Les habitants de Tahidoust s’insurgent contre l’installation de buses d’évacuation des eaux usées

Les événements qui ont secoué durant des mois la petite ville de Ighzar n thaqqa (Oued Taga) semblent donner des idées et, surtout, réveiller les consciences quant à la situation environnementale qui ne cesse de se dégrader et à une vitesse fort inquiétante. En effet, l’heureux dénouement de ce qu’on appelle désormais le dossier clos de la cimenterie qui ne verra jamais le jour dans la commune de Ighzar n thaqqa a pour mérite d’avoir piqué les esprits, aussi bien par son caractère d’intérêt général que par l’aspect pacifique de sa revendication.

En effet, les habitants de la petite localité de Rhouet, dans la commune de Taḥidoust (Hidoussa), voient d’un mauvais œil l’installation des canaux (buses) d’évacuation des eaux usées qui vont se déverser directement dans l’un des principaux ruisseaux qu’ils utilisent pour l’irrigation de leurs champs et jardins (pommiers, abricotiers, cerisiers, poiriers, maraîchers…) sachant que c’est la principale richesse de toute la population.

Sur place à Rhaouet, une grande partie des agriculteurs sont des jeunes chefs de famille dont certains ont fait des études supérieures pour se consacrer entièrement à la culture de terre qu’ils ont héritée de leurs parents. Ainsi, dans l’objectif d’alerter l’opinion publique mais aussi l’autorité locale, les jeunes agriculteurs craignent pour leur agriculture mais pas uniquement, nous dit Imed, un jeune fellah qui possède des terres et plus de 500 pommiers. Il nous dit avec un certain dépit : «C’est vrai qu’il n’y a pas que l’oued pour irriguer l’agriculture car il y aussi des séguias et des puits pour les plus chanceux, mais ils ne sont pas nombreux ceux qui pratiquent une irrigation d’appoint (irrigation au goutte à goutte) qui a plusieurs bénéfices. Cependant, que vont devenir les petites retenues où des fellahs puisent leur eau ou d’autres qui ne sont pas habitants du village et qui viennent passer leurs journées pour faire du tourisme de montagne ou la pèche, puisque l’eau est limpide et poissonneuse. Le déversement des eaux usées va inéluctablement tuer toute forme de vie.»

Au café du village, les citoyens, du plus petit agriculteur aux plus grands producteurs, espèrent trouver une solution car ils estiment que depuis une dizaine d’années il y a un retour à la terre et elle donne satisfaction ; il est donc préférable d’encourager ce retour au lieu de le ralentir ou de le stopper totalement. Un autre habitant attire notre attention sur le fait que des familles entières viennent à la source du village (Thalla n’tsslith) pour passer la journée ; elles viennent de Batna, de Merouna, et même de Sétif.

Notre interlocuteur doute que ces gens voudront rester dès qu’ils apprendront qu’il y a des eaux usées qui se seront déversées dans quelques jours ou semaines. Notre demande pour rencontrer le chef de l’Assemblée communale populaire de Hidoussa, dont dépend administrativement Rhaouet, n’a rencontré aucun obstacle et la rencontre a eu très rapidement.

En effet, le P/APC, Belaïd Zeroual, n’ignore rien de ce dossier épineux et qui ne date pas d’aujourd’hui. Le président de l’APC nous explique que le projet date des débuts des années 1990 et lui n’a fait qu’hériter de ce projet qui fâche, comme il se plaît à le dire. Selon le responsable, ce projet d’assainissement est un mal nécessaire, et c’est le moindre mal, car plusieurs études ont été faites en impliquant les services techniques de la daïra de Merouana. La recherche de terrain pour l’installation de fosses septiques est restée infructueuse, et les citoyens refusent de céder leurs propriétés. Cependant, le président de l’APC espère pouvoir avoir des financements pour l’achat de camions hydrocureurs, équipés d’aspiratrice pour des vidanges des fosses septiques, mais aussi rallongés pour porter au plus loin possible les canaux des eaux usées (le réseau) et éviter aussi bien la pollution des oueds que les odeurs nauséabondes.

Juba Rachid

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