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La figurine de Massinissa réalisée par Adriano Laruccia

L’Algérie… en attendant Massinissa (1) !

“On ne peut rien planifier dans ce pays, on vit chaque jour avec l’obsession d’un prochain chamboulement ; quant à s’organiser pour les loisirs, je n’y pense même pas !”.

Ce sentiment de précarité, exprimé par un citoyen qui travaille dur est un sentiment partagé par une grande partie de la population qui a l’impression de vivre dans une sorte de ‘’camping national’’. Un provisoire et un stress qui durent depuis trop longtemps.

Et pourtant, ces milliers de chantiers de ceux qui empilent dalle sur dalle de béton pour loger les futures générations de la famille confirment la certitude en un futur possible dans ce pays. C’est bien l’Algérie des paradoxes !

Le bal des vampires qui s’organise actuellement pour imposer un cinquième mandat de l’actuel président de la république, afin de maintenir le statu quo et continuer la prédation, “même avec un président au congélateur”, ne favorise certainement pas un niveau de stabilité dans la tête du citoyen moyen pour pouvoir se projeter dans le futur.

Le peuple attend sans fin un changement pour le mieux, mais aussi avec la certitude que les jeux se déroulent ailleurs, loin du peuple et des élections alibi auxquelles personne n’y croit depuis 1962. C’est la même interrogation que l’on entend dans les interminables discussions entre citoyens au café, dans le quartier, dans tajmaât : “qui peut redresser ce pays ?”, “qui est capable de faire le ménage… ?”.

Aveu d’impuissance ou fatalisme du peuple, délégant à d’autres la mission de réaliser le changement dans le pays. Cet atavisme est malheureusement très ancien. Combien de fois nos ancêtres se sont alliés aux nouveaux envahisseurs afin de chasser le précédent colonisateur car trop injuste.

L’attente de “l’homme providentiel” (Moul saεa) est une croyance ancienne en Afrique du Nord. Combien de ‘’Bou Beghla’’ se sont auto-proclamés sauveur du peuple, surtout au Maroc, et qui ont soulevé parfois des tribus entières pour tenter de chasser le monarque et de prendre le pouvoir par la force !

D’origine paysanne, cette croyance est détournée par l’idéologie arabo-islamiste pour cristalliser l’espoir de lendemains meilleurs et mobiliser le peuple pour l’avènement de l’imam El Mahdi au stade du 5-Juillet, sur les monts de l’Atlas blidéen ou ailleurs, afin d’instaurer la “justice islamique” dans le pays. Nous avons tous ce qu’a apporté la première apparition de l’Imam El Baghdadi dans la mosquée de Mossoul : que des destructions, des massacres et du sang.

L’évolution actuelle de l’État algérien sur l’identité nationale, la reconnaissance constitutionnelle de la langue amazigh comme langue nationale et officielle, devrait impulser une nouvelle dynamique de reconstruction de la nation sur des fondements historiques rationnels pour l’avènement d’une citoyenneté assumée et portée par chacun des citoyens et citoyennes.

Cette citoyenneté devrait s’ancrer dans le terroir nord africain et méditerranéen, en rupture avec les conceptions métaphysiques et incantatoires que personne n’a jamais acceptées, celles de la ‘’nation arabe’’, de la  ‘’nation islamique’’, du ‘’Maghreb arabe’’, etc.

Cependant, dans cette nouvelle construction de la nation sur du dur, il ne s’agit surtout pas de reprendre et utiliser les mythes du passé, les adapter et vouloir imaginer demain une  ‘’Algérie… en attendant Massinissa’’ !

Ça serait l’échec et le retour certain à la case départ, celle de l’obscurantisme et du charlatanisme.

La réappropriation des repères historiques non falsifiés et du personnage de l’illustre Massinisa (Masnsen), père fondateur de la nation depuis plus de 20 siècles, permettra aux nouvelles générations d’assumer pleinement leur identité et leur histoire, sans complexe, sans éprouver le besoin de se chercher des racines obscures, ailleurs.

Il s’agit pour cela d’en finir avec cette passivité dans l’attente de “l’homme providentiel”, et de contribuer, chacun à son niveau, à devenir acteur pour l’émergence du citoyen modèle capable de s’engager dans la vie publique pour déprivatiser l’État (2) d’abord et instaurer demain une réelle vie démocratique dans notre pays. C’est du domaine du possible.

Puisse l’érection prochaine de la statue de Masnsen (3) au centre d’Alger constituer cette impulsion symbolique pour le renouveau national !

Aumer U Lamara, écrivain

Notes :

(1) Allusion à la célèbre pièce de théâtre ‘’En attendant Godot’’ de Samuel Beckett, prix Nobel de littérature 1969. Pièce traduite en tamazight par Mohia (‘’Am win ittrajun Rebbi’’).

(2) plusieurs formulations sont fréquemment utilisées : « le pouvoir est entre les mains du clan Bouteflika, du clan d’Oujda » ; « c’est l’armée qui contrôle ce pays » ; « c’est la maffia de la finance et de l’import/import qui contrôle l’Etat » ; « 200 officiers de la sécurité militaire détiennent la réalité du pouvoir » ; etc. Il y a aussi ‘’le système’’coupable, sans visage, sans nom, sans voix, que personne ne définit réellement, mais qui « détiendrait le pouvoir réel».

(3) La future statue de Massinissa sera installée à la place Tafourah/Grande Poste ; elle est en cours de réalisation

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