Portraits

Marculus , célèbre martyre donatiste de Numidie

Contrairement à tant de martyrs africains, dont les noms obscurs ne nous sont parvenus que grâce aux inscriptions, Marculus était connu non seulement par les textes littéraires mais aussi par l’archéologie .
Il est nommé une fois dans saint Optât ( Optatus de Milev ), cinq fois dans saint Augustin, une fois dans les procès- verbaux de la conférence de Carthage en 411. Mais surtout on possède un récit de sa fin, qui est même un des principaux monuments de la littérature donatiste, la Passio Marculi. Les quelques pages de la Passio Marculi, tout ensemble narration édifiante et œuvre de polémique contre les catholiques, ont été analysées dans le plus grand détail par M. Monceaux.
En automne 1933, on a découvert, à Vegesela ( Aïn Touila , wilaya de  Khenchela ), une basilique dont la nef gauche contenait un petit monument avec l’inscription: memoria do/mni Marchuli . Comme la basilique en question appartenait aux donatistes, il n’y a aucun doute que le saint dont elle contenait des reliques est le martyre Marculus .

Memoria de Marculus retrouvée à Vegesela

C’était un païen converti, qui avait été avocat, mais s’était ensuite exclusivement consacré à Dieu et avait mérité de devenir évêque, on ne sait de quelle ville. Son martyre est un des épisodes de la mission, en principe pacificatrice, des « ouvriers de l’unité », Macarius et Paulus. Alors que l’empereur Constant les avait envoyés en Afrique pour obtenir la réconciliation des schismatiques, l’intransigeance de ces derniers et le caractère violent de Macarius changèrent l’œuvre de paix en répression sanglante. Marculus faisait partie d’une députation de dix évêques chargés d’aller au devant de Macarius et de lui donner « des avertissements salutaires » au nom de l’église donatiste de Numidie.
Le terrible Macarius , au lieu d’écouter les évêque donatiste , il les invectiva . « La vue de ces ambassadeurs, de ces évêques, fustigés publiquement comme des malfaiteurs, écrit Monceaux , dut soulever la population schismatique de l’endroit. D’où probablement des bagarres, où succombèrent de nouvelles victimes : là périt sans doute le martyr Felicianus, dont on a retrouvé le reliquaire, et qui, d’après l’inscription, paraît avoir été tué à Vegesela, le 29 juin . Macarius remit en liberté neuf des évêques envoyés par le concile; mais il retint prisonnier le dixième, qui s’était signalé par son insolence, un certain Marculus . Il le traîna à sa suite dans plusieurs villes de Numidie, où il achevait par la terreur sa mission de paix » .
Le  29 novembre 347 à Nova Petra (nord de Batna) , Marculus est assassiné par l’envoyé de l’empereur romain . Cette exécution consista à précipiter le condamné du haut d’un rocher, forme inusitée de la peine de mort qui donna beau jeu au scepticisme des catholiques africains. Ceux-ci soutinrent que Marculus s’était tué volontairement : saint Augustin ne parle de lui que pour exprimer des doutes sur la réalité de son martyre, et il prétend même que l’exemple de Marculus déterminait de nombreux schismatiques à se donner la mort par le même moyen.M. Monceaux propose une explication ingénieuse : Marculus aurait été tué par le glaive, et son cadavre aussitôt jeté dans le précipice, pour empêcher les donatistes de recueillir ses reliques.
Le texte de la Passio raconte les derniers instants de Marculus « « Il fût sorti du poste et conduit au sommet abrupt d’un rocher avec un précipice, une paroi pleine d’aspérités. C’est que l’exécuteur sanguinaire et barbare  avait choisi ce genre de mort très sauvage. Sortait donc de la maison le glorieux Marculus, entouré des gardiens en service et d’une troupe de soldats et honoré même par ses persécuteurs. Il sortait, soutenu par la force chrétienne dont il était sûr, abandonnant déjà les gîtes des hommes et se hâtant vers les demeures43 des anges. Il sortait, le visage joyeux, le pas rapide, songeant moins à la condamnation présente qu’à la gloire future » .
Arrivé au sommet de la crête, le bourreau « poussa de sa cruelle main droite le martyr dans l’abîme et pensa avoir plongé dans l’horrible chaos celui à qui était dû l’honneur du ciel »
Le corps fut retrouvé par une foule pieuse et reçut les honneurs funèbres. La sépulture du martyr fit même de Nova Petra un des lieux saints du donatisme, et, les habitants de Vegesela érigèrent à sa mémoire une memoria dans leur église. Et plus de soixante ans après ces faits, la présence de Marculus gardait encore toute sa vertu, puisque, à la conférence de 411, l’évêque donatiste de Nova Petra déclare fièrement n’avoir pas de compétiteur catholique « parce que là-bas se trouve le seigneur Marculus, dont Dieu vengera le sang au jour du jugement ».

Jugurtha Hanachi

Bibiographie :
– P. Monceaux, Histoire littéraire de l’Afrique du Nord chrétienne .
– Cayrel Pierre. Une basilique donatiste de Numidie. In: Mélanges d’archéologie et d’histoire, tome 51, 1934. pp. 114-142

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