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La présence de la civilisation capsienne

La Numidie, berceau de la civilisation nord africaine

Civilisation épipaléolithique d’Afrique du Nord définie, dès 1909, par J. de Morgan et le Dr Capitan, à partir du gisement d’El-Mekta situé en Tunisie près de Gafsa (d’où le terme de Capsien, tiré de Capsa*, nom antique de cette ville).

Les Capsiens appartenaient à des populations de type méditerranéen dont l’originalité anthropologique n’a été reconnue qu’en 1949. Les documents ostéologiques recueillis dans différents gisements – particulièrement ceux d’Aïn Meterchem en Tunisie, de Medjez près de Sétif, d’Aïn Dokkara près de Tébessa et de diverses grottes du Constantinois – ont des caractères nettement distincts de ceux de l’Homme de Mechta el Arbi sur lequel pendant de nombreuses années, préhistoriens et anthropologues s’accordèrent, à tort, pour penser qu’il fut le seul type humain à peupler le Maghreb durant l’Epipaléolithique.

L’aire d’extension géographique du Capsien est relativement bien connue. Ses limites septentrionales et orientales sont très nettes. Au nord elles correspondent à la lisière sud de l’Atlas Tellien, à l’est à un méridien situé à quelques cinquante kilomètres au-delà de Gafsa. Le Capsien est, en effet, essentiellement continental et n’atteint jamais la mer. C’est une civilisation des Hautes-Plaines. A l’ouest et au sud ses limites sont plus imprécises. Dans l’état actuel des recherches elles correspondent, en gros, d’une part à une ligne joignant Tiaret à Laghouat et, d’autre part, à la bordure pré-saharienne allant de cette dernière ville au sud de Gafsa et passant par Ouled-Djellal, Biskra et Négrine.

Cette aire, fort vaste, délimite le Capsien sensu stricto. Toutefois des indices capsiens ont été récemment reconnus dans des industries épipaléolithiques de l’Atlas marocain et du Bas-Sahara.

Dans la vaste région des Hautes-Plaines, les gisements capsiens se rencontrent principalement en plein air, très rarement sous grotte. Leur nombre doit largement dépasser le millier mais ils sont beaucoup plus nombreux à l’est qu’à l’ouest. Autour de Chéria, deux cent trente trois gisements ont été dénombrés lors d’une prospection systématique faite sur une surface de terrain correspondant à trois feuilles de la carte au 1/50 000.

Autour de Tébessa et de Gafsa les gisements capsiens ont reçu le nom pittoresque d’« escargotière » en raison de l’abondance des coquilles d’escargots qui, avec les cendres et les pierres brûlées, constituent l’élément le plus visible des dépôts archéologiques. Ceux-ci sont d’ailleurs très connus des bergers et des nomades qui les nomment « rammadiya » que l’on peut traduire par « cendrière ».

Pendant de nombreuses années les préhistoriens ont pensé principalement à la suite des travaux de R. Vaufrey, que le Capsien se subdivisait en deux parties : le Capsien typique et le Capsien supérieur. Localisé entre Tébessa et Gafsa et représenté par un nombre restreint de gisements contenant une industrie volumineuse constituée surtout de burins et de lames à dos associés à un nombre relativement important de lamelles à dos et à de rares armatures géométriques, le Capsien typique aurait donné naissance au Capsien supérieur dont les populations, porteuses d’une industrie plus légère et plus riche en armatures géométriques, se seraient répandues sur les Hautes Plaines occidentales de l’Algérie jusqu’à Tiaret où l’âge des habitats devait être plus récent que l’âge de ceux de la frontière algéro-tunisienne. Cette hypothèse, exposée dans de nombreux manuels, est à modifier.

Tout récemment il est apparu que le Capsien typique n’était pas aussi ancien qu’on ne le pensait, qu’il n’avait certainement pas été à l’origine des industries légères du Capsien supérieur et que ce dernier, dans les gisements des régions occidentales (Aïn-Naga près de Messad) pouvait être plus vieux que le premier. Comme cela se produit souvent en Préhistoire, le terme Capsien supérieur a donc perdu une partie de la signification qui était la sienne mais peut néanmoins être conservé pour des raisons de commodités.

Dans l’état actuel des recherches se dessinent plusieurs faciès régionaux : autour de Tiaret, dans le triangle Ouled-Djellal, Messad, Bou-Saâda, autour de Sétif, Constantine et Tébessa, peut-être même dans le Moyen-Atlas marocain. A cheval sur la frontière algéro-tunisienne la faciès de Tébessa-Gafsa se situe dans la région capsienne par excellence. On y trouve ce phylum local que constitue le Capsien typique qui poursuit, dans cette même région, un développement sensiblement parallèle à celui du Capsien supérieur. Le Capsien typique apparaît dès le début du viie millénaire avant notre ère à la base du gisement de Relilaï et se termine, dans le milieu du ve millénaire.

Dans chacun de ces faciès, l’industrie du Capsien se présente sous un aspect particulier. C’est ainsi que certains gisements, dans la région de Sétif, peuvent posséder plus de 60 % de pièces à coches ou bien avoir 20 % d’armatures géométriques autour d’Ouled Djellal ; mais les grandes lames à dos – dans lesquelles certains préhistoriens voyaient, il n’y a pas si longtemps, une preuve de l’âge paléolithique supérieur du Capsien – et surtout les grands burins d’angle sont propres au faciès tébessien, principalement au Capsien typique, à l’intérieur duquel leur nombre peut varier considérablement.

Sur le plan chronologique le Capsien a eu une durée assez brève pour une civilisation préhistorique. Les datations extrêmes vont du milieu du viiie millénaire à Aïn-Naga près de Messad jusqu’à la fin ve millénaire autour de Tiaret, Sétif, Ouled-Djellal et Tébessa.

Bien que l’industrie lithique et osseuse soit d’excellente facture dans la mesure où le silex local est de bonne qualité – ce qui est particulièrement le cas pour la région de Tébessa – et les conditions de conservation de l’os satisfaisantes, les œuvres d’art capsiennes se manifestent principalement par des gravures géométriques sur les coquilles d’œuf d’autruche surtout abondantes dans les régions pré-sahériennes. On connaît aussi des petites pierres sculptées, sortes de rondes-bosses anthropomorphes ou zoomorphes ayant dû servir d’amulettes mais leur présence est limitée toutefois au seul gisement d’El-Mekta. Des plaquettes gravées représentent des animaux et des oiseaux mais les dessins sont si malhabiles ou si enchevêtrés que leur lecture est difficile ou peu convaincante.

L’utilisation de l’ocre rouge est une pratique commune à tous les capsiens. L’outillage en silex, de toutes dimensions, en était teinté et les cadavres saupoudrés. Certaines pratiques magiques ou religieuses se devinent dans la coloration en rouge des ossements humains décharnés. Elles semblent fréquentes autour de Sétif et de Tiaret, mais n’ont pas été reconnues dans les régions méridionales pré-sahariennes.

A Faïd-Souar, près d’Aïn-Beïda, fut trouvé un crâne humain scié au niveau des bosses pariétales à proximité desquelles deux perforations permettaient de le suspendre à un poteau ou de la porter en sautoir autour du cou. L’utilisation des os humains a été reconnue dans de nombreux gisements : Columnata*, Medjez II*, Mechta el-Arbi, etc.).

L’importance des dépôts archéologiques laissés par les Capsiens est la preuve de leur sédentarisation. Certaines escargotières ont plusieurs centaines de mètres cubes de volume. Entre Chéria et Gafsa, le nombre des gisements capsiens est tel que l’on ne connaît pas ailleurs dans le monde une densité aussi forte d’habitats préhistoriques correspondant à une durée aussi brève.

Les Capsiens vivaient en prédateurs. Il n’existe aucune preuve de l’existence d’une agriculture rudimentaire ou de l’élevage de certaines espèces. Les ossements étudiés appartiennent tous à des espèces sauvages de petite et moyenne taille. Parmi les grands animaux, l’antilope bubale ou alcélaphe (Alcelaphus boselaphus) est celui dont les restes ont été rencontrés dans le plus grand nombre de gisements où il représente 37 à 68 % des débris osseux, carnivores et rongeurs exclus. L’importance des escargots dans la nourriture des capsiens n’est ni aussi grande ni aussi générale que ne le laisse croire le nombre de coquilles. Si ces dernières sont maintenant très visibles en raison des facilités de conservation, les escargots ne constituaient pas, la part la plus importante du menu des capsiens de Tébessa ou de Sétif. Dans les régions pré-sahériennes, les coquilles, en revanche, sont rares et parfois totalement absentes.

Le problème de l’origine des Capsiens, posé depuis de nombreuses années, n’a pas trouvé encore de solution satisfaisante.
L’origine méditerranéenne et européenne n’a plus de défenseur malgré la présence d’une industrie pré-céramique récemment reconnue en Corse prouvant l’existence de navigations très anciennes. On pencherait plutôt pour une ascendance africaine et proche-orientale en raison des données anthropologiques. Le type humain méditerranéen auquel appartiennent les Capsiens, existe au Proche-Orient et apparaît d’abord dans le Maghreb oriental quand l’ouest est encore peuplé exclusivement par des populations de type Mechta el-Arbi. L’industrie lithique du Natoufien de Palestine et surtout celle, plus proche, de la grotte d’Haua Fteah en Cyrénaïque, ne sont pas sans point commun avec celle du Capsien. La question de ses rapports avec les autres cultures préhistoriques est loin d’être résolue.

L’hypothèse, défendue il y a encore peu de temps, faisant directement précéder le Capsien par l’Atérien, est à rejeter totalement en raison de l’âge très élevé de celui-ci confirmé par plusieurs datations concordantes dont celle de 35 000 ans obtenue dans le gisement éponyme de l’oued Djebana près de Bir al-Ater au sud de Tébessa.

Près de Gafsa, le Capsien succède, en stratigraphie, à une industrie à fort pourcentage de lamelles connue sous le nom d’Horizon Collignon dont l’âge est toujours inconnu. En revanche, il est contemporain d’une industrie très microli-thique, « élassolithique », qui le précède, en stratigraphie, à Koudiat Kifen Lahda près de M’sila et à Columnata près de Tiaret, et que le carbone 14 place dans la seconde moitié du viie millénaire avant J.-C.

Les populations capsiennes ont pu, enfin, avoir des contacts avec les ibéromaurisiens, récents, près de Sétif, ainsi que l’attestent certaines particularités qui apparaissent dans des gisements de cette région (Medjez II).

La néolithisation, en pays capsien, ne s’est pas faite partout à la même époque. Elle fut très ancienne dans la région de Djelfa (5500 av. J.C. à Aïn-Naga) mais beaucoup plus récente près de Tébessa (3800 av. J.C. à la base du remplissage de la grotte du Damous el-Ahmar). Ce n’est qu’à partir de ces dates que, dans les régions considérées, la céramique apparaît et que les Capsiens se néolithisent. Les ive, iiie et iie millénaires précédant notre ère sont, paradoxalement, moins bien connus que les autres faute de documents. L’archéologie perd la trace des capsiens et de leurs successeurs. Les rites funéraires qui, chez tous les peuples, sont ceux qui changent le moins, sont très différents dans les sépultures mégalithiques ; mais les caractères anthropologiques des squelettes qu’elles contiennent ont peu varié, de telle sorte que, malgré l’arrivée certaine d’hommes nouveaux appartenant à la même unité raciale, le peuplement « méditerranéen » s’est poursuivi dans le Maghreb faisant des Capsiens les lointains ancêtres des populations berbères actuelles.


Danilo Grébénart

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