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Le cavalier numide / Ziani

Yabdas ,roi de l’Aurès


Yabdas était un chef amazigh qui a constitué pendant la deuxième moitié du VIe un royaume indépendant dans l’Aurès et qui tint longtemps en échec les Byzantins. Selon  Procope[1], Yabdas fut “de tous les Maures* le plus beau et le plus vaillant”.
Le poète Corippus le présente dans sa Johannide comme le dux de l’Aurasitana manus, c’est-à-dire le chef de l’armée auresienne , et d’après Procope, Yabdas fut le chef des maures de l’Aurasion.
Son nom est orthographié suivant les historiens de plusieurs manières : Iaudas ( Ch. Courtois , Gabriel Camps , Y. Modéran ) , Iabdas ( J. Carcopino , CH.DIEHL …) , Yabdas ( E.F. Gautier ) .
A côté de Yabdas il y avait d’autres rois berbères de moindre importance comme : Ortaïas roi de la Hodna , Massônas, Antalas , et Cutzinas qui occupaient des territoires au voisinage de la Numidie et de la Byzacène, tandis qu’en Tripolitaine, les nomades, chameliers restés païens avaient pour  chefs  « lerna » roi des Levathae (Louata) et Carcassan, roi des Ifuraces (Ifoghas)   .

Le royaume de Yabdas
Si P. Morizot estime Yabdas  n’était que le chef de l’Aurès oriental , Y. Modéran[2] pense quant à lui que  Yabdas dominait tout le massif aurasien actuel, et même une bonne partie de ses marges : Procope lui attribue en effet explicitement le pays situé à l’ouest de l’Aurasion, vaste et prospère (Guerre vandale II, 13, 27) et il signale qu’en 539 il contrôlait la région de Timgad ; et Corippe indique qu’en 546 des Maures de l’Arzugis (théoriquement la région des Chotts du Sud tunisien, mais ici plutôt au sens large la bordure saharienne de l’Afrique romaine) et de Vadis (actuelle Badès) le suivaient. Les limites de son “royaume” demeurèrent cependant toujours instables, d’abord par suite de sa rivalité avec d’autres chefs également insurgés contre les Vandales au début du VIe siècle, et plus tard à cause de ses guerres répétées avec les Byzantins[3].

Il pouvait disposer, aux dires de Procope, de 30 000 combattants, et loin de s’enfermer dans sa montagne, il mena, en 535, une compagne sur les hautes plaines de Numidie jusqu’aux abords de Constantine. Grâce à Procope encore, nous connaissons assez bien ses démêlés avec son voisin Ortaïas, allié des Byzantins ainsi qu’un certain Massônas, dont Yabdas aurait assassiné le père (Mephanias)[4] .

Yabdas contre Solomon
Après la défaite des Maures en Byzacène , Yabdas accueille d’abord les survivants de l’insurrection, comme Cutzinas (ou Cusina), puis résistant à l’avancée de Solomon dans l’Aurès lors d’une première campagne qui s’acheva par un échec complet des Byzantins.
En 536-37, il s’engagea, aux côtés de Stotzas, chef d’une importante mutinerie de l’armée romaine, et se réconcilia avec un de ses vieux rivaux, Ortaïas, qui commandait des tribus situées à l’ouest de l’Aurès.
Ce n’est qu’en 539 que Solomon put porter un coup décisif, Yabdas vaincu dut s’enfuir en Maurétanie. La grande révolte des tribus de Tripolitaine et de Byzacène, cinq ans plus tard, lui permit cependant de réussir un spectaculaire rétablissement. Maître à nouveau de l’Aurès, il rejoignit les insurgés, participa avec eux dans l’hiver 545-546 aux négociations avec un autre dissident byzantin, l’usurpateur Gontharis (Guntarith), puis à la guerre menée contre le nouveau général envoyé par Justinien, Jean Troglita. La victoire de ce dernier à la fin de l’été 546 mit fin à cette brillante période. Vaincu, Yabdas ne fut pas cette fois contraint à la fuite, mais il dut accepter la tutelle des Byzantins et suivre même leur armée lorsqu’en 548 elle eut à combattre une nouvelle attaque des tribus de Tripolitaine.
Après cette période, Yabdas disparait de l’Histoire, et faute de source, nous ignorons quel statut lui fut exactement accordé . Le seul indice est rapporté par le bilan que fait Procope des guerres de ces années : les deux grands vaincus en étaient Antalas et Yabdas , contraint de suivre Jean Troglita comme des “esclaves” (Guerre des Goths IV, 17, 21).

Héritier de Masties , et devancier de Dihya et Aksel
Pour Y. Modéran , ce « royaume des Aurès » a été fondé par Masties « probablement le premier chef de l’Aurès indépendant après l’insurrection du massif contre les Vandales ,située vers 484 par Procope » . Yabdas aurait succédé à Masties et établi son pouvoir plusieurs années avant l’arrivée des Byzantins [5].
Pour Ch. Courtois , ce royaume de l’Aurès , a persisté jusqu’aux premières années du VIII siècle avec la Kahina (Dihya) et Kouceila ( Aksel) [6]. Il voit dans l’épisode de Yabdas une réminiscence du « nationalisme berbère » , sentiment d’identité berbère plus ou moins conscient mais irréductible, conduisant périodiquement à des révoltes contre le pouvoir romain, son administration et son armée.
Ch. Courtois écrit : «  Aucune réminiscence historique n’inquiétait sans doute un Masuna ou un Iaudas et on les eût probablement étonnés en leur disant qu’ils ressemblaient quelque peu à Masinissa ou à Iugurtha . Et pourtant , ils avaient réinventé d’un coup le même jeu et les mêmes méthodes . Ils n’entendaient pas eux non plus rejeter la civilisation qui les enveloppait. Mais ils désiraient inconsciemment qu’elle devînt leur chose  et qu’aucun pouvoir étranger ne se mêlât de les y soumettre . La formation des Etats berbères des Ve et VIe  siècles , ce n’est point l’effet d’une révolte , c’est une sorte d’affirmation de soi , l’expression d’une vitalité que le temps n’a pas atteinte »[7] .

Jugurtha Hanachi
* « Maure » : est un berbère non-romanisé , c’est-à-dire  demeuré en dehors de la culture romaine.


Yabdas , Royaume de l’Aurès , Aurès , roi , Vandale ,

[1] PROCOPE, (Guerre vandale, II, 15, 13)

[2] Y. Modéran, « Iaudas », in 23 | Hiempsal – Icosium, Aix-en-Provence, Edisud (« Volumes »,

no 23) , 2000 [En ligne], mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 02 février 2015. URL : http://

encyclopedieberbere.revues.org/1623

[3] Gabriel Camps. Rex gentium Maurorum et Romanorum. Recherches sur les royaumes de Maurétanie des VIe et VIIe siècles.

[4] D’après Procope , Massônas n’est autre que le beau-frère de Yabdas .

[5] Y. Modéran, « Iaudas », in 23 | Hiempsal – Icosium, Aix-en-Provence, Edisud (« Volumes »,

no 23) , 2000 [En ligne], mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 02 février 2015. URL : http://

encyclopedieberbere.revues.org/1623 .

[6] C’est le même avis de G. Camps « Le royaume de l’Aurès devait se maintenir jusqu’à la conquête arabe. Avec la Kahéna il devait même connaître une brillante mais brève destinée » . Rex gentium Maurorum et Romanorum.

[7] Christian Courtois . Les Vandales et l’Afrique

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