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Germaine Tillion

Le jour où Germaine Tillion a utilisé la langue chaouie pour tromper les nazis

Haqsitt n gafu , l'Histoire de Gaveau (musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, France)
Haqsitt n gafu , l’Histoire de Gaveau (musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, France)

Lorsqu’elle débarque dans l’Aurès en 1934 en compagnie de Thérèse Rivière, Germaine Tillion était loin de se douter que la langue chaouie qu’elle a appris  au contact des auressiens, va l’aider un jour dans l’un des moments les plus décisifs de sa vie.

En effet, dès son retour de l’Aurès en 1940, Germaine Tillion s’engage dans la résistance contre le nazisme et participe activement à la création et au développement du réseau du musée de l’Homme. Les allemands qui soupçonnaient les membres de ce réseau, décident de l’infiltrer. Ils envoient Albert Gaveau, un ouvrier mécanicien, qui se fait passer pour un résistant.

Sous les indications de Gaveau, les membres les plus actifs du réseau sont arrêtés en 1942. Alors que six parmi eux sont fusillés, Germaine Tillion , quant à elle , est incarcérée à la prison de la Santé puis transférée à Fresnes . C’est dans cette prison qu’elle découvre la trahison d’Albert Gaveau et décide d’en avertir les autres membres. Pour ce faire, elle fait sortir une lettre (voir la photo ci-dessus) où elle dénonce le traître du réseau. Afin de brouiller les pistes, elle l’écrit en thachawit et l’antidate. En effet, bien que rédigée en 1943, la lettre porte la date de 2 février  1936 ce qui lui donne l’aspect d’une note ethnographique comme celles qu’elle a réalisée lors de sa mission dans le sud de l’Aurès : impossible pour les allemands de la déchiffrer !

La lettre intitulée « Haqsiṭṭ n gafu » (L’histoire de Gaveau) contenait toutes les informations sur le mouchard : où il habite (taddert annes), sa situation familliale (ɣer yemmes , ɣers tamaṭṭut), on peut même découvrir dans l’avant dernier paragraphe l’un des traits de son caractère : itḥib tisadnan (il était un coureur de jupons !).

Par cet ingénieux stratagème, Germaine Tillion a peut être sauvé la vie à plusieurs membres de son réseau. Plus tard, lors du procès d’Albert Gaveau en 1949, Germaine Tillion sera entendu par le juge d’instruction de la Cour de Justice de la Seine qui condamnera Albert Gaveau aux travaux forcés à perpétuité .

Jugurtha Hanachi

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