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Iwal sur la scène du festival du théâtre amazigh à Bejaïa . Photo : Walid Kahouadji

Groupe Iwal : L’art-évolution tranquille

Ce qui est une confirmation pour ceux qui connaissaient déjà ce groupe fondé par le duo Fayçal-Nesrine et une découverte pour tous ceux qui n’en avaient encore jamais entendu parler. Iwal ne s’est pas contenté d’interpréter ses belles compositions musicales bien arrangées devant un micro.

Les chansons étaient soutenues par des chorégraphies exécutées par les deux belles choristes en costume traditionnel, l’expression corporelle et le jeu scénique plein de liberté de Nesrine et Fayçal et une bonne communication avec le public. Au final, ce n’était pas un simple tour de chant, mais un spectacle complet. A coup sûr, il y a de la bonne pâte qui lève dans cette formation des Aurès.

Depuis quelques années déjà, Iwal travaille sur un concept novateur qui marie théâtre et musique. «Notre parcours artistique a commencé il y a près de 5 ans, mais nous voulons évoluer en groupe de théâtre et de musique, car nous ciblons aussi le public des jeunes enfants avec lesquels Nesrine travaille beaucoup. Avec un conte musical, par exemple. En ce concerne les arrangements musicaux, cela fait longtemps que nous avons commencé à travailler en premier lieu à deux, moi et Nesrine», explique Fayçal Achoura.

A ses débuts, le groupe a beaucoup travaillé sur les compositions de Messaoud Nedjahi, Markounda et d’autres encore, avant de se mettre à ses propres compositions. «Notre expérience de la scène nous a appris à évoluer face à des publics différents et à adapter et enrichir nos compositions musicales selon que l’on chante en salle ou en plein air, mais il faut dire que nous croyons fortement en le travail collectif», dit encore Façal. «Le but est faire un spectacle sur scène, en renforçant l’identité visuelle, la façon de bouger, les danses chaouies, etc,.», précise de son côté Nesrine. «Nous avons beaucoup appris des artistes que nous avons côtoyés, comme Amar Nasria ou la troupe Debza. Dans un spectacle, la façon de débuter et de finir, ne serait-ce qu’une seule chanson, est très importante.

Tous les détails comptent», intervient encore Fayçal. Le travail du groupe ne s’arrête pas à partie musicale. «Notre but est aussi de militer pour une société ouverte, moderne et progressiste, tout en cassant cette image désuète du folklore chaoui. Le fait de rentrer en tant que groupe mixte et de discuter avec le public de nos chansons et de nos textes aide le public à découvrir l’autre facette de la culture chaouie, loin des images stéréotypées et des clichés.

Le fait déjà d’être sur scène en tant que mari et femme est en soi une révolution quelque part», explique Nesrine. La mixité de la formation Iwal a aidé à casser un tabou en pays chaoui profond, où les femmes sont encore cantonnées dans les postures les plus traditionnelles, sachant que le groupe est originaire d’un petit village de montagne au sud des Aurès. «Aux débuts, on ne s’attendait pas à ces répercussions sociales, car au départ on n’attirait qu’un public masculin.

Puis, à chaque fois qu’on nous invitait, on exigeait que les gens ramènent leurs femmes, leurs filles, leurs mamans. Nous sommes une famille sur scène et il n’y avait pas de raison que notre public ne soit pas familial également. La société est faite de femmes et d’hommes.

 «On ne doit exclure personne», explique Nesrine. Quand on habite un village comme Tkout, loin de tous les centres de décision, et que le moindre petit déplacement prend des allures de safari ou d’aventure, on mesure toute la difficulté qu’il y a à continuer de produire de l’art, du sens et de la culture. Malgré toutes les difficultés matérielles et financières et toutes les embûches administratives que le groupe rencontre dans son parcours artistique, comme le manque d’espaces culturels ou de lieux de répétitions ou les invitations à se produire, il poursuit vaillamment son petit bonhomme de chemin.

Au rayon projets, Iwal ambitionne de produire un double album avec la vingtaine de chansons qu’il compte à son actif, un clip pour se donner un peu de visibilité, tout en continuant à faire du théâtre pour enfants. Telle est donc la mission que s’est fixée Iwal : faire évoluer la société avec l’art … et la manière.

DJAMEL ALILAT

Article paru à El Watan en premier lieu
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