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Vue du site de Cedias , le mausolée en arrière-plan

Le mausolée de Cedias à Tazouggaght

Situé dans le douar d’Aïth  Azzedine de la commune de Tazouggaght wilaya de Khenchela   , le mausolée de Cedias a été décrit par plusieurs archéologues français au XIXe siècle.  Gsell le décrit en 1911 dans son livre Monuments antiques de l’Algérie en ces termes : « Encore bien conservé, il s’élève à 7 mètres environ au-dessus du sol : il ne manque que le faite de l’édifice. C’est un hexagone de 2,18 m de côté, reposant sur deux degrés. Une baie fort petite, entourée d’un cadre, s’ouvre dans la face nord, à la hauteur de la deuxième assise au-dessus de la moulure de base. Sur la face orientale, immédiatement au-dessous de la corniche, étaient gravées deux épitaphes, aujourd’hui mutilées, dont l’une semble se rapporter à un magistrat municipal. Le plafond de la chambre du rez-de-chaussée manque ; il devait être constitué par des dalles. A l’étage règne une loge, qui n’a de murs que sur trois côtés, murs précédés de deux pilastres.

« Deux colonnes forment la façade, au levant ; les fûts sont cannelés en bas et torses en haut, les chapiteaux appartiennent à l’ordre corinthien. Cette loge est couronnée d’un entablement, composé d’une frise architravée et d’une corniche ; sur le devant, la frise offre trois cercles, dont l’un, dit De Bosredon, « renferme une étoile  et un autre une petite  figure en relief, les deux bras écartés ». Des dalles couvrent l’étage. Peut-être ce monté d’un prisme, construit en matériaux légers, et qui, pour cette raison, aurait entièrement disparu[1] ».
D’après les inscriptions trouvées sur le site, le mausolée de Cedias aurait été bâti pour une seule famille .En effet sur une épitaphe, on peut lire : « A la mémoire de Caius Iulius Saturninus Cilonianus fils de Caius, inscrit dans la tribu Papiria, il est de la colonie de Sufetula et a revêtu de tous les honneurs et pour ses descendants … » [2] .L’aïeul « Caius Iulius Saturninus Cilonianus » a donc ménagé ce monument funéraire pour sa descendance.
Respublica Cediensium

Une inscription dédiée aux empereurs Dioclétien et Maximien mentionne la respublica Cediensium ainsi qu’un personnage de l’ordre équestre, flamine perpétuel, et de l’ordo des duumvirs, ce qui confirme que cette cité avait le statut soit de municipe, soit de colonie entre 286 et 305 (CIL, VIII, 10727 = 17655) . Une autre inscription cependant , clarifie encore plus le statu de la cité :
PII CEDIENSIUM CO
QUEM DE LIBERALITA
TUS PROMISERUNT P
/ICTORINO CURATOR
[…..MUNICI]PII CEDIENSIUM CO[LUMNAS ?]/
[…..]QUEM DE LIBERALITA[TE…]/
[……]TUS PROMISERUNT P[……]/
[…..](V)ICTORINO CURATOR[e, -i REI PUBLICAE ?].
« ….Du municipe de Cedias……qu’ils avaient promis par leur générosité …..de Victorinus curateur (de la cité) » .Le texte confirme le statut de municipe de la ville au Bas-Empire, si l’on en juge par la mention certaine du curateur. Il est permis de supposer que Caius Iulius Saturninus Cilonianus, citoyen originaire de Sufetula, a suivi son cursus municipal à Cedias [3].

Fief du donatisme
Les sources historiques indiquent que la ville de Cedias fut l’un des théâtres de l’affrontement entre catholiques et donatistes en Numidie. Paul Monceaux parle d’une pierre trouvée à Cedias. On peut y lire, écrit-il, cette curieuse inscription : « [H]aec facilis palet aida Sanctis. [In]grediens fabre faction parvis [o]pibus vic/ebis opus. Jam pater [Se]cundus operam navavit. Si qui[s fa]ctu facile putarit, [si] polis est, meli[us] faxit 1 ». C’est la dédicace d’un sanctuaire chrétien par un évêque nommé Secundus. Le mot aida désigne l’atrium, la cour aménagée devant la basilique, ou l’édifice tout entier. Le début de l’inscription signifie donc : « Cette église est ouverte aux Saints », et, par suite, fermée aux profanes.

Ces « Saints » ne peuvent être les Catholiques, qui n’ont jamais prétendu à ce titre orgueilleux, et qui au contraire, sur un autre monument de la même cité, s’intitulent humblement les « pécheurs de Cedias » (Cedienses peccalores) . Rappelons qu’on a découvert dans les ruines de Cedias un pilier sculpté avec l’acclamation des schismatiques Deo laudes, la même qu’on a retrouvé à Vegesela , à quelques kilomètre de là .
Notons encore qu’au début du Ve siècle, d’après un procès verbal officiel, il y avait à Cedias un évêque donatiste, nommé Fortis, mais pas d’évêque catholique. Les Donatistes étaient donc , écrit Monceaux , maîtres dans cette ville; ce qui explique l’arrogance de la dédicace placée sur la façade de leur basilique[4].

Jugurtha Hanachi

Note :
[1] Stéphane Gsell, Les monuments antiques de l’Algérie

[2] Salim DRICI. Les inscriptions du mausolée de Cedias (Khenchela)

[3] ibid

Photo du mausolée de Cedias

[4] Paul Monceaux , Histoire littéraire de l’Afrique du Nord chrétienne .

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