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La chahida Ziza Massika

Ziza Massika, l’Aurèsienne

Après ses études primaires à Hbathent (Batna), sa région natale, Sakina ZIZA poursuit à Sétif en 1950 ses études moyennes de la 4e classe Moderne a la seconde classe M de dans le collège de jeunes filles (actuellement lycée Malika Gaïd) puis retourne à Hbathent terminer ses études secondaires, où elle obtient le baccalauréat en 1953. Elle poursuit ensuite ses études supérieures à l’université de Montpellier en France jusqu’en 1955 (en compagnie de son frère Ayache Ziza) avant de revenir enseigner à Merouana à l’école maternelle.

Elle rejoint Sétif peu avant la grève des étudiants nationalistes en 1956 (avec deux consœurs, Mériem Bouatoura et Leïla Bouchaoui) afin de rallier les moudjahidines en tant qu’infirmière sous le grade de caporal puis celui de sergent au niveau de la région de Collo, à Oued Atia, au douar Oulad Djemaa (Oulad Djemaa), sous les ordres de Ammar Baaziz dans la 3e région de la Wilaya II. Elle collabore activement avec Azzouz Hamrouche et Abdelkader Bouchrit, qui étaient à l’époque responsables de la santé des 1re et 2e régions, respectivement sous les ordres de Lamine Khene de 1956 à 1958 et de Dr Mohamed Toumi entre 1958 et 1962.

Il est intéressant de s’arrêter sur le témoignage de son frère, ZIZA Maamar, sur les circonstances de la mort de la Chahida ZIZA Massika tombée au champ d’honneur dans la willaya de Collo, le 29 août 1959 à l’âge de 25 ans, d’après l’interview donnée à Canal Algérie dans le cadre de l’hommage qui lui a été rendu lors de l’émission « Bonjour d’Algérie », avec le concours de René FAGNONI.

Nous étions au mois d’Août 1959, le rouleau compresseur du Plan Challe mis en route depuis le début du mois de février, allait s’abattre sur la wilaya 2 en cette fin d’été.

ZIZA Massika était alors responsable d’un hôpital/infirmerie de campagne où elle soignait 18 blessés avec une infirmière qui se trouvait avec elle.

Ce jour là, elle devait leur préparer un plat connu dans la région de Collo sous le nom de « Corsa ». C’est une préparation faite à base de semoule dans laquelle on incorpore des oeufs et du lait que l’on fait frire ensuite avant de la plonger dans du miel.. Les djounouds qui se trouvaient dans l’hôpital en ont alors parlé entre eux évoquant le fait que Massika allait leur préparer une Corsa ce jour là.

Elle est descendue chez des civils qui habitaient en contrebas de l’hôpital. Elle est donc allée chez une femme appelée « tante Messaouda », de la famille Bouabsa. Maamar ajoute, il y a plusieurs années, je suis allée voir cette dame chez elle et elle m’a reçu, confirmant ainsi son témoignage. Massika etait descendue chez cette dame dans l’intention de ramener du miel nécessaire à la préparation de son plat.

Avant de quitter les djounouds qui se trouvaient là, elle les a mis en garde contre les dangers qu’il y avait d’allumer un feu, car fréquemment un Piper, un avion de reconnaissance français, survolait la zone.

A son arrivée chez la dame Bouabsa, raconte cette dernière, au moment où elle lui préparait le miel qu’elle devait emporter, Massika leva la tête et aperçut une fumée qui montait du lieu où se trouvait l’hôpital. Elle jeta le miel à terre et s’écria :  » Oh ma tante, un malheur va s’abattre sur nous aujourd’hui ; c’est un jour de malheur ». Elle remonta en courant vers l’hôpital. Quand elle l’atteignit, c’était déjà trop tard : deux chasseurs T. 6 survolaient la zone. Massika ordonna aussitôt l’évacuation de la pièce qui servait d’hôpital.

Parmi les blessés dont elle s’occupait, il y avait un djoundi qui avait perdu la phalange d’un doigt. Il s’appelle Si Rabah Boughamza. Il est toujours vivant et habite Collo. Elle voulut terminer de le soigner. Elle a regardé les autres djounouds et elle leur a demandé de sortir et d’aller s’abriter dans la tranchée attenante à l’hôpital/infirmerie. Elle leur a dit, il est préférable que l’on soit deux à mourir plutôt que sept, ce qui est une précision intéressante sur le nombre de personnes présentes à ce moment précis. Elle finissait de soigner Rabah Boughamza, en même temps qu’elle le poussait vers la porte qui donnait accès à la tranchée. C’est Rabah Boughamza qui raconte : « l’avion vient juste d’achever son passage sur la presqu’ile de Collo. Il volait à très basse altitude ; il était juste au dessus de nos têtes et nous pouvions même distinguer les traits du pilote ».

Après avoir terminé de lui panser le doigt, elle poussa le blessé vers la tranchée et retourna dans son local pour récupérer sa sacoche médicale. C’est à ce moment précis que le pilote d’un des deux avions T. 6 tira un un obus, dont un éclat blessa mortellement Massika au front.
Maamar poursuit ainsi son témoignage :

Quelques mois aprés l’indépendance, je suis allé sur les lieux en compagnie de ma mère. Elle voulait retrouver l’endroit où sa fille Massika était enterrée. Elle voulait absolument ramener son corps à Mérouana et l’enterrer de ses mains. Mes deux parents étaient vivants à l’époque. Nous sommes allés à Collo chez le nommé Omar Bouaziz que les habitants de Collo appelaient « le Rouquin »qui connaissait bien les lieux. C’est lui qui nous a montré l’endroit où Massika avait perdu la vie., chez les Ouled Attia. Il nous a montré les tranchées qui servaient d’abris, à l’hôpital/infirmerie dont Massika était responsable.

Ensuite, nous nous sommes rendus à l’endroit où elle était enterrée. Il a alors demandé de l’aide aux ouvriers de la Société Nationale du liège et du bois qui travaillaient dans le secteur. Nous avons creusé et notre surprise fut grande quand nous découvrimes le corps de Massika !

Les racines des arbres, avaient complètement entouré le corps de Massika qui se trouvait là comme dans un sarcophage. Son corps était intact, comme si son décès remontait à la veille. Un seul élément de son corps était abimé : une partie de son front touché par l’éclat d’obus… Elle portait toujours son treillis. Seule une « Pataugas » avait la semelle décollée. Avec l’aide des ouvriers, nous avons exhumé le corps de Massika et l’avons enveloppé dans deux draps, avant de le mettre dans un cercueil pour le ramener à Mérouana, où elle repose aujourd’hui près de ses parents.

ZIZA Maamar conclut son intervention en déclarant que sa soeur Massika, a fait son devoir pour l’indépendance du pays, comme des milliers d’autres femmes dont on ne parle pas.

Aujourd’hui, plusieurs établissements publics dans la région des Aurès portent son nom ainsi qu’une promotion de médecins-major de l’A.L.N.

René Fagnoni

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