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Les mets et les mots des langues vernaculaires du Maghreb

Le linguiste qui dort en moi m’emmène à partager un coup de cœur. Il s’agit d’une étude d’Emma Léon intitulée:”Babylone, Carthage et Rome / Dans les cuisines et les langues du Maghreb”. On pourrait, a priori, se demander pourquoi? Or, la réponse coule de source:”Les cuisines, quand elles sont restées traditionnelles et presque inchangées, sont de véritables archives vivantes.”

Mes recherches sur le monde amazigh indiquent que, très souvent, le rôle de la femme a été déterminant dans la transmission du savoir culturel. C’est exactement ce que fait Emma Léon en considérant “les recettes traditionnelles transmises oralement de mère en fille”. Elle ajoute d’ailleurs (p.8):”Ces mots, ces plats, les ustensiles parfois, les épices et les assaisonnements sont la réalité quotidienne en Tunisie, en Algérie et surtout au Maroc.” Ainsi donc, “les traditions culinaires sont demeurées presque intactes depuis les Phéniciens.” (p.9) En remontant donc aux sources depuis le présent, on fait alors le chemin inverse de celui de l’archéologue. Et si donc, on arrive jusqu’à Babylone, c’est à dire il y a 3700 ans, on ne s’étonnera plus de savoir que:”la cuisine du Maghreb (est) la plus vieille cuisine du monde.”(p.11)

On comprendra l’enthousiasme du linguiste, plus que jamais persuadé que la langue demeure aussi un facteur de transmission historico-culturel. “Le libyque ou berbère ancien, langue autochtone parlée aux mêmes époques que le punique et le latin, s’avère le vecteur de ces “idiomes défunts qui perdurent dans les dialectes arabes contemporains” [Heller-Roazen, 2007, p.97]”.

Ce rôle est joué par les langues vernaculaires de l’Afrique du Nord (le berbère et l’arabe dialectal). On comprend alors pourquoi :”seules les langues vernaculaires, enracinées dans des substrats linguistiques les plus anciens, sont des passeurs d’histoire.”(p.10)

Voici pourquoi il ne m’était pas possible de rester insensible à ce superbe message!

Christian Sorand

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Bassem ABDI

Passionné d'histoire, j'ai lancé en 2013 Asadlis Amazigh, une bibliothèque numérique dédiée à l'histoire et à la culture amazighe ( www.asadlis-amazigh.com). En 2015, j'ai co-fondé le portail culturel Chaoui, Inumiden.

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