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Mausolée du saint Muhend u si-Zrara au mont Bourfiɛ

La légende du marabout Muhend u si-Zrara

Muḥend u Si-Zrara est l’ancêtre des Aïth Si Zrara , tribu maraboutique qui peuple la plaine de Remila ( R’mila). Son tombeau qui fait l’objet de vénération encore aujourd’hui, est situé au mont Bourfiɛ entre imi n Toub et Ighzar n Thaqqa (Bouhmar).

Dans son histoire, El-Adouani , hauteur d’un livre sur les tribus de l’est algérien et du l’ouest tunisien (1), avait rapporté une légende populaire qui a beaucoup de similitude avec celle de Bourek, recueillie par des auteurs français dans l’ighzar Amellal .

« Ce marabout épousa une femme des Aïth Oudjana qui lui donna trois fils : Toumi, Belkacem et Amar. Parmi les choses extraordinaires accomplies par ce saint homme, on raconte que sa femme, prise du mal d’enfant, accoucha d’un œuf et d’un objet ressemblant à une vessie. Si-Zrara alla immédiatement enterrer ces deux produits surnaturels à l’endroit nommé Ras-Tafout.

« Au bout de quelque temps, repassant par là, il s’aperçut que la terre s’était soulevée au-dessus du trou qu’il avait creusé, et il constata que de l’œuf était éclos un vautour, et que de la vessie était sorti un dragon. Il emporta les deux bêtes et les éleva sous sa tente. …Dans les mouvements d’émigration forcée, les Aïth-si-Zrara s’installèrent à Tar’its (sic) (2).

« Cependant, le dragon, que son père avait nommé Flilouch, était devenu un monstre de grande taille; chaque jour il suivait les troupeaux dans les pâturages, et, par sa présence, empêchait les malfaiteurs d’en approcher.

Le vautour, de son côté, planait dans les airs au-dessus des bestiaux, et signalait par ses cris tout ce qui se passait au loin. Ces deux vigilants gardiens rentraient le soir avec les troupeaux dans le douar de leur père.

« Les Aïth-si-Zrara avaient construit à Tar’its un village dans lequel ils serraient tout ce qu’ils possédaient, et lorsqu’ils avaient à s’éloigner pour leurs affaires, ils laissaient leurs maisons sous la garde du dragon et du vautour. Le dragon Flilouch dormait ordinairement toute la journée du vendredi et la nuit suivante. Un homme des Sellaoua, qui était berger chez les Aïth-si-Zrara, alla trouver ses frères de tribu et leur parla des habitudes du dragon. La première fois que les Aïth-si-Zrara s’éloignèrent de leur village, les Sellaoua firent irruption pendant la nuit du vendredi. Ils amassèrent autour du dragon endormi une grande quantité de bois à laquelle ils mirent le feu, et le monstre fut brûlé. Cependant, le vautour essayant de sauver son frère Flilouch, se plongea dans l’eau et vint secouer ses ailes humides sur le brasier, mais ses efforts n’aboutirent à rien ; alors il s’envola vers la tente de son père sur laquelle il se posa.

A la vue des plumes brûlées du vautour, Si-Zrara se rendit compte du désastre arrivé à son village. Montant immédiatement à cheval avec tous les siens, il se rendit rapidement sur les lieux; mais il était trop tard : le village était pillé et Flilouch consumé par les flammes ».

Ayant mené une vie de dévotion et d’ascèse, Muḥend u Si-Zrara est considéré aujourd’hui comme un maître spirituel. On continu  à visiter son mausolée et d’honorer sa mémoire .

Jugurtha Hanachi

Note :
(1) Tarikh al-ʻadwānī , traduit en 1868 par Ch. Féraud sous le titre « Kitab el-Adouani : ou le Sahara de Constantine et de Tunis » .
(2) Taghit ?
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