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Imedghassen

Self-colonisation et nécessaire décolonisation

L’armée romaine, usée par la résistance numide, a été chassée d’Afrique du Nord par les vandales, l’armée de Okba est repartie en Orient d’où elle est venue, les Turcs ont fui en 1830 vers Istanbul dans les bateaux du Dey Hussein et les Français ont ré-embarqué vers la France en 1962 !

Théoriquement nous sommes donc indépendants depuis 1962 !

Malheureusement, le silence des armes n’a pas suffi pour rendre l’Algérie à l’Algérie africaine et méditerranéenne. Très tôt, notre pays a subi un encerclement insidieux et falsificateur mené par le jacobinisme français et sa bureaucratie, l’arabo-islamisme revanchard des nationalistes arabes et les socialismes multimarques (spécifique, islamique, non aligné, ‘’socialisme algérien’’, etc.).

Il n’y avait aucune place pour une réflexion nationale autonome basée sur le pays réel, son identité, son histoire, sa culture, afin d’envisager un futur en accord avec ses valeurs.

Le bal des vampires s’est mis en place dès les premiers mois de la libération du pays en 1962, dans la violence et le non-débat(1).

L’histoire est connue diront certains, et que faire maintenant avec ce qui reste ?

Une autre question vient immédiatement à l’esprit : en reste-t-il quelque chose ?

Lorsque le débat, partant du simple citoyen au plus haut responsable politique, se positionne dès les premiers mots sur le prix du baril de pétrole, il y a effectivement lieux de se poser la question fondamentale : l’Algérien est-il un citoyen d’un pays souverain, l’Algérie, ou simple rentier apatride dont le niveau de vie est indexé sur la bourse de New York où se négocie le prix du baril ?

Ce statut de ‘’parasite’’ et non de citoyen crée aujourd’hui un malaise dans la société. Il est réel et profond même chez ceux qui travaillent durement, produisent et participent à la création du savoir et des richesses dans notre pays.

Cette situation est bien évidemment l’aboutissement de 50 ans de privatisation du pays par les colonels, depuis les ‘’3B’’, et plus tard par les généraux et leurs relais, au nom d’idéologies sectaires utilisées comme simple paravent afin de dissimuler leur illégitimité, l’incompétence et le désir de prédation sans limites des richesses nationales.

L’Algérie se retrouve ainsi dans un état de self-colonisation(2), dans laquelle la puissance de l’État est utilisée comme sous-traitant au profit d’une idéologie étrangère. Pour être plus clair, il n’y a pas d’armée d’occupation mais il y a colonisation du pays par l’arabo-islamisme lié à l’affairisme spéculateur pour promouvoir l’économie de bazar, la loi du plus fort, et pire, la vassalisation de notre pays.

C’est très loin de la citoyenneté d’une ‘’République démocratique et sociale’’(3), de l’identité nationale, du développement équilibré du territoire national par la production de richesses et une répartition équitable dans le respect de notre fragile environnement. Ainsi, la désertification actuelle est un danger réel qui nécessite, pour la contrer, l’intelligence et les efforts de tous.

Ce sont ceux qui pompent les puits de pétrole, qui ont bétonné la Mitidja, détruit la steppe, exilé l’oxygène des villes par la privatisation et le bétonnage des espaces publics, qui projettent aujourd’hui de polluer de manière irréversible le sous-sol saharien par l’exploitation du gaz de schiste, contre l’avis exprimé par les populations des régions concernées.

N’est-ce pas du colonialisme intérieur pratiqué par une caste qui vit et se reproduit ‘’hors sol’’, sans partage d’un lien filial avec le pays, son Histoire et le souci de son devenir.

S’opposer et réduire cette self-colonisation que nous vivons, c’est d’abord, pour chacun, se sentir lié profondément par ce vaste territoire que nous ont légué nos ancêtres, de l’Atlantique au désert libyen, par son histoire multimillénaire et par les enjeux mondiaux auxquels nous ne pouvons nous soustraire. C’est seulement ainsi que nous (et nos descendants) pourrons parler de notre libération accomplie, de notre propre décolonisation.

N’est-ce pas Kateb Yacine qui avait dit : « Il faut que l’Afrique retrouve son nord » ?

Aumer U Lamara

Notes :

(1) La gestion autoritaire et violente était déjà une pratique courante pendant la guerre de libération nationale. L’assassinat d’Abane Ramdane en 1957 constituait un palier important : « Cette mort (d’Abane), donnée traîtreusement dans l’horreur par des mains fratricides, est un crime fondateur. Elle est en effet le signal fort annonciateur d’une militarisation autoritaire d’un pouvoir qui va perdurer au-delà de l’indépendance. Une dérive qu’Abane avait lui-même pressentie et dénoncée en présentant le rapport du CCE à la session du CNRA du 20 août 1957 au Caire […] L’élimination d’Abane permet aux colonels… d’accaparer totalement les leviers de la révolution, pour se mettre on pôle position en prévision de l’indépendance. » (Belaïd Abane, l’assassinat d’Abane Ramdane, vérités sans tabous, Éditions Dar el Othmania, Alger 2017, p.156.

(2) L’intégration des pays d’Europe de l’Est dans l’Union Européenne, lors de son dernier élargissement, a été menée par les experts de Bruxelles et les gouvernements des pays concernés à un rythme de transformations digne du type ‘’colonial’’, d’où le concept inventé de ‘’self-colonization’’. Ce chamboulement a été parfois incompris et mal vécue par les populations et les administrations des pays concernés. Au moins, pour eux, c’était pour la bonne cause !

(3) cf. Plateforme de la Soummam, (Congrès de la Soummam, août 1956).

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