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Vue du Forum de Thubursicum Numidarum. Crédits : De Agostini
Vue du Forum de Thubursicum Numidarum. Crédits : De Agostini

Forum de Thubursicum Numidarum (Khamissa)

Ce texte est issu du Recueil des notices et mémoires de la société archéologique du département de Constantine. 8ème Volume de la deuxième série. Dix-huitième volume de la collection. 1876-1877.

La ville de Thubursicum est une des plus anciennes et des plus importantes de la Numidie. Plusieurs fois visitée, elle avait été l’objet d’une étude très-détaillée de M. Chabassière, entreprise au nom de la Société archéologique de Constantine. Nous lui devons la curieuse inscription qui nous prouve que les Italiens s’étaient fixés aux sources de la Medjerda avant le règne de Juba II. Une autre inscription, dédicace à Claude II, nous donne le nom de la ville sous cette forme : « Thuburs Numidarum. » Les cimetières de Thubursicum, qui sont considérables, ont fourni également à M. Chabassière une série d’épigraphes dans lesquels les noms puniques ou berbères sont fréquemment mêlés aux noms romains. Ce groupe de funéraires forme une heureuse transition entre les berbères de la Cheffia, publiées par M. Reboud, et les nécropoles purement romaines, par exemple Haseriant (Seriana), près de Zana (Diana Veteranorwm). Nul n’ignore que le théâtre de Thubursicum, dont M. de Milrecé a le premier levé le plan, est un des mieux conservés qui soient au monde.

Il reste beaucoup à faire à Thubursicum. Les restes qui composent la basse ville sont encore indéterminés. Le mamelon qui les domine, et qui semble avoir été la ville primitive, donne lieu à mille recherches curieuses. C’est sur ce mamelon que j’ai concentré mes efforts pendant les deux séjours que j’ai faits à Thubursicum. Il en est résulté la découverte de fragments du Forum. J’ai dû beaucoup, dans cette circonstance, a la bienveillance de M. le général Garteret, ainsi qu’à l’obligeance de M. le capitaine Cartairade, commandant le cercle, et de M. le capitaine Pétiaux, alors chef du Bureau arabe de Hit Hamellalt (Aïn-Beïda).

Le Forum de Thubursicum était une longue et profonde place quadrangulaire, découpée sur trois faces dans une pente rocheuse, si bien que, sur un des côtés, la roche, taillée de main d’homme, faisait l’office de mur. Ce fait est fréquent dans toutes les villes romano-berbères. A Thubursicum même, non-seulement l’amphithéâtre est taillé, comme le Forum, dans une colline, mais encore on y trouve bon nombre de maisons et surtout de tombeaux autour desquels le rocher naturel est poli comme une pierre de taille. La même remarque s’applique à Madaure, aux environs de Thagaste, à Fedj-Mrao et à Kociba, où l’on trouve tant d’emblèmes berbères. Ce goût de la roche taillée est encore sensible aujourd’hui dans les habitations rupestres des Chawia, du Cherchar et de Mag Azuggagh (Ahmar-Khaddou). Ifru, dieu des cavernes, semble être autre chose qu’une divinité de second ordre, mais bien plutôt le protecteur du foyer, la personnification de la demeure, et, en quelque sorte, une forme masculine de la Vesta berbère.

Du milieu de cette place; on jouit d’un tableau achevé. Une partie de la basse ville, de longues lignes de tombeaux, la voie de Tipasa, un arc de triomphe, des villages nombreux qui couvrent de taches blanches la haute vallée de la Medjerda, composent un ensemble encore ravissant.

Ce fut cette impression esthétique, très-importante quand il s’agit de déterminer un Forum, qui me décida à réunir en ce lieu mes travailleurs. Je crois aussi, à moins que de nouvelles expériences ne modifient mon jugement, que le côté d’un Forum dans lequel on doive d’abord ouvrir des tranchées, est le côté qui se trouve à gauche de l’observateur lorsqu’il tourne le dos au fond. C’est là que se trouvent les salles des séances du Conseil.

J’ai donc fait fendre le côté gauche de cette longue place, en arrière d’un petit bâtiment carré, sur les côtés duquel gisent d’énormes colonnes, et qui ressemble à la Curie de Thamgad. Ma tranchée principale eut, au bout de quinze jours, 22 mètres de longueur, 9 mètres de largeur, et quelquefois 4 mètres de profondeur. J’eus bientôt mis à découvert un escalier de onze marches par lequel on sortait de la place, des soubassements, des colonnes, et, près de cet escalier, une grande salle de 4 mètres de côté environ, dallée autrefois de marbre et d’albâtre. Dans cette salle et dans quelques couloirs latéraux gisaient des fragments d’inscriptions plus ou moins grands, mais dont la matière, les lettres et le sens attestaient un lieu public important décoré, puis réparé aux frais de la cité. J’y trouvai aussi de nombreux morceaux et des parties entières de statues « de marbre.

Ce travail avait lieu au mois de janvier 1877. L’abondance de la neige me chassa de Thubursicum. J’y revins au mois de juillet de la même année, et j’y consacrai encore trois semaines. Bien que j’eusse alors à ma disposition un plus grand nombre de travailleurs, je fus relativement moins heureux cette seconde fois que la première. Les débris de statues et les fragments d’inscriptions ont été dispersés beaucoup plus loin que je ne pensais, et je ne disposais, pour les poursuivre, ni du temps, ni des ressources suffisantes.

Quoi qu’il en soit, j’ai envoyé au Musée d’Alger, provenant de Thubursicum :

  1. Une inscription sur plaque de marbre blanc, brisée en plusieurs fragments, qui nous donne peut-être la date première de la construction du Forum. Cette place monumentale serait contemporaine de l’Arc de Triomphe de Thamgad et de la fondation de Mascula, d’après une inscription encore inédite.


Le Civitas Thubursicitana est digne de remarque.

 

  1. Dix fragments de marbre blanc d’une inscription encore incomplète, qui nous apprend que le Forum de Thuburs, platea vetus, avait été ravagé et dépouillé de ses marbres avant la fin du troisième siècle, puis restauré par Nonius Marcellus :

 

  1. Quelques fragments de plaques d’albâtre qui sont le reste d’une grande inscription impériale. D’autres fragments très-nombreux, appartenant aussi à des inscriptions diverses, mais qu’il est malheureusement impossible de reconstituer, sont déposés au bordj de Hit Hamellalt (Aïn-Beïda).

J’ajouterai que, dans le même Forum, j’ai laissé sur le terrain, après l’avoir retournée, une grosse pierre de taille sur laquelle est inscrit en caractères grossiers :

(Respublica coloniæ Tubursicitanæ)

 

  1. Une tête de femme en marbre blanc, plus grande que nature, destinée sans doute à servir de cariatide.
  1. La partie supérieure d’une tête de Minerve casquée, de dimensions colossales, en marbre blanc. Le cimier du casque est orné de plumes et précédé d’un sphinx finement ciselé.
  1. La moitié inférieure d’une tête de jeune fille, en marbre blanc.
  1. Un pied de statue d’homme, peut-être d’une statue d’empereur, dont la chaussure est d’une grande richesse et d’une curieuse exactitude. En marbre blanc.
  1. Des fragments de pieds, de mains et de bras. J’omets divers petits objets dont la nomenclature est inutile, des. Plaquettes de marbre de diverses couleurs, de serpentine, d’onyx. Il est rare que l’on trouve en Algérie une veine aussi riche; mais, pour l’exploiter jusqu’au bout, il faudrait assurément de grandes ressources. Il serait possible qu’on retrouvât les statues entières, et qu’on complétât les inscriptions dont j’ai recueilli les premiers fragments. J’avais cru d’abord pouvoir laisser mes trouvailles emmagasinées dans le gourbi d’un cheikh fermé à clef, non loin du Forum d’où je les avais tirées ; mais les locaux, ayant crevé la toiture de ce gourbi et commencé de distribuer à des visiteurs quelques pièces importantes, j’ai préféré faire tout emporter.

Emile Masqueray

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