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Kel Aheggar (Touaregs) : l’État doit aller vite vers la bonne solution

L’important rassemblement pacifique organisé cette semaine par la population touarègue à Tamenγezt-Tamanrasset  exprime le malaise et le sentiment de marginalisation de cette région comme de sa population par le pouvoir central d’Alger.

Ce rassemblement est légitime et il s’exprime pacifiquement dans le cadre des lois de la république. Les motifs de mécontentements, d’ordre socio-économique, sont nombreux mais la solution ou les solutions sont d’ordre politique pour la gestion et le développement de cette grande région du pays située à près de 2000 km d’Alger.

S’il existe encore aujourd’hui des populations autochtones qui vivent dans ces territoires depuis des millénaires relève déjà du miracle. De tout temps, ils ont trouvé les ressorts pour résister et survivre aux sécheresses et à la désertification des espaces et la raréfaction des pâturages, aux maladies, aux terribles razzias inter-tribus, aux guerres coloniales et la chasse au Touaregs.

Pourquoi devraient-ils subir encore, au sein de l’Algérie indépendante depuis plus de 50 ans, les affres d’une administration centrale, incompétente et dont le comportement n’est pas loin de ‘’l’ordre colonial’’.

Il est certain que cette mobilisation des Kel Aheggar, entre autres pour redonner un statut et un certain pouvoir à l’Amenokal, n’exprime pas le désir de retourner vers le temps révolu des monarques locaux, à l’image de ce qui subsiste encore dans certains pays d’Afrique subsaharienne (Burundi, Ghana, Lesotho, …). Cette mobilisation, latente depuis des années, exprime le désir d’une auto-administration efficace, comme le suggérait récemment une homme politique algérien depuis Alger : «On ne peut pas gérer le monde touarègue depuis Alger ».

Les Kel Aheggar sont une partie du peuple algérien (1), excentrée et avec un mode de vie spécifique au monde désertique. Pour cela, l’organisation politique et administrative de cette région doit relever des capacités de cette population de s’auto-administrer en réactualisant ses mécanismes culturels de résistance, orientés vers le développement, dans le cadre national.

Il est inutile de persister à rejouer encore en 2018 ‘’le centralisme démocratique’’ à la soviétique. Nous connaissons le résultat partout dans le monde.

Le meilleur signe d’ouverture que donnerait le pouvoir central d’Alger, celui d’une rupture avec ‘’l’arabo-islamisme colonisateur’’ et la bureaucratie centralisatrice et corrompue, c’est d’aborder cette revendication touarègue dans le cadre algérien, en faisant appel à l’intelligence et aux compétences (2), dans une vision de cohésion nationale et nord africaine pour une Tamazgha solidaire.

Au lieu de s’éreinter à fabriquer des interlocuteurs et relais politiques comme clientèle du pouvoir depuis 1962, et non comme acteurs crédibles et reconnus pour le développement de cette région, il est urgent de poser les bases d’une autonomie de gestion en s’appuyant sur la société réelle et non sur les auto-stoppeurs politiques et les prédateurs. Ceci est bien évidemment valable pour toutes les autres régions d’Algérie.

Dans cet immense espace, la stabilité politique du monde touarègue du côté algérien, conduisant logiquement à une amélioration économique et culturelle du niveau de vie de la population, serait un exemple vers lequel regarderaient les autres régions touarègues des pays voisins (les Kel Ajjer, les Kel Aïr, les Ouelleminden du Mali, Niger, Mauritanie, …) et favoriserait  une émulation vertueuse.

C’est la seule voie pour ne pas offrir la jeunesse touarègue comme chair à canon pour les terroristes islamistes de tout bord et éviter d’instaurer ainsi, pour longtemps, un terrain d’expérimentation pour la guerre technologique des drones US.

Un haut responsable militaire algérien a dit récemment que « l’Algérie est une ligne rouge’’. De notre point de vue, cette ‘’ligne rouge’’ s’appelle la frontière et elle inclut le monde touarègue dans son immensité et sa diversité dans la communauté nationale depuis des millénaires (3).

C’est bien connu, ‘’la meilleure défense d’un pays c’est son peuple’’. Il est donc urgent de créer les conditions d’un dialogue sérieux et d’une paix réelle partagée, nécessaire pour un développement économique et culturel dans cette région avec les hommes et les femmes de cette région.

A moins que le pouvoir ne souhaite exiler ces populations et désertifier encore plus vite… pour les entasser ensuite dans les bidonvilles de la Mitidja ?

Personne de sensé ne souhaite cette catastrophe.

Aumer U Lamara

Notes :

(1) Au plus fort de la guerre contre l’armée romaine et les massacres dans les villes prises et saccagées comme Thala, Jugurtha est allé dans le sud, chez les Gétules (Kel Aheggar…), pour ramener des troupes et continuer le combat dans le nord numide : « Jugurtha partit avec quelques hommes dans de grands déserts, et parvint chez les Gétules […] Il groupe cette multitude et peu à peu l’accoutume à garder les rangs, à suivre les enseignes, à observer les ordres, bref à toutes les obligations du métier militaire » (La guerre de Jugurtha, Salluste, p.141).
(2) Nous avons en Algérie et dans les pays voisins des experts du monde touarègue (sociologues, juristes, économistes…)  ; l’État devrait les mobiliser au plus vite
(3) A notre connaissance, l’armée algérienne n’est jamais intervenue militairement contre les populations touarègues algériennes, contrairement à l’armée malienne qui ne cesse, elle, de demander de plus en plus d’armes et de formations à la France, dans un seul but : la revanche ; aller dans le nord pour mater les Touaregs de l’Azawad.

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