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Guelma : Badji Mokhtar revisité

Comme à l’accoutumée, les autorités de la wilaya de Guelma et leurs homologues de la wilaya de Souk Ahras, célèbrent conjointement cette semaine, la commémoration du 65ème anniversaire de la mort du chahid Badji Mokhtar, tombé le 19 novembre 1954.La cérémonie de recueillement emplie de sa grande charge émotionnelle se tient au carré des martyrs de la commune de Medjez Sfaa, à l’ombre de la stèle du souvenir, érigée sur le plateau nu qui avait servi de scène à l’ultime combat mené par le martyr et ses compagnons, avant de tomber les armes à la main. Dans ce champ d’honneur, il y avait Chaib Djzair, la première femme martyre, de la lutte de libération, qui allait ouvrir la voie à d’autres sacrifices suprêmes du contingent féminin algérien avec les  Hassiba, Meriem, Djamila, Malika, Fadila, Massika et les autres connues ou anonymes. L’on se remémore la légendaire complainte de l’icône Mériem Bouattoura: “Je veux mourir les armes à la main, et debout dans les ruelles de Constantine” .La fidaiya Yasmina de N’Gaous (son surnom) combattante à 16 ans, tomba les armes à la main à l’âge de 22 ans. Elle demeure le symbole du martyre au féminin d’une subliminale légende.

Badji Mokhtar naquit le 17 avril 1919 à Annaba au sein d’une famille modeste mais instruite.En 1936, sa scolarité fut interrompue en raison des insupportables comportements racistes et discriminants du corps enseignant, envers les “élèves indigènes” et rejoignait les rangs des scouts musulmans algériens.Dans cet environnement plus favorable, vont se développer ses instincts d’organisateurs et de meneur d’hommes dans des initiatives juvéniles mais intrépides.En 1940, il monta sous l’égide du PPA, la première cellule des jeunes éclaireurs à Souk Ahras. Non convaincu de l’utilité de servir le régime colonial lors de la mobilisation générale pour la seconde guerre mondiale, il usa de divers subterfuges pour se faire dispenser de cette obligation militaire.En 1944, il rejoignait le mouvement des AML avant d’adhérer au MTLD. Son sens de l’initiative  et de l’organisation le propulsait au mérite d’accéder à la confiance de ses supérieurs dans le mouvement nationaliste et se retrouve installé en 1947, par Boudiaf, Ben Mhidi et Chergui, à la tête de l’OS pour la région de Souk Ahras.Le premier avril 1950, la police coloniale découvrait ses “activités subversives” dans la foulée d’une délation méprisable et fut condamné à une peine non restrictive de 3 années de réclusion.Son parcours carcéral entre Souk Ahras Guelma Chlef et Blida, lui avait permit de se fondre dans une fructueuse fréquentation dans le milieu des anciens membres de l’OS démantelée, et se forge dans le fondamentalisme actif pour la cause nationale.

A sa libération, il participa en mars à la création du CRUA et assista quelques semaines après à la réunion du groupe des 21 à Alger où il prenait en charge la mission de préparer le déclenchement de la lutte de libération dans le secteur de Souk Ahras. En plein dans ses éléments pour l’action et animé d’une inébranlable détermination, il supervisait les séances quotidiennes d’entraînement de ses hommes qu’il aurait lui-même choisi, et mettait en place ses réseaux de soutien, de liaisons et ravitaillement en armes, munitions et médicaments. Aux premières heures du premier novembre 1954, il avait engagé les première actions préétablies, ciblant les intérêts coloniaux. Il dirigea l’assaut contre la garnison stationnée dans la mine de Nadhor et contre le train, sur le tronçon de chemin de fer qui traversait les monts de Mechrouha. Sa parfaite connaissance du terrain et ses reliefs, lui permettait de multiplier sous diverses formes, les longs harcèlements contre les troupes de l’ennemi. Sa stratégie de guérilla consistait à marquer la présence des ses hommes à travers un essaimage des potentialités mobiles sur tous les points dominants de son champ d’action.Sous ces tirs de barrage, l’ennemi ne parviendra jamais à évaluer les réelles forces de l’unité de l’ALN, et cette manière d’agir allait faire école au sein de nos combattants , pendant toute la durée de la lutte armée.

Le 19 novembre 1954, dans un féroce accrochage avec la soldatesque coloniale, soutenue par les blindés, l’artillerie lourde et l’aviation, Badji Mokhtar et ses compagnons, dont une jeune femme qui se prénommait ” Dzair “,ont été encerclés dans un plateau nu à proximité de l’agglomération de Medjez Sfaa,sur le territoire de la wilaya de Guelma. L’histoire nous apprend que le martyr avait subi les effets perfides de la délation, et dans le feu du combat, il avait tenté une action de repli à découvert mais cette tentative de diversion échoua devant le nombre  des forces ennemies aéroportées.Il tomba les armes à la main avec ses compagnons, à l’aube de la jeune révolution, traçant la voie à d’autres qui ne vont pas hésiter à reprendre le flambeau pour aller au sacrifice suprême, sur cette terre qui allait rester en perpétuelle insurrection contre le régime colonial spoliateur, avilissant et déshumanisant.

Cette commémoration nous interpelle à revisiter notre passé et retenir les enseignements sur les hautes valeurs qui avaient imprimé notre personnalité et notre glorieuse marche dans la douleur et la souffrance, d’un peuple qui a été à l’origine de l’une des plus grandes épopées de libération, dans l’histoire contemporaine humaine. Hier nos aînés n’avaient pas hésité à donner leur sang en répondant à l’appel de la patrie et le tribut fut payé dans la dignité. Aujourd’hui la même patrie exige de ses enfants un peu de sueur, uniquement de la sueur dans l’effort de bâtir. Il serait judicieusement recommandé de se regarder souvent dans un miroir pour se dire si l’on est les dignes héritiers de nos aînés. Les indélicats apprentis-sorciers qui ont tenté de jeter l’anathème sur les hautes valeurs de novembre en perturbant l’édition 2019 de sa veillée par des actes répréhensibles et abjects, ne sont pas concernés par cet aphorisme. Ces malfrats ingrats n’ont qu’à se retirer dans leur background infâme et grenouiller avec leurs forfaitures mesquines, loin de la citadelle, conçue dans une sacralité qui éjecte systématiquement toutes les impuretés. La mère nourricière sait reconnaître les siens après avoir sonné le glas à toutes les turpitudes malveillantes. Pour que nul n’oublie, le combat continue.

Mohammed MENANI

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