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Les dernières semaines ont connues une répression sans précédent

“Emmenez-moi à la prison d’El Harrach !”

Salem raconte : “Je suis parti tôt de Bachdjarah pour rejoindre Alger en stop. Au niveau du tunnel, j’ai pu échapper au barrages de la police, en courant. Loupé ! Ils m’avaient poursuivi avec un fourgon. Lorsqu’ils sont tombés sur moi, ils m’ont frappé, arraché le drapeau amazigh que j’avais noué sur mes épaules et ont cassé sur ma tête le cadre avec la photo de Hocine Aït Ahmed, mais ils m’ont laissé la photo. Ils m’ont embarqué aussitôt au commissariat d’El Harrach, interrogatoire, insultes et encore des coups. Je leur ai dit : je ne suis pas un terroriste, je vais manifester pacifiquement pour mon pays, où est le mal ? Emmenez-moi si vous voulez à la prison d’El Harrach où se trouve déjà Lakhdar Bouregaâ, Ça ne me dérange pas ! ».

Quelque temps après, en l’absence du chef, l’un des policiers le moins agressif, m’a sorti de là et ordonné de partir. J’avais plusieurs contusions et le bras droit en sang”.

On peut multiplier ce type de témoignage par centaines, voir par milliers.

Le système politique, dans ses dernières manœuvres pour se maintenir contre la société, multiplie les agressions contre les citoyens, les restrictions des libertés de manifester pacifiquement, en attendant l’instauration probable de l’état d’urgence ou.. l’état de siège.

Au lieu d’accompagner réellement et d’accélérer cette dynamique de libération nationale, pacifique et joyeuse, inédite dans l’histoire de l’Algérie, les tenants du pouvoir de fait mettent en œuvre toutes les agressions et combines les plus farfelues pour se maintenir et s’accrocher à leurs privilèges, quitte à saborder le pays avec.

Le peuple n’est pas dupe, et ce ne sont pas les quelques arrestations de délinquants politiques et d’affairistes véreux qui détourneront les citoyens du but fixé : changer radicalement de système politique et rendre le pouvoir au peuple.

Il est urgent de dépasser cette situation de blocage pour ouvrir de nouvelles perspectives pour la jeunesse algérienne, afin de jouir d’une citoyenneté pleine et entière dans un pays respectable.

Il s’agit de sortir au plus tôt du bourbier dans lequel se trouve la société algérienne depuis 1962 : ‘’l’esprit sangsue’’ et l’accrochage sur le prix du baril de pétrole (1), l’injustice systémique, les privilèges indus des fils et filles de, le règne des connaissances et des combines, l’absence de lois identiques pour tous, le deux poids deux mesures, les comportements tribaux, la privatisation de la puissance et des moyens de l’État, les détournements scandaleux, le sauve-qui-peut harraga, …

Ce n’est pas la société algérienne qui est mauvaise. Toutes ces déviations ont été produites par le système politique qui s’est imposé par la force depuis 1962 (parti unique, dictature militaire, police politique, idéologie arabo-islamiste, absence de pluralisme et de contrôle populaire des institutions…).

Il s’agit d’ouvrir de nouvelles perspectives, de nouveaux horizons pour la jeunesse algérienne, dans un élan partagé de reconstruction nationale dans une perspective nord-africaine et méditerranéenne.

Il s’agit de transformer cet immense enthousiasme de contestation populaire et pacifique en projet fédérateur pour relever les nombreux défis qui attendent la pays : le développement du pays par le travail et non par la rente, la protection de l’environnement par la lutte contre la désertification et la valorisation du territoire national, la construction progressive de la citoyenneté nord-africaine dans le respect des différences, l’insertion de cette espace dans le monde méditerranéen et africain.

Enfin, renouer résolument avec l’esprit d’indépendance de l’éternel Jugurtha.

Pour cela, la place des jeunes Algériens n’est certainement pas à la prison d’El Harrach mais dans les centres de décision. Là où le débat doit permettre de nouvelles perspectives politiques et sociales pour le pays.

 
Aumer U Lamara, physicien, écrivain.

Notes : 

(1) Dialogue réel entre deux amis, deux hommes mûrs ‘’qui ont lu’’  (instruits), comme on dit :

« – Comment vont tes enfants ? (celui qui parle est établi à l’étranger depuis plusieurs années)

– Ils ont fini leurs études, ils travaillent pas trop loin de chez nous ;

– Comment, ils ne sont pas partis à l’étranger ?

– Non ! Franchement je ne souhaite pas qu’ils partent, ils travaillent ici, ils gagnent leur vie et c’est l’essentiel.

– Laisse-les donc partir ; là-bas ils profiteront plus de la rente pétrolière (de l’Algérie, ndlr) qu’en restant ici au pays ! ».

Sans commentaire.

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