L’Aza amazigh : emblème de l’union des peuples d’Afrique du Nord

Les policiers qui ont arraché des drapeaux amazighs à des manifestants lors de la marche du mouvement populaire du 19 avril à Alger ne connaissaient certainement pas la valeur du symbole qu’ils venaient de violenter ! L’ont-il fait de leur propre initiative ou ont-il exécuté un ordre de leur supérieur ? Qu’importe.

Ce geste dénote surtout la persistance de l’ostracisme et le refus d’assumer notre identité nationale multimillénaire.

Ce déni d’identité, en se cherchant une identité de substitution du côté du mont  Arafat, a une origine historique : il vient du mouvement des Oulémas dans les années 1930, relayé par une branche traditionaliste et citadine du PPA-MTLD, représentée par le personnage d’Ahmed Messali. Pour cette tendance, l’Algérie n’existait que depuis le 7eme siècle, avec l’avènement de l’islam en Afrique du Nord. Avant c’était le néant, l’absence d’histoire, de peuple, de culture : el djahiliya !

Trois mille ans d’histoire passés à la trappe.

Cette vision erronée de l’histoire, pourtant disqualifiée par la mobilisation unitaire du peuple, avec sa culture et ses mécanismes de défense et de solidarité, n’a pas disparu à l’indépendance politique en 1962. Elle a même été renforcée par l’engagement du pays dans la voie du nationalisme arabe nassérien sous Ben Bella.

L’arabisation de l’enseignement, avec un corps enseignant majoritairement acquis à l’arabisme, ont fait le reste : faire table rase de l’histoire, de la langue et de la culture du sous-continent nord-africain. Les moyens de l’État avaient été mis au service de la répression où la découverte de quelques caractères tifinagh dans un cahier pouvait mener le collégien à la prison. C’était cela l’un des visages du système politique algérien !

Le printemps amazigh de 1980 avait fait irruption de manière fulgurante sur la scène politique algérienne pour mettre en échec le génocide culturel programmé par le FLN. On ne peut comprendre la dynamique de mobilisation, en Kabylie particulièrement, si l’on n’évalue pas l’enjeu : c’était une question de vie ou de mort d’un peuple.

La diffusion de l’emblème amazigh à partir de 1980 a rencontré un accueil très favorable dans toutes les communautés amazighophone d’Afrique du Nord. Il est aujourd’hui adopté par tous, par les amazighophones comme les darjophones (‘’arabophones’’). Il est présent partout, au Maroc, en Libye, au Mali du Nord (Azawad), en Tunisie, dans les Îles Canaries. Ce n’est pas le drapeau de ‘’la république de Tizi Ouzou’’ !

Par cet emblème, les algériens et les nord-africains en général, retrouvent et assument leur identité : ils ne sont ni d’Orient, ni d’Occident, et les langues populaires, tamazight et dardja, sont complémentaires. Elles ne sont pas ennemies.

Cette vision unitaire, traduite par cet emblème, l’Aza amazigh , est la seule voie pour réaliser le projet d’union des peuples et des États d’Afrique du Nord.

Là où l’arabo-islamisme, avec ses innombrables versions ‘’d’union du Maghreb arabe’’, a lamentablement échoué, le projet amazigh réalisera cette union, car allant naturellement dans le sens de l’histoire.

Aumer U Lamara, écrivain

Notes :

On apprend que lors de la marche du 26 avril, les gendarmes qui ont été envoyés pour bloquer la venue des manifestants vers Alger confisquent les drapeaux algériens (information donnée par un militant des droits de l’Homme à qui il a été confisqué personnellement) !

Après l’arrachage du drapeau amazigh, c’est au tour du drapeau algérien. C’était probablement pour promouvoir la visibilité des drapeaux palestiniens !

Une information persistance circulent dans le pays : ‘’c’est la police politique qui diffuse ces drapeaux palestiniens pour semer la confusion et tenter de noyer les drapeaux amazighs. C’est fort plausible, dans cette période de manipulations, de provocations pour casser le mouvement populaire et des guerres acharnées entre les clans pour détourner le mouvement à leur profit. La fin justifie les moyens.