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La révolte des Mercenaires 241-238 avant JC

Nos ancêtres les… mercenaires !

On ne peut pas comprendre l’acharnement de nos compatriotes à défendre des causes qui ne sont pas les leurs si on ne remonte pas le fil de l’Histoire. Simple atavisme ou “volonté génétique” de lutter pour les autres contre les intérêts de notre nation Nord-Africaine ?

Quelques repères historiques qui permettent de nous interroger et d’en juger.

1. La fondation de la cité coloniale, Carthage, au 9ème siècle av. J.-C., et sa puissance dominante pendant près de 7 siècles, se sont faites avec la main-d’œuvre et les mercenaires amazighs (numides, Algérie+Tunisie), Libyens, Maures (actuel Maroc) et accessoirement des Européens. Lors du soulèvement des mercenaires contre Carthage en 141 av. J.-C., dit “guerre des mercenaires” (*), puis sa transformation en guerre de libération, conduite principalement par le numide Mastan(**), a été mise en échec par un autre numide, Naravas, engagé avec ses milliers de cavaliers pour libérer Carthage qui était sur le point de tomber.

2. Lors de la longue guerre de Jugurtha contre Rome (218 à 105 av. J.C.), les plus grandes défaites des Numides contre l’armée romaine (prise de Tala, de Gafsa, etc.) ont été obtenues avec la complicité des mercenaires numides engagés pour approcher par traîtrise les cités fortifiées. Ironie de l’histoire, c’était Gauda, le demi-frère de Jugurtha, qui a été instrumentalisé par Rome et qui dirigeait ces troupes mercenaires.

3. Dans la période musulmane, Tariq U Ziad, à la tête de milliers de cavaliers du sud marocain, avait conquis en 711 après J.-C. la péninsule ibérique pour le compte de la dynastie musulmane de Damas. Après la conquête, Moussa Ibn Noçair avait pris possession du territoire hispanique. Les Amazighs étaient ensuite relégués, jusqu’en 1492, à la périphérie des cités “arabo-musulmanes” nouvellement édifiées (Grenade, Cordoue, …).

4. La guerre de libération nationale en Algérie contre le colonialisme français (1954 – 1962) avait failli mettre un terme à cette forme de “malédiction” historique, notamment avec l’élaboration de la plate-forme de la Soummam et l’échec relatif de la politique des harkas par la France.

Mais le ver était déjà dans le fruit et l’ingérence égyptienne, tout au long de la guerre, pour vassaliser l’Algérie une fois l’indépendance acquise, est résumée par la célèbre phrase attribuée par le génie populaire au président Nasser, s’adressant alors aux Algériens en 1962 : “El Gazaïr tekfi-na wa tekfi-koum” (“l’Algérie nous suffira à nous (les Egyptiens) et à vous (les Algériens)”). Nasser et Ben Bella auraient élaboré en secret un projet de fusion de l’Algérie avec l’Égypte. L’histoire recommence !

5. La volonté de destruction démontrée par le mouvement islamiste dès son apparition en Afrique du Nord dans les années 1980, depuis ses initiateurs (Ali Belhadj, Abbassi Madani, …), ses activistes/terroristes (Mansouri Meliani, Layada, Gousmi, Zitouni, Zouabri, Mezrag, Hattab, Droukdel, …), et ses mercenaires offshore (Khaled Kelkal, Mohamed Merah, Nemmouche, les frères Abdeslam, Abdelhamid Abaaoud, les frères Kouachi, Mohamed Laouedj, etc.), confirme cet alignement à lutter pour défendre des intérêts autres que les intérêts nationaux (nord-africains).

Cet aveuglement n’est pas propre aux islamistes. Les différents pouvoirs politico-religieux au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye sont pieds et poings liés dans l’arabo-islamisme, matrice de vassalisation de l’Afrique du Nord au profit de la péninsule arabique.

L’émergence d’un mouvement de libération de l’Afrique du Nord, dans ses fondements historiques et sociologiques, permettra de mettre fin à ce cycle malsain de rouler à chaque fois pour les autres causes. Et, revendiquer ses ancêtres, c’est aussi reconnaître et comprendre les revers de notre histoire, toute l’histoire.

Aumer U Lamara

Notes

(*) Guerre des mercenaires contre Carthage (241 – 238 av. J.C.), à la fin de la première guerre punique, entre Rome et Carthage (264 – 241).

(**) Mastan ou Mattan, noté “Mathos” par l’historien grecque Polybe.

Aumer U Lamara est l’auteur de nombreux essais et romans. Le dernier “Taarabt-tinneslemt n Usekat” est paru chez les Editions Achab en 2016. Il a aussi écrit une biographie d’Abdelkrim.

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