces régions, les plumes font partie des accessoires complétant la tenue des hommes pré et protohistoriques dans le but de décorer la tête et la chevelure 1.

Des personnages des régions nilotiques installés en Libye ont la tête ornée entre une et six plumes. Le personnage le plus important a la tête ornée de plus grand nombre de plumes 2; ces sont des plumes d’autruche mâle. Tous ces ornements nous rappelle les Indiens d’Amérique.

On constate que le nombre des plumes est variable; ils sont disposées de manières différentes, accompagnées, dans certains cas d’une ou de deux cornes. Ces plumes forment parfois de véritables couronnes maintenues par un bandeau; ce type de couronne est porté par des personnages gravés sur des stèles retrouvées en Kabylie 3.

Plus tard, des peintures des tombes égyptiennes montrent des Libyens portant, sur un côté rasé de la tête une plume, et sur l’autre une tresse. Ces plumes sont placées parfois du même côté, ou une par devant et l’autre par derrière, serrées par un bandeau 4. Sur une autre peinture, on voit des guerriers dont un est muni d’un arc et l’autre d’une épée. Le premier de la file, qui semble être le chef, porte une barbe en pointe; il est vêtu d’un costume à décor imprimé ou brodé; sa tête est surmontée de deux plumes; elles sont placées sur un côté et une tresse sur l’autre côté. Le deuxième et le quatrième, qui ne sont vêtus que d’un cache-sexe, portent une plume sur le côté droit 5 (FIG. 4).

Sur une autre peinture du Nouvel Empire figurent des mercenaires libyens appartenant à l’armée égyptienne; ils sont représentés en mouvement en train de danser, probablement la danse de la guerre (FIG. 5). Ce qui nous fait penser, une fois de plus, aux Indiens d’Amérique, qui toujours à la veille d’une bataille importante, ils dansent tous ensemble et font la fête pendant une partie de la nuit. Les guerriers qui dansent tiennent dans chaque main un bâton; ils ont la tête ornée de trois plumes dressées. Ceux qui jouent aux instruments à cordes sont au nombre de trois; leur tête est surmontée de deux plumes placées sur le côté droit 6.

La coiffure à plume en Orient

L’ornement d’une ou de deux plumes sur la tête est attesté en Mésopotamie. On le constate sur une plaquette de calcaire de 18 cm sur 15 cm, trouvée à Tello, datée de la fin du Ve millénaire av. J.-C.; elle représente un personnage debout, faisant le geste de l’adoration devant l’entrée d’un temple. Sur le devant de la tête s’élèvent droites deux plumes maintenues par un bandeau 7.

Un fragment de bas-relief archaïque daté de 3000 av. J.-C. provenant également de Tello, représente deux personnages: celui de gauche porte une coiffure à cornes ornée de plumes 8 (FIG. 6).

Plus tard, d’autres coiffures apparaissent; elles sont de différents types, illustrées essentiellement par la tiare cylindrique au sommet plat, ou arrondi, ou encore surmonté d’un cône. Au IIe millénaire, on rencontre la tiare cylindrique comportant à sa partie supérieure une rangée de plumes. Elle coiffe la tête des dieux, des rois, des sphinx, des taureaux akkadiens et perses.

Le roi de Babylone Marduk-Zakir-Shoumi a dédié une plaque au dieu Marduk. Le dieu est vêtu d’un costume somptueux; la tunique longue est ornée d’images astrales brodées. La tête à chevelure longue est surmontée d’une haute tiare cylindrique, à base marquée par deux bandes ornées d’ondes, et décorée de rosaces; elle est bordée à son extrémité supérieure d’une rangée de plumes 9 (FIG. 7).

Sur une autre stèle on voit Adad, debout sur un socle à imbrication en écaille suggérant la montagne, il porte également la même tiare, mais sans décor; les plumes, qui constituent une rangée à la partie supérieure, sont recourbées vers l’extérieur. La chevelure est longue ainsi que la barbe qui descend sur la poitrine; sur sa tunique, on voit l’image d’une tour à étages, probablement celle de Babylone 10 (FIG. 8).

Le dieu Adad apparaît sur une autre stèle découverte par la mission allemande à Babylone; elle est érigée par Shamash-Resh- Outsour, gouverneur de Souhi et de Maer (région de Mari), pays dans le voisinage de Habour, affluent de l’Euphrate. Sur cette stèle, le gouverneur est figuré entouré de plusieurs divinités qu’il implore. Il est coiffé d’une tiare à pointe, debout devant le dieu Adad à tête coiffée d’une tiare cylindrique basse terminée, à sa partie supérieure, d’une rangée de plumes dressées 11.

Sur un bas relief de Persépolis, le premier personnage, d’un défilé de tributaires, porte une couronne de plumes dressées maintenues par un bandeau 12 (FIG. 9).

Sur une borne miliaire de la fin du XIIe siècle av. J.-C., on relève l’image de Marduk-Nadin-Ahé, le dernier roi kassite; sa barbe est bien fournie; sa chevelure longue est surmontée d’une tiare cylindrique, ornée à la base par une bande de rosaces; son extrémité supérieure comporte une rangée de plumes dressées 13 (FIG. 10).

On a remarqué que cette tiare coiffe aussi des animaux fantastiques à tête humaine. Elle est relevée sur un cylindre babylonien qui a subi l’influence assyrienne (Xe-IXe siècles av. J.-C.) figure l’image d’un sphinx ailé, au corps recouvert de plumes, à queue et à pattes d’oiseaux. La tête humaine, imberbe, aux cheveux bouclés est surmontée d’une tiare cylindrique basse terminée à sa partie supérieure d’une rangée de plumes 14 (FIG. 11).

Les fouilles d’Enkomi, à Chypre, ont fourni également l’image d’un sphinx sur une plaquette en ivoire; il a le buste humain à la tête coiffée d’une tiare basse à une seule rangée de plumes dressées 15 (FIG. 12).

Les taureaux de Khorsabad 16 et de Persépolis 17 sont debout, ailés; à tête humaine, à barbe, aux cheveux longs et bouclés. Ils ont la tête coiffée d’une tiare cylindrique haute, garnie à la base de deux paires de cornes pour le premier (FIG. 13) et de trois paires de cornes pour le second (FIG. 14) et ornée de rosaces; une rangée de plumes est placée au sommet.

La coiffure à plumes à Carthage

Des peintures rupestres trouvées au Jebel Bou Slem, dans le région de Kairouan, datant du IIIe-IIe millénaire av. J.-C., représentent des personnages à tête coiffée de deux plumes 18.

A Carthage, la coiffure à plumes apparaît timidement sur les supports variés. Au VIe siècle av. J.-C. elle est rare; mais on la relève, au IVe siècle sur une empreinte de sceau sur laquelle figure un dieu debout ayant la tête coiffée d’une couronne à plumes; il tient de la main gauche un sceptre et, de l’autre, une gerbe de blé 19.

Dans une tombe de la nécropole de Carthage, secteur de Douimès, L. Delattre a trouvé un médaillon en terre cuite sur lequel figure un cavalier; il a la tête surmontée d’un casque à aigrette 20 (FIG. 15).

Des plumes dressées sont remarquées sur la tête de personnages peints sur les parois des tombes libyques et libyco-puniques. Elles coiffent la tête d’un personnage peint sur l’une des parois d’une tombe de la nécropole de Menzel Témime, datée du IVe-IIIe siècles av. J.-C. 21.

La même couronne de plumes est portée par un guerrier peint sur l’une des parois des Hanouanet de Kef El Blida, en Khroumirie 22, et de Sidi Mohamed Latrech au Cap Bon 23. La parure à plumes surmonte aussi la tête d’un guerrier gravé avant cuisson sur un vase modelé de forme tronconique sorti d’une tombe de la nécropole punique de Smirat, au Sahel, datée du IVe-IIIe siècles av. J.-C. 24.

A Carthage, la couronne à plumes couvre la tête d’un personnage terrassant un guerrier. Il s’agit d’une rangée de plumes dressées maintenues par une bande serrée au-dessus du front. Cette scène figure sur une hachette-rasoir découverte dans une tombe du secteur de Sainte Monique (FIG. 16), datée du IVe-IIIe siècles av. J.-C. 25.

Cette parure en terre cuite est rare. C’est, en fouillant le temple de la Gare de Salammbô , que L. Carton a trouvé parmi le matériel riche et varié, la tête d’un dieu, apparemment sans corps; elle représente un homme à force de l’âge. La bouche est cachée par des moustaches épaisses qui se mêlent à une barbe bien fournie, peu longue et fortement frisée. Sur une chevelure longue et bouclée repose une tiare constituée de trois rangées de plumes élargit vers le haut et à extrémité recourbée 26 (FIG. 17).

Le temple de Thinissut, au Cap Bon, a donné une seule statuette représentant un dieu âgé assis sur un troˆne flanqué de sphinx à tête de fillette. Le dieu est assis; les pieds sont nus. La bouche est dégagée, surmontée de moustaches courtes; leurs extrémités se confondent avec une barbe bien fournie, soignée et fortement bouclées. La chevelure courte, frisée, est surmontée d’une tiare haute constituée d’une seule rangée de plumes dressées émergeant d’une couronne; elle laisse échapper quelques bouclettes encadrant le front 27 (FIG. 18).

Un fragment de stèle du sanctuaire dit Tophet de Salammbô, du niveau du IVe-IIIe siècle av. J.-C., représente l’image gravée d’un cavalier coiffé d’un casque en dôme surmonté d’une porte panache (FIG. 19) 28.

Sur une stèle du sanctuaire d’El Hofra, à Constantine, remontant au IVe-IIIe siècle av. J.-C., figure un dieu assis à l’intérieur de sa demeure; l’entrée est flanquée de deux colonnes soutenant un fronton triangulaire orné de rosaces et du disque solaire coiffé du croissant. Le dieu porte trois plumes dressées sur la tête 29.

De Genoni, en Sardaigne, provient une statuette en bronze représentant un vieil homme debout à barbe courte, bouclée; sa tête est couverte d’une tiare à une seule rangée de plumes dressées, légèrement élargie vers le haut; elle repose sur une double couronne 30 (FIG. 20).

En Egypte, les divinités comme Anoukis et Bès portent la couronne à plumes 31. Bès est africain; son image est répandu dans tout le monde phénico-punique d’Est en Ouest, depuis la fin du IIIe millénaire av. J.-C. jusqu’à l’époque romaine. L’image de Bès est rencontrée à Carthage et ailleurs, sur plusieurs supports: la terre cuite (FIG. 21), l’os et l’ivoire pour décorer des meubles; à Ibiça, on voit son image même sur les monnaies.

Depuis le Néolithique, la parure à plumes s’est présentée de différentes manières, dont la plupart ont survécu jusqu’au Ier millénaire av. J.-C., et même jusqu’au XXe siècle chez des tribus berbères du grand Sahara africain, et dans plusieurs endroits du monde antique, surtout en Mésopotamie, en Egypte, en Syrie du Nord (FIG. 22) et en Palestine.

Cette parure se maintient très longtemps chez les tribus libyennes. Aux témoignages de Dion Chrysostome 32, les Nasamons dressent des plumes sur leur tête, mode que leur ont, sans doute, empruntés les Garamantes, leurs voisins du Sud-Ouest qui vivent dans le désert. Tertullien 33 a fait allusion aux plumes auxquelles on peut reconnaître les Nasamons. A Tin Hinan, les fouilles ont mis au jour un tombeau daté du IVe siècle ap. J.-C., renfermant les restes d’une princesse Touareg noble du Hoggar; elle a tout autour de la tête plusieurs tiges de plumes d’autruche. Ce sont les restes d’une couronne à plumes 34. Au VIe siècle, Corippus signale que plusieurs chefs berbères ont la tête parée par des plumes; il les qualifie d’emplumés (pinnatus). Il indique qu’il s’agit d’un insigne qui distingue du menu peuple des gens les plus importants. Mais il ne précise pas la composition de cet insigne; s’il est constitué d’une ou de trois plumes dressées, ou par une panache.

Il semble que les Libyens ont gardé cet ornement jusqu’au XIXe siècle. Aux témoignages d’E. Fromentin, des chefs de quelques tribus, comme celle d’Arba, portent un chapeau de paille conique orné de plume d’autruche noire mâle 35. Donc cette coiffure, comme celle des Indiens d’Amérique, n’a pas été abandonnée par certaines tribus berbères du grand Sahara africain. On pense qu’elle a dû disparaître au XXe siècle.

Cette couronne est parfois surmontée d’une autre rangée de plumes. C’est cette tiare, peu haute, qui coiffe la tête de la déesse Nóna qui est assise sur un trône figurant sur un bloc de diorite (de 90 cm) provenant de Suse daté de 1185-1170 av. J.-C. Cette tiare, composée de deux rangées, est complétée d’une troisième rangée de plumes et c’est à Carthage qu’on trouve ce spécimen; on le relève sur la tête d’un dieu trouvé dans le temple de la gare de Salammbô . Les plumes, sur cette tiare, ont leur extrémité recourbée et élargie vers le haut.

En Orient, outre cette coiffure, la couronne à plumes a connu des transformations: c’est la tiare cylindrique basse, quelle soit simple ou brodée; elle est terminée, à son extrémité supérieure, d’une rangée de plumes hautes et droites, aux bouts recourbées comme celle portée par le dieu Adad sur la stèle du gouverneur de Mari.

La tiare à plumes a pris une autre forme; elle devient cylindrique, haute, terminée à sa partie supérieure d’une rangée de plumes; mais elle se présente sous deux aspects relevés sur les documents consultés. Nous avons une tiare cylindrique haute avec, en bas, une bande ornée de rosaces: elle est simple et terminée à son extrémité d’une rangée de plumes dressées. Cette tiare est portée par le dieu assyro-babylonien Marduk (fin du IIe millénaire av. J.-C.), du roi Marduk-Nadin-Ahé de la même époque et du dieu Adad.

Ce type de tiare comporte parfois entre deux ou trois paires de cornes et une décoration composée de rosaces. Cette tiare coiffe la tête des taureaux ailés debout flanquant les portes d’entrée des palais des rois.

La coiffure à plumes : signification

D’après les documents, la coiffure à plumes est portée par les dieux, les rois, les chefs de tribus, les soldats les plus braves. Tout d’abord, les plumes sont un élément de parure et un souci de coquetterie, présent à toutes les époques dans les régions nord-africaines, depuis le Néolithique jusqu’au VIe siècle ap. J.-C. Sur les bas-reliefs ou sur les peintures, les plumes sont nombreuses sur la tête des personnages qui détiennent une responsabilité politique ou un pouvoir religieux. Les guerriers et les mercenaires en portent; mais le nombre qui flottent sur la tête des chefs et de leurs braves soldats indique leurs grades.

La même signification est appuyée, en Orient au Ve millénaire, par deux plaquettes provenant de Tello. Sur une plaquette, le personnage qui porte les deux plumes sur la tête semble être le plus important; il s’agit, sans doute, d’un chef à en croire les plumes et aussi le gobelet conique tenu par la main. Sur l’autre plaquette, le personnage est vêtu d’un pagne, debout devant l’entrée d’un temple indiquée par deux colonnes. Il est donc dans une ville organisée, possédant une structure sociale, une autorité politique. La présence d’un temple prouve l’existence d’un pouvoir religieux. En étant devant l’entrée du temple de la ville, le personnage est sans doute un chef qui a une autorité religieuse; il est vêtu d’un pagne et porte deux plumes fichées dans les cheveux par devant.

Plus tard, cette coiffure et ce costume ont disparu; au IIe millénaire, les deux plumes sont substituées par la tiare cylindrique à une rangée de plumes et à cornes. On sait qu’en Mésopotamie, la tiare cylindrique est un instrument astronomique spécifiquement chaldéenne, en relation avec la mesure du temps. La tiare cylindrique n’est rien d’autre que la voûte du ciel représentée à l’envers. Une demi-sphère creusée dans la pierre. En son centre, la pointe d’un style y est fichée dont l’ombre, marque à toute heure de la journée la marche et la position du soleil sur la voûte céleste par la concavité de la tiare 36.

On comprend pourquoi Marduk se coiffe de la tiare cylindrique. C’est le divin patron de Babylone qui s’est substitué à Enlil en tant que dieu suprême et organisateur du monde. A partir du corps de Tiamat, il a crée la voûte céleste et la terre et a fixé la marche des étoiles et a décidé la création de l’homme. Les plumes qui ornent en couronne la partie supérieure de sa tiare ne sont qu’un insigne de supériorité, de puissance et d’une lourde responsabilité et d’un pouvoir religieux suprême.

Les personnages des régions nilotiques installés en Libye ont la tête ornée d’une à six plumes d’autruche mâle. Cette parure est portée par des gens d’un rang social assez élevé, d’une certaine noblesse. C’est l’insigne qui prouve qu’ils sont des guerriers vaillants.

Donc ces plumes sont un insigne de chasse et de guerre. C’est un ornement personnel et non pas une marque pour distinguer les différentes tribus. On constate que le port des plumes doit désigner un chef d’un rang supérieur. D’après O. Bates, le grand nombre de plumes qui parent un personnage, présent dans un groupe, est indice de son importance.

Dans le monde punique, la tiare à plumes est l’insigne de l’importance du personnage et de son pouvoir religieux; en revanche cette tiare à plumes est particulièrement portée que par des dieux.

Zohra Chérif | Institut National du Patrimoine, Tunis.

Cette étude a été initialement publiée dans L’Africa romana XVII, pp. 157-170.

Notes :
1. F. LA CORRE, Le Vêtement dans l’art rupestre nord africain, dans Travaux du Laboratoire d’Anthropologie, de Préhistoire et d’Ethnologie des Pays de la Méditerranée occidentale, Aix-en-Provence 1984, p. 16-7. Rapport de M. E. F. Gautier sur la mission de Gautier et Reygasse de 1934, «CRAI», 1934, p. 153.
2. ST. GSELL, Histoire Ancienne de l’Afrique du Nord (= HAAN), t. VI, Paris 1927, p. 31 notes 3-4.
3. C. TISSOT, Géographie comparée de la Province romaine d’Afrique, Paris 1884, fig. 50. Sur un bas reliefs de Tiout, en Libye, un homme, au milieu d’un troupeau de bœufs, brandissant des armes; il a la tête coiffée d’une couronne de plumes; ibid., p. 344, fig. 18. G. SENNEQUIER, C. COLONNA (sous la dir. de), L’Algérie au temps des royaumes numides, Ve siècle av. J.-C. – Ier siècle ap. J.-C., Paris 2003, p. 35.
4. O. BATES, The Eastern Libyans: an Essay, London 1970, p. 130, figg. 35-36.
5. Ibid., p. 138, fig. 49.
6. Ibid., p. 155, fig. 63.
7. G. CONTENAU, Manuel d’Archéologie Orientale, 3 t., Paris 1927-32, t. I, fig. 321, p. 423, 453.
8. Ibid., t. III, p. 431, fig. 327.
9. Ibid., t. I, p. 297-8, fig. 137.
10. Ibid., p. 228, fig. 139.
11. Ibid., p. 1302-3, fig. 823.
12. Ibid., t. III, p. 438, fig. 871.
13. Ibid., t. I, p. 99, fig. 46.
14. Ibid., t. III, p. 1172, fig. 769.
15. C. DECAMPS DE MERTZENFELD, Inventaires commentés des ivoires phéniciens, Paris 1954, n. 801, pl. LXXI.
16. CONTENAU, Manuel, cit., t. III, p. 1256, fig. 806.
17. Ibid., p. 1416, fig. 963.
18. J. SOLIGNAC, Les peintures rupestres dans la région de Djébibina, «RT», 38, 1936, fig. 4, p. 19; fig. 5, p. 21, 26, 45.
19. T. RÉDISSI, Etudes des empreintes de sceaux de Carthage, dans F. RAKOB (éd.), Karthago III. Dei Deutschen Ausgrabungen in Karthago, Mainz am Rhein 1999, p. 40, fig. 181.
20. L. DELATTRE, La nécropole de Douimès (à Carthage). Fouilles de 1895-1896, «BSAF», t. LVI, 1897, p. 94-5, fig. 58.
21. M. FANTAR, Recherches sur l’architecture funéraire punique du Cap Bon, Rome 2002, p. 120-1.
22. M. F. BONNIARD, Peintures rupestres des chambres sépulcrales creusées dans le roc en Tunisie septentrionale (région des Mogods), «BCTH», 1928-29, p. 299-304.
23. M. GHAKI, Les haouanet de Sidi Mhamed Latrech, Tunis 1999, p. 193-4.
24. G. GOBERT, P. CINTAS, La nécropole de Smirat, «RT», 1941, p. 83-121.
25. L. DELATTRE, Nécropole punique de Carthage, Série de figurines, couvercle de boîte à miroir, fiole funéraire avec inscription, «CRAI», 1905, p. 326; C. PICARD, Sacra Punica, «Karthago», XIII, fig. 65, n. 37.
26. L. CARTON, Le sanctuaire punique découvert à Carthage, Paris 1929, p. 15, n. 28, pl. IV, 8.
27. A. MERLIN, Le sanctuaire de Baal et de Tanit près de Siagu, «Notes et documents », IV, 1910, p. 17, 40, pl. II, 2.
28. C. PICARD, Catalogue du Musée Alaoui, nouvelle série, Tunis 1955, cb 688; EAD., Victoires et trophées puniques, «StudMagr», III, 1970, p. 68-9.
29. A. BERTHIER, R. CHARLIER, Le sanctuaire punique d’El Hofra près de Constantine, Paris 1955, p. 29-31 et p. 203-4, pl. II, A, B, C.
30. A. ROOBAERT, Sid, Sardus Pater ou Baal Hammon? A propos d’un bronze de Genoni (Sardaigne) in C. BONNET, E. LIPINSKI, P. MARCHETTI (éds.), Religio Phoenicia ( = Studia Phoenicia IV), Namur, 1986, p. 333-45.
31. REDISSI, Etudes des empreintes, cit., p. 40-1.
32. DION CHRYSOSTOME, oral., LXXII, in GSELL, HAAN, t. VI, p. 36, note 6.
33. TERT., virg. vel., 7, 10.
34. CORIPP., Ioh. Praef., V, 263-364; VII, 419, 510; VIII, 543.
35. A. EL HOUSSI, Un document ethnographique étonnant d’Eugène Fromentin. Une tribu dénommée Arba en marche dans le Sahara, in Le Sahara et l’Homme, un Savoir et un Savoir faire, Actes du Colloque, Douz, 27-29 décembre 2003, textes réunis par H. FANTAR, Tunis 2006, p. 99-107.
36. A. ROY, La science dans l’Antiquité: la science orientale avant les Grecs, Paris 1930, p. 183-4.
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