Du signe à l’écriture

En ces temps lointains du début de l’humanité, l’Homme a cherché refuge à l’intérieur de la grotte. La caverne n’avait pas pour unique fonction d’apporter une protection contre un monde extérieur malfaisant. Elle faisait aussi office de barrière climatique aux changements des saisons, en raison d’une fraîcheur constante.

Alors, bercé par la relative douceur de la matrice terrestre, l’Homme s’est senti en sécurité. Sa pensée a pu vaquer vers des horizons moins contraignants. Et c’est ainsi qu’à l’aide des premiers outils, il a commencé à créer de grossières effigies à l’image d’une mère nourricière.

Puis un jour, un Prométhée invisible lui a apporté le feu. Tout a changé alors. Il connaissait la terre nourricière, l’eau vivifiante de la pluie, des sources et des rivières; et même l’air que lui procuraient les forces de la Nature par le biais du vent. Or, avec le feu, l’Homme devint un maître incontesté. Il dût veiller à garder vivantes les cendres du foyer en utilisant son propre souffle. L’Homme trouvera ensuite le moyen de fabriquer sa propre flamme.

L’arrivée providentielle du feu lui apporte la lumière, mais aussi la force. Il ne craint plus les animaux sauvages qui fuient cette arme imprévisible et terrible. La nuit n’est plus aussi noire, et surtout la caverne dans laquelle il vit, n’a plus de secrets puisqu’il est devenu le maître du feu. Ce feu qui le réchauffe quand il a froid, ce feu qui lui permet de savourer différemment la chair crue des animaux qu’il chasse, et qui plus tard encore, lui servira de forge, à l’image d’Héphaistos.

La découverte du feu est l’apanage de l’Homo erectus, il y a 300,000 ans au Proche-Orient et en Europe.

Mais on le sait, toute découverte affiche une bivalence. Ce même feu protecteur peut aussi être destructeur. Déjà l’Homme l’avait observé dans l’espace naturel, lorsque la foudre frappait un arbre et propageait ainsi des feux de brousse et de forêt. De surcroît, le feu qu’il détient va créer des jalousies, des rixes, des guerres…

Au fil du Temps qui s’égrène et des saisons qui se succèdent, l’Homme des cavernes se civilisera un peu plus. Il trouvera peut-être des moments de calme, d’apaisement, de réflexion, voire de spiritualité émergente. Alors, il va éprouver un besoin qui le caractérise et qui le distingue du monde animal qui l’entoure. L’Homme cherche un moyen pour communiquer de manière plus durable, non seulement avec les siens, mais aussi de façon intemporelle pour sa descendance, voire pour son entourage immédiat.

La question n’est pas de savoir quand est apparu ce désir, mais plutôt comment le formuler puisque le langage en est à ses balbutiements et que la notion d’écriture n’existe pas encore.

Il faut commencer par l’évidence: les mains! D’autant plus que c’est justement ce qui distingue l’homme de l’animal; du moins de manière palpable. Son cerveau aussi, mais il n’en a pas encore conscience. Alors, en observant la paume de sa main et celle des autres autour de lui, peut-être s’est-il déjà aperçu que chacune avait sa particularité. Comment donc pouvoir conserver ce signe tactile même après la mort? Comment le stigmatiser comme un signe personnel, comme un message pouvant faire fi de la mort et du temps?

Sur les bords des lacs et des rivières, certains avaient remarqué que la glaise prenait des couleurs différentes. Certains jours de pluie aussi. ils avaient remarqué que leurs pas laissaient une empreinte dans le sol rendu meuble. Les collines, les montagnes, présentaient parfois une surface ocre, jaune, orangée, voire rouge ou même noire. Alors un jour, une femme, un homme, ou peut-être même un enfant a eu l’idée de recueillir un peu de glaise, de la mélanger à de l’eau pour en faire une pâte tantôt plus solide, tantôt plus liquide. Ainsi est né vraisemblablement le principe de la peinture, et du même coup le germe de la création artistique.

L’homme de Néandertal, puis l’Homo Sapiens, se sont mis à recouvrir certaines parois en y imprimant leurs mains. Les empreintes pouvaient être soit positives (c.a.d. que la paume était imprimée directement sur le rocher), soit négatives (c.a.d. que la peinture était déposée tout autour de la main. Le plus étonnant encore est que la plupart d’entre elles étaient celles de la main gauche dans les 3/4 des cas, et seulement de la main droite pour le quart restant.

Cette constatation scientifique révèle peut-être une connotation symbolique. Dans tous les rituels spirituels de l’humanité la gauche sert de support aux mystères, à l’incompréhensible. Toutes ces mains gauches peintes sur des parois rocheuses un peu partout, pourraient donc être un premier signe d’une spiritualité émergeante.

Des mains semblables couvrent les abris sous roche du parc de Kakadu[1], au nord de l’Australie, où les Aborigènes seraient arrivés il y au moins 65,000 ans. Au Brésil[2], certaines découvertes anthropologiques ont souligné l’existence d’Aborigènes remontant parfois entre 20,000 ans et 25,000 ans. Jusqu’ici, on pensait que la première vague migratoire sibérienne, à la fin de la dernière glaciation, datait de 9,000 av. J.-C. Cette vague migratoire serait arrivée en Amérique du Sud environ 6,000 ans av. J.-C. Alors, il faudra bien que l’Histoire explique cette dichotomie[3]. Certains Amérindiens de la Terre de Feu vivaient déjà dans la région depuis 12,000 ans à l’arrivée de Ferdinand de Magellan, en l’an 1520 de notre ère. Jean Raspail[4] évoque avec émotion le peuple des Alakalufs dans un ouvrage intitulé “Qui se souvient des hommes” (1986). En 1999, l’Unesco a classé le site de “la Grotte des Mains”[5] en Patagonie, côté argentin. Voici le contenu du texte l’introduisant:”La Cueva de Las Manos, Rio Pinturas, renferme un ensemble exceptionnel d’art rupestre exécuté il y a de cela 13 000 à 9 500 ans. Elle doit son nom (grotte aux mains) aux impressions de mains – comme au pochoir – réalisées sur ses parois, mais comprend aussi de nombreuses représentations d’animaux, notamment de guanacos (Lama guaniicœ) qui sont toujours présents dans cette région, ainsi que des scènes de chasse. Les auteurs de ces peintures pourraient avoir été les ancêtres des communautés historiques de chasseurs-cueilleurs de Patagonie rencontrées par les colons européens au XIXe siècle.”

Ainsi donc est né le premier signe universel créé par l’Homme. La main de l’Homme a été une manière primitive de perpétuer une présence ancienne, une volonté de laisser une trace humaine, même anonyme.

Évidemment, à l’instar du feu récupéré, puis fabriqué sommairement, la main s’est étendue pour composer des dessins d’animaux et de scènes de chasse. Certaines peintures paléolithiques témoignent d’un réalisme artistique reconnu universellement. C’est le cas de la grotte d’Altamira, en Espagne, ou de celles de Lascaux, de Chauvet et de Cosquer, dans le sud de la France.

Les gravures rupestres du Tassili n’Ajjer, en Algérie, merveilleusement conservées en fonction du climat, datent d’environ 9,000 à 10,000 ans. Elles représentent parfois des portraits humains, dont certains sont d’une finesse inouïe. Cet ensemble classé par l’Unesco[6] est décrit comme étant:”lun des plus importants ensembles dart rupestre préhistorique du monde. Plus de 15 000 dessins et gravures permettent dy suivre, depuis 6000 av. J.-C. jusquaux premiers siècles de notre ère, les changements du climat, les migrations de la faune et l’évolution de la vie humaine aux confins du Sahara”.Or si cette découverte est due à Henri Lhote, l’anthropologue et l’historien des Berbères, Gabriel Camps[7], l’utilise pour décrypter l’histoire saharienne: d’un côté, il s’agit d’un répertoire de la faune existant à cette époque, et de l’autre d’une sorte de livre d’images lithiques expliquant l’existence d’une première civilisation africaine de type négroïde, peu à peu repoussée par les Garamantes, conducteurs de chars, libyques venus du Nord. “Cette première civilisation […] est antérieure au Néolithique des  pays du Nil (entre 6000 et 7000 av. J.-C.) ou tout au moins aussi ancienne.” [p.72]. La seconde vague des nouveaux arrivants est composée de Protoméditerranéens capsiens de race blanche. Cette phase bovidienne appartient au Néolithique moyen et “a duré du ˆVIe millénaire au milieu du IIe.” [p.73]

Force est de constater que nous sommes arrivés à une période-clé. Jusqu’ici on trouvait des signes supposés porteurs de message. Les statuettes, comme les peintures, étaient peut-être votives. Elles tendaient surtout à témoigner, c’est à dire à se substituer à une volonté de langage écrit qui n’arrivait pas à se matérialiser autrement. Or voici qu’ici, dans ce massif reculé du Sahara, le peuple des Garamantes détient déjà une écriture alphabétique, aussi ancienne que celle des Phéniciens, mais dont la parenté n’a pas été encore établie.

Les Mésopotamiens finirent par écrire autre chose que des données mathématiques monotones. Entre 3000 et 2500 avant notre ère, le système sumérien ne cessa de s’enrichir de signes qui le transformèrent progressivement pour en faire l’écriture complète que nous appelons le cunéiforme.[8]”Quand on considère l’écriture cunéiforme de Basse Mésopotamie mise au point entre 3400 et 3300 av. J.-C. et qui s’est ensuite répandue dans tout le Proche-Orient, on remarque qu’elle se compose de signes géométriques venant se superposer parfois à une réalité imagée. En d’autres termes, le signe puis l’image symbolique, ont laissé place à une stylisation géométrique. Parfois les deux sont en concurrence, comme dans les hiéroglyphes égyptiens. Le Soleil, astre primordial du feu, de chaleur, de lumière et de procréation, identifié au dieu Râ ou Ré, se transcrit par un cercle ayant un point visible en son centre.

Il faut marquer à ce stade un intermède dans l’évolution du besoin de communiquer et dans la quête d’une transcription intemporelle, voire universelle.

Au signe primitif, se sont alors substituées des scènes allégoriques. Puis dans un souci de rationalisation l’image s’est en quelque sorte “géométrisée” avant d’être ordonnée en code d’écriture. On assiste alors à la naissance d’une pensée symbolique. L’allégorie n’est porteuse que d’un seul sens, alors que le symbole démultiplie les interprétations et transcende le langage.

À peu près à la même époque, les Égyptiens mirent au point une autre écriture complète dite hiéroglyphique. D’autres écritures complètes virent le jour en Chine autour de -1200 et en Amérique centrale autour de 1000-500 avant notre ère.[9]

Revenons donc à l’écriture hiéroglyphique apparue en Haute Égypte dès le IVe millénaire av. J.-C. Il s’agit d’un système figuratif pouvant avoir des lectures différentes.

-Il y a d’abord des idéogrammes à valeur unilitère. Par exemple l’image d’un vautour [A] ou celle d’une chouette [B] représentent bien l’animal en question, tout en ayant leur propre valeur phonétique: /a/ [pour le vautour], /m/ [pour la chouette]

-Certains de ces idéogrammes ont transcendé l’image figurative pour se géométriser à l’instar des premières écritures proche-orientales. Une sorte de carré long transversal [C] représente le siège à valeur phonétique d’un /p/, tandis qu’un carré long horizontal [D] représente une pièce d’eau et le phonème /sh ou ch/. L’eau est une ligne brisée horizontale [E] /n/ et le plan de la maison ou de sa cour [F] reprend la géométrie d’un quadrilatère ouvert /h/.

-Il existe ensuite ce qu’on appelle des logogrammes: ce sont les graphèmes d’un mot (un lemme) entier représentant des noms communs. On observe qu’ils sont généralement accompagnés d’un trait vertical. C’est par exemple le cas du mot soleil /R/ [G] ou maison /pr/ [H], tous deux suivis d’un trait vertical sous-jacent.

Deux nouvelles remarques s’imposent ici. La première est celle de l’analogie entre “le plan de la maison” et “la maison”. La seconde est la présence d’éléments géométriques qui n’appartiennent plus à une seule culture, mais revêtent une valeur universelle annonçant les premiers grands symboles de l’humanité.

Il s’agit d’un nouveau tournant dans l’évolution, où le signe, devenu image, commence à se géométriser et à revêtir une connotation symbolique. L’écriture s’organise, mais il lui manque encore une dimension supplémentaire, qui interviendra à l’étape suivante.

L’ethnographie moderne a mis en valeur une communauté de pensée universelle. Elle perdure dans ce que Claude Lévi-Strauss appelle très justement ‘’les peuples sans écriture”, réfutant ainsi la notion de “peuples primitifs”.

Il existe quatre symboles universels: le point, le cercle, la croix et le carré. Chacun d’eux possède la même signification, partagée universellement: le cercle représente le cosmos, et par extension, le divin; le carré, quant à lui, est l’image de la Terre ou de toute notion de vie terrestre. C’est le cas du plan de la maison [F], voire de la maison elle-même [H], dans le cas des hiéroglyphes égyptiens.

On a vu que le trait vertical caractérise le logigramme.

Toutefois, il semble intéressant d’en faire également une brève analyse symbolique. Considérons d’abord le hiéroglyphe du soleil. Il est certes aisé de comprendre que l’on puisse représenter l’astre du jour par un cercle, puisqu’il adopte cette forme visible au lever et au couchant. Il contient un point, ou un centre, représentant un germe, un noyau, un microcosme, alors que le cercle en est l’expansion, le résultat, le macrocosme. Cela pourrait tout aussi bien illustrer la théorie scientifique du Big Bang. Le pouvoir du symbole est de transmettre dans sa simplicité tout un système complexe par un simple regard. L’esprit fait le reste dans son propre développement, et même dans sa propre langue. On mesure ici la valeur universelle de la figuration symbolique qu’aucun obstacle ne peut arrêter. Mais poursuivons encore la réflexion en se fixant sur le trait vertical. Dans une perspective de symbolique universelle, le trait vertical représente un axe, autrement dit un lien entre le bas et le haut, ou vice-versa. Ce qui est en bas, n’est que le reflet du haut (“Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas[10]). C’est donc l’Homo Sapiens dans sa verticalité, la colonne du Temple liant la Terre au Ciel, l’obélisque omniprésent dans toutes les grandes cités du monde, mais aussi la moitié verticale d’une croix à laquelle il manque un trait horizontal. La croix est un symbole universel, représentant les quatre points cardinaux; en d’autres termes, le monde dans lequel nous vivons. Dans un contexte culturel appartenant à l’Égypte ancienne, les deux éléments qui composent le “Soleil” offrent une interprétation historique émanant d’une civilisation régie par un cycle de vie reposant sur les crues du Nil. L’agriculture nourricière locale est dépendante du rôle vital de l’action combinée de l’eau et du soleil. Le cercle renferme un germe de vie permettant à la nature de croître. Voilà pourquoi le trait axial se trouve en dessous. Il fait fonction de lien terrestre. “L’obélisque représente un rayon de soleil pétrifié, et en même temps le sexe de l’astre” écrit Christiane Desroches Noblecourt[11]. La représentation de la “maison” adopte le même schéma d’interprétation. Dérivant du carré terrestre, elle prend alors la forme d’un carré allongé horizontalement, comportant toutefois une ouverture centrale dans sa partie inférieure. Cette ouverture semble inviter l’homme, représenté par le trait vertical en dessous, à entrer dans son logis. Il s’agit d’un chassé-croisé: cet homme se tient devant le foyer de sa propre demeure. “Home sweet home”.

Cette analyse tente de démonter l’esprit inventif qui s’est un jour instauré parmi les grands prêtres égyptiens garants des mystères pour définir un système d’écriture à la fois propre à la civilisation pharaonique, mais ayant aussi une assise universelle en fonction du symbolisme.

Il n’est pas inintéressant non plus de comparer le système hiéroglyphique à celui des premiers sinogrammes. Le regroupement permet d’élaborer certaines observations déjà faites. Olivier Beigbeder[12] fait la remarque suivante: “L’étude des caractères chinois est d’un extrême intérêt et porte l’accent sur des symbolismes universels, qui se reflètent dans la Mythologie.” (p.6)

On sait que les premiers caractères de l’écriture chinoise remontent aux alentours du dixième siècle av. J.-C. Mais selon la légende, ils seraient bien plus anciens et remonteraient à la période mythique de l’empereur jaune, soit environ à cinq mille ans. Ainsi, l’écriture chinoise serait aussi ancienne que celle des civilisations du bassin mésopotamien.

La première écriture chinoise reconnue se composait de pictogrammes représentant un objet ou d’idéogrammes exprimant une idée. L’archéologie évoque le site néolithique de Jiahu, situé dans la province du Henan, comme étant le plus ancien, en date de 6500 av. J.-C. Il ne s’agit pas encore d’écriture. Ce sont des symboles trouvés sur des carapaces de tortues, un animal dont on connaît  la portée symbolique dans la civilisation chinoise.

Il semblerait que des inscriptions plus tardives, appartenant à un rite divinatoire sur os de la culture Longshan, entre 2500 et 1900 av. J.-C., présentent des caractéristiques d’une proto-écriture comparable à celle de Mésopotamie ou d’Égypte.

Quand on étudie d’un peu plus près ces signes archaïques, on est frappé par la ressemblance symbolique. En voici deux exemples qui serviront de support à la suite de cette réflexion.

-La première figure est identique au hiéroglyphe égyptien du Soleil. Or, il s’agit effectivement du   signe désignant le Soleil, dont la consonnance  phonétique est /ri/.

-Le second signe représente l’arbre dont le son est //. Ce caractère sera repris ultérieurement, quand il sera fait mention des Tifinagh de l’alphabet libyque.

Pour étayer un peu plus cette approche, voici à présent le signe s’identifiant à l’homme:

On reconnaît la tête, les deux bras, la poitrine et les deux jambes.

Une nouvelle remarque s’impose. Cette écriture archaïque favorise la courbe. Or, on observe encore qu’en fonction de l’évolution, la stylisation devient plus linéaire. Aujourd’hui, les caractères désignant le Soleil et l’arbre ont adopté les formes respectives suivantes:

日        木

La première normalisation de l’écriture s’est faite au IIe siècle av. J.-C sous la dynastie des Qin.

Si les pictogrammes et les idéogrammes persistent encore dans l’écriture chinoise contemporaine, la majorité des caractères sont maintenant devenus des idéo-phonogrammes.

En caractères pinyin, le milieu /zhong/ s’écrit:

Il contient une valeur symbolique intéressante sur un plan sociologique et culturel. Il se compose de deux éléments. Le carré allongé peut s’identifier au plan d’une maison, d’une ville ou d’un pays. Le trait vertical délimite géométriquement cette espace en véhiculant une notion de partage, de milieu.

En associant ce signe au sinogramme de l’homme, on obtient 中文, qui, dans ce contexte, signifie “écrit du milieu”, autrement dit, il s’agit de la langue chinoise. Quant à 中国 , milieu + royaume /zhonguó/, c’est ce qui désigne le pays: la Chine. Ceci explique donc le terme parfois utilisé de “l’empire du Milieu”.

Toujours sur un plan symbolique, quand on considère la barre verticale de ce même sinogramme, on assimile cet élément à un axe vertical entre le bas et le haut. En tout état de cause, il s’agit d’une marque de spiritualité. Linguistiquement, cela explique pourquoi l’Empereur est surnommé le “Fils du Ciel” et qu’il règne sur “l’Empire céleste”.

En réalité, l’écriture révèle plus qu’elle ne désigne. Or, comme l’écrit est immuable, il surpasse l’évanescence de la parole.

Sur un plan plus pragmatique, le plan carré va devenir en architecture le modèle de la ville chinoise. C’est ainsi que le modèle de la Cité interdite a été conçu. Pour sacraliser l’espace urbain, le quadrilatère du plan sera alors orienté selon un axe allant du soleil levant au couchant. On retrouve ce schéma dans tous les sanctuaires du sud-est asiatique, hormis celui d’Angkor Wat dédié au dieu hindou Vishnou, ce qui explique pourquoi ce sanctuaire est orienté vers l’Ouest.

Le parallèle entre les deux types d’écriture, les hiéroglyphes et les sinogrammes, nous fait plonger dans le monde des symboles, lié à l’apparition des premiers signes. Chacun d’eux, à sa manière, atteste une volonté tenace chez l’homme de pouvoir communiquer autrement que par le langage et de façon immuable. C’est donc une alternative pour sublimer la mort, pour transcender l’irrévocable. En réalité, il s’agit d’un désir de pérennité de l’espèce, d’un dessein d’éternité. C’est pourquoi les signes symboliques servent de support à la pensée mythique ou religieuse.

Il est vraisemblable que cette période symbolique va s’effriter avec le temps et l’évolution. Elle se simplifie alors, devient plus géométrique, voire plus abstraite. D’ailleurs, un phénomène identique ne s’est-il pas produit au moment où l’atr moderne a opté pour l’abstraction?

Dès que l’homme a véritablement la capacité d’abstraire, une des premières manifestations de ce qu’on a convenu d’appeler la Civilisation, est l’emploi de l’écriture et de la numération, qu’il est d’usage d’opposer à celui des Symboles.[13]

Cet épisode d’évolution radicale apparaît au Proche Orient, quand les Phéniciens mettent au point un système d’écriture  alphabétique. 

L’impact du système alphabétique phénicien procure une amélioration énorme, dont les avantages vont avoir un vaste succès dans tout le monde occidental. L’invention de l’alphabet au XIIe siècle av. J.-C, ne s’est pas faite ex nihilo. L’idée existait en substance dans la zone proche-orientale pour d’autres systèmes d’écritures. Le système phénicien a bénéficié de tentatives précédentes apparues en Assyrie. Christiane Desroche Nobecourt[14] précise que : “le premier abécédaire connu a été retrouvé en Syrie à Ougarit (~XVe- ~XIVe siècle)”.

Après avoir brossé un tableau des civilisations égyptiennes et chinoises, on pourrait penser que le prestige de la Phénicie ne soit pas comparable. Or, les Phéniciens ont joué un rôle majeur. Les quelques villes-États de ce qui est devenu aujourd’hui le Liban vont être à la source d’une transformation radicale et irrémédiable. On commence à peine à réaliser l’ampleur du rôle de cette civilisation, longtemps négligée aux dépens d’autres plus flamboyantes.

Peuple sémite, proche des Égyptiens ou d’autres civilisations levantines, les Phéniciens présentent trois atouts fondamentaux venant pallier un handicap territorial.

Leur faiblesse repose sur l’exiguïté d’un territoire restreint s’étendant entre la mer et une chaîne de montagnes, dont la seule vraie richesse consiste en des forêts de cèdres.

Ils compensent cet aspect en étant des commerçants redoutables et surtout en se montrant des navigateurs hors pairs. “Les Phéniciens n’ont pas négligé l’agriculture ; mais les plaines dont ils disposaient étaient fort exiguës pour répondre à tous leurs besoins. La mer était là; ils s’embarquèrent. Pour ce, il leur a fallu une marine puissante. De nombreux documents archéologiques nous permettent de suivre les progrès réalisés dans les chantiers navals de Phénicie. Grâce à cette marine, ils ont pu acheter aux uns et vendre aux autres, commerce dont ils ont tiré des richesses fabuleuses.[15]

Ces deux atouts fondamentaux sont renforcés par une position géopolitique exceptionnelle. La Phénicie occupe un espace stratégique idéal dans cette partie orientale de la Méditerranée. Cela permet donc d’entretenir des relations étroites avec les deux voisins immédiats: l’Égypte pharaonique et les premiers royaumes hébreux. Les Grecs viendront compléter ce tableau.

Les velléités commerciales des Phéniciens les pousseront à établir des comptoirs tout autour du bassin méditerranéen, et même au-delà, sur les côtes atlantiques. Un ouvrage consacré aux Phéniciens[16] confirme que “L’écriture phénicienne s’est répandue au Proche-Orient et en Méditerranée au rythme du passage des marchands phéniciens“. Très vite donc, la langue phénicienne est devenue une langue commerciale en Méditerranée, d’autant plus qu’après la fondation de Carthage, les Phéniciens bénéficiaient d’un ancrage occidental supplémentaire. Or, leur langue est vite devenue populaire, c’est qu’elle possédait aussi des caractéristiques majeures.

Les langues sémitiques ont la particularité d’être des langues consonantiques. Le phénicien est très proche de l’hébreu, mais offre aussi une parenté avec l’ancien égyptien (qui lui est une langue chamito-sémitique, comme la langue copte). Comme les populations libyques (ancêtres des Berbères) ont une langue appartenant également au groupe chamito-sémitique, la propagation n’en a été que plus aisée.

On arrive donc à une époque de l’Histoire, se situant vers 1,200 av. J.-C., où un nouveau système d’écriture simplifiée émerge sur les autres écritures existantes. Le crédit de l’invention de l’alphabet revient aux Phéniciens.

Il n’était pas possible de le mentionner sans en évoquer le contexte. On peut donc maintenant l’aborder plus amplement. Trois phénomènes sont à l’origine  de cette transformation.

  • Les systèmes d’écritures déjà existants étaient très compliqués. Par conséquent, ils étaient l’apanage d’une élite (les prêtres et les scribes). Ces derniers ne pouvaient le maîtriser qu’après un long apprentissage.
  • Par ailleurs, l’écriture cunéiforme ou les hiéroglyphes égyptiens étaient peu propices aux nécessités commerciales grandissantes.
  • Il fallait donc avoir un système allégé, ayant des codes graphiques simples et mémorables, avec si possible un classement simplifié.

C’est dans cet esprit qu’a été inventé l’alphabet phénicien, le premier alphabet de l’Histoire. Les 22 graphies du système ordonné ne suivent plus dorénavant une classification faite de pictogrammes, d’idéogrammes ou de tout autre moyen mnémotechnique. L’ingéniosité du moment avait été d’utiliser uniquement des phonogrammes consonantiques (ce qu’on appelle un abjad).

En outre, ce système dérive d’une stylisation de signes parfois existant mais réinventés et réordonnés différemment.

Malgré tout, comme on va le voir, ces caractères continuent pour la plupart à véhiculer une image ou un sens symbolique. Toutefois,’un pas supplémentaire a été ajouté vers l’abstraction, même si l’aspect géométrique demeure la règle.

Voici donc à quoi ressemble cet alphabet. Pour le mémoriser plus aisément, l’idée a donc été de styliser la graphie par des éléments faisant partie de la vie quotidienne ou religieuse d’alors:

  • des animaux (bœuf, chameau, serpent, poisson, singe),
  • des lieux de vie (maison, porte, mur)
  • des outils (hameçon, arme, roue, bâton)
  • des parties du corps (main, paume, œil, bouche, tête)
  • des éléments naturels (eau, soleil)
  • des éléments divers (battant, papyrus, marque)

En voici quelques exemples choisis en relation des remarques soulignées antérieurement.

On reconnaît aisément la première lettre, /alef/, comme étant presque un A renversé horizontalement vers la gauche. Ce graphème s’apparente au bœuf. Il s’agit donc d’une tête de bovidé stylisée.

On peut alors s’interroger sur la raison pour laquelle cet animal figure en tête de liste. Avant d’avancer une interprétation symbolique, il est utile de décomposer sa structure. Les deux traits qui se rejoignent peuvent être perçus comme les deux cornes d’une vache (Hathor, la vache sacrée égyptienne), ou d’un taureau (le dieu Apis de la mythologie égyptienne). Le second élément correspond à la figuration de l’axe vertical du monde, ce qui apporte au graphème une valeur spirituelle. De plus, pris séparément, il correspond au chiffre 1, en phénicien, en hébreu ou en arabe.

On peut également faire le lien avec l’art pariétal où la profusion de figures bovines a reçu l’appellation de “période bovidéenne”. Le bœuf proche-oriental s’apparente au buffle asiatique. Il représente la force physique, la puissance sexuelle, la fertilité. Il était utilisé pour les sacrifices divins. La mythologie s’est emparée de cet animal. Ainsi, dans l’Odyssée, est-il fait mention de l’épisode des troupeaux sacrés d’Hélios, le dieu du Soleil. En outre, Zeus, lui-même, prend la forme d’un taureau blanc pour enlever Europe, la princesse phénicienne de Tyr, jusqu’en Crète.

Le quatorzième graphème /Nun/ représente le serpent, autre animal hautement symbolique, généralement perçu comme une créature chthonienne.

On remarque qu’il se situe juste après le graphème de l’eau, /Mem/ et qu’il précède celui du poisson /Samekh/. Dans l’alphabet arabe la lettre “nun” se rattache à la mythologie de Jonas (Yunes) et de la baleine, dont l’origine remonte d’ailleurs aux Phéniciens.

Ici, la graphie revêt la forme stylisée d’un serpent en déplacement ondulatoire.

Le seizième graphème /‘ayin/ l’œil est également intéressant. On le retrouve dans l’alphabet arabe avec le même sens que “l’œil”, doublé du terme “source”.

Sa figuration s’apparente à un espace vide, représentant peut-être sa bivalence. Ce qui expliquerait vraisemblablement la notion possible du “mauvais œil” que l’on pense être originaire du Levant et qui est demeurée si vivace parmi les peuples d’Afrique du Nord, avec la main /Yodh/ et le poisson /Samekh/.[17] Un legs évidemment relayé par les Puniques.

Le vingt-et-unième graphème est celui du Soleil /Sin/. Cet astre ne tient pas la même importance que dans la civilisation pharaonique. Linguistiquement, il est à la racine du mot latin sol, qui donne sol en espagnol et en portugais, sole en italien, soleil en français, Sonne en allemand et sun en anglais. On pourrait interpréter ce signe en forme de W comme une représentation de son cycle éternel de naissance, de vie diurne ayant un point central correspondant au midi, de mort et de recommencement. Pour suivre ce cheminement, il faut partir de la droite, puisque les langues sémitiques ont la caractéristique de s’écrire et de se lire de droite à gauche, Cette interprétation correspond aux croyances phéniciennes de vie après la mort, partagées évidemment par la mythologie égyptienne.

La considération de l’alphabet phénicien, nous fait rebondir systématiquement sur une chaîne alphabétique qui en découle, à commencer par le grec ancien.

Mais avant, il semble nécessaire d’examiner comment s’est opérée cette influence, avant de démonter le mécanisme  de transformation.

En fonction du milieu physique de leur archipel, les Grecs sont aussi devenus des marins expérimentés. Comme les Phéniciens, ils ont donc essaimé la Méditerranée en créant des comptoirs avec lesquels ils commerçaient, plus largement dans la partie occidentale du bassin méditerranéen. Massalia (Μασσαλία , Marseille) a été fondée par les Phocéens d’Asie Mineure en 600 av. J.-C. Les Colonnes d’Héraclès restaient malgré tout une limite pour les navigateurs grecs, contrairement aux Phéniciens.

Ce contexte géographique implique que les Grecs ont souvent été en relation avec les peuples voisins, vivant en Méditerranée orientale. D’ailleurs, eux-mêmes étaient implantés en Asie Mineure comme dans des îles levantines  telles que Rhodes ou Chypre.

Enfin, en fonction de leur propension artistique et de l’importance qu’ils accordaient à la raison, les Grecs anciens éprouvaient une forte admiration pour la civilisation égyptienne, mais également pour celle des Phéniciens, avec lesquels ils entretenaient des rapports étroits. “C’est d’ailleurs lors de ces premiers échanges que les Grecs ont appris à utiliser l’alphabet phénicien., qu’ils ont ensuite adapté à leur langue[18].”Certains mythes grecs se rattachent directement à l’espace proche-oriental, de l’Égypte ou de la Phénicie. Le dieu grec Hermès est un substitut du dieu lunaire égyptien Thot, inventeur des sciences, de la médecine et des plantes. Le mythe de l’enlèvement d’Europe par Zeus. a déjà été évoqué. Or cet épisode mythique nous pousse à poursuivre avec le récit de Cadmos, frère d’Europe. Parti à la recherche de sa sœur, il devient le fondateur de la ville de Thèbes, en Béotie, De plus, selon Hérodote, c’est lui qui révéla l’alphabet phénicien aux Grecs.

Nous voici donc de retour à l’histoire de l’alphabet grec. Son nom dérive des deux premières lettres alpha [Α α] et beta [Β β], correspondant aussi aux deux premières lettres de l’alphabet phénicien, aleph et beth.

L’alphabet phénicien est un abjad, c’est à dire que les graphèmes ne comportent que des consonnes, une caractéristique des langues sémitiques. Or, le génie des Grecs a été d’y introduire les voyelles, pour l’adapter au contexte phonologique indo-européen. Nous sommes alors aux alentours du VIIIe siècle av. J.-C. Pour la première fois, et pour une raison phono-linguistique, la distinction entre consonnes et voyelles fait son apparition. Les Grecs vont donc ajouter cinq lettres: Υ [Upsilon], Φ [Phi], Χ [Chi], Ψ [Psi] et Ω [Omega] dans le nouvel alphabet. Ces quelques lettres sont d’ailleurs simplement ajoutées à la fin de l’alphabet originel. Le nouvel alphabet comporte 24 lettres. Ceci implique que l’alphabet phénicien a été amputé de trois graphèmes remplacés par des lettres à voyelles et que deux autres graphèmes ont totalement disparu parce qu’ils s’avéraient inutiles.

L’alphabet grec contient donc huit voyelles.

On mesure l’ampleur de cette période charnière: elle va révolutionner l’écriture à la fois dans le monde oriental et dans le monde occidental.

  • À l’Orient, l’alphabet phénicien inspirera l’alphabet hébreu (22 lettres) au VIIIe siècle av. J.-C. L’alphabet araméen, directement adapté au phénicien, sera également à l’origine de l’alphabet arabe par le biais des alphabets syriaque et nabatéen. Pour rappel, les Nabatéens étaient un peuple arabe de l’Antiquité, vivant sur un territoire allant de Canaan, au sud de la Jordanie au nord de l’Arabie. Dernier né des alphabets sémitiques, l’alphabet arabe apparaît beaucoup plus tardivement au VIe siècle de notre ère dans la région d’Alep.
  • À l’Occident, comme la Sicile était une colonie héllène, l’alphabet grec a directement influencé l’alphabet étrusque d’abord, d’où dérive l’alphabet latin (23 lettres seulement). Trois lettres seront ajoutées par la suite dans notre alphabet moderne: J, U, W (26 lettres).

L’alphabet cyrillique dérive directement du grec. Il aurait été initié par Cyrille (Thessalonique, 827 ou 828 – mort à Rome en 869), et son frère Méthode qui ont traduit la Bible en langue slave. Selon la tradition, Cyrille créa un alphabet “glagolitique” qui, simplifié, devint l’alphabet cyrillique.

Les langues indo-européennes, auxquelles appartiennent les langues helléniques, sont nées sur une ligne médiane, encore peu définie, allant de l’Anatolie aux steppes situées au nord de la mer Noire. Elles ont donc peu à peu adopté le système grec. Cet ensemble linguistique comprend six groupes et deux langues: l’albanais et l’arménien.

Cette rétrospective semble nous éloigner de l’approche faite précédemment entre le sens colporté par le signe, l’idée d’une stylisation progressive et le symbolisme sous-jacent.

Force est de constater que la stylisation bien souvent géométrique, dans une phase initiale, masque l’expression symbolique première, au profit de la propriété phonologique.

Qu’en-est-il aujourd’hui? Quelles langues conservent encore le modèle géométrique? L’alphabet a-t-il perdu son contenu primitif? Y-a-t-il une continuité entre une écriture géométrique et une écriture cursive?

On tentera de donner une réponse à ces questions en se penchant sur trois alphabets existants qui semblent corroborer cette tendance évolutive: l’alphabet Tifinagh, l’alphabet latin moderne et l’alphabet arabe.

1.L’alphabet Tifinagh. En évoquant les gravures rupestres de l’art pariétal, il a été fait mention des Garamantes, tribu libyque originaire du Fezzan.

Même si le site des oasis de Germa (dont la capitale était Garama) se trouve bien au sud de la Cyrénaïque, en Libye actuelle, le terme de libyque est un mot forgé par les Grecs anciens pour désigner les peuplades berbères du nord de l’Afrique[19]. L’Odyssée, comme le mythe des Travaux d’Hercule, révèlent que la civilisation grecque était familière avec ces peuples depuis la plus haute Antiquité: Atlas, le jardin des Hespérides, les Lotophages, voire plusieurs figures mythologiques telles que Athéna ou les Gorgones. De plus, les Grecs avaient établi une colonie prospère dans le territoire libyque de la Cyrénaïque. Le site de Cyrène date du VIIe siècle av. J.-C.

Or, le peuple libyque possédait une écriture aussi ancienne que celle des Phéniciens. Les spécialistes débattent toujours sur son origine soit indigène, soit influencée par les Puniques, descendants des Phéniciens.

Avant de faire le point sur cette question, il est bon d’apporter quelques précisions sur cette langue et son aire géographique.

  • Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une langue sémitique, mais d’une langue appartenant à un groupe appelé chamito-sémitique, comme l’ancien égyptien ou le copte (qui est une descendance de l’égyptien).
  • Il s’agit malgré tout d’une langue consonantique.
  • Les parlers berbères couvrent une vaste zone de la partie septentrionale du continent africain allant de l’oasis de Siwa, en Égypte, aux îles Canaries (les Guanches); par le biais des Touareg[20], peuple berbère du désert). Cette zone s’étend à plusieurs pays sahariens, comme la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad, le Burkina Faso.
  • Les Touareg ont su préserver la graphie libyque appelée Tifinagh [ⵜⵉⴼⵉⵏⴰⵖ][21] tandis que la langue est le Tamazight [ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ]. Toutefois, le Tamasheq [ⵜⴰⵎⴰⵌⴰⵆ] est la langue spécifique des Touareg, celle qui a préservé l’héritage libyque, surtout grâce aux femmes touareg. Il est utile de lire ce que l’académicienne Assia Djebar[22] (1936-2015) dit à ce sujet à l’occasion d’une interview:

“A.D. – …L’alphabet berbère, l’alphabet libyque est un des plus anciens de la terre. Il est aussi ancien au moins que l’alphabet étrusque; or c’est comme si on se mettait à entendre l’alphabet étrusque. Pourquoi et à quel moment cet alphabet s’est retrouvé être le patrimoine des Touaregs et de leurs femmes essentiellement? Il y a en moi un questionnement, mais par le rêve. Ce qui m’amène à

L.G. – …une littérature de femmes, une écriture de femmes?

A.D. – Dans la société touareg, ce sont les femmes qui conservent l’écriture…

L’écrivaine algérienne francophone, Assia Djebar, était issue d’une famille berbère de Cherchell, dans la région berbérophone du Chenoua.

La bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe[23] (IMA) de Paris signale que: “Le libyque, ce proto-berbère, est déjà attesté dans les documents de l’Égypte ancienne, écrits en hiéroglyphes et datant du milieu du deuxième millénaire avant notre ère.” Ces travaux effectués par Frédéric Colin[24], un égyptologue belge “ont permis à ce chercheur de mettre en évidence lexistence des premières traces dune langue libyque près de mille ans avant lapparition du libyque dans la documentation classique et dintroduire dans le langage scientifique la notion de  “vieux libyque” »

Salem Chaker[25], spécialiste de la langue berbère, date l’écriture alphabétique au Vie siècle av. J.-C. “Les Berbères possèdent une écriture alphabétique (consonantique) qui leur est propre depuis la Protohistoire. Les inscriptions les plus anciennes ont pu être datées du VIe siècle avant J.-C. (Camps 1978). Cette écriture est attestée durant toute lAntiquité, aux époques punique et romaine. Le témoignage le plus explicite et le plus exploitable en est lensemble des inscriptions bilingues, punique/ libyque puis latin/ libyque.”

Dominique Casajus[26] directeur de recherche au CNRS (CEMAf) avance l’hypothèse que: “Les Libyques auraient donc créé leurs premiers alphabets quelque part avant la fin du VIe ou du VIIe siècle avant J.-C. (ou, à lextrême limite, du IVe siècle avant J.- C.), en empruntant plusieurs lettres aux Phéniciens ou aux Puniques, et en forgeant quelques autres à partir de ces premiers emprunts, et en recourant pour les lettres restantes à des signes aussi économiques que possible.”

L’alphabet libyque date d’une période aussi ancienne que l’alphabet grec, voire peut-être aussi vieille que l’alphabet phénicien. Ceci entraîne un certain nombre de remarques qui n’ont jamais été suffisamment mises en avant. Le phénicien a influencé les langues sémitiques. Le grec ancien est le socle des alphabets indo-européens. Par contre le libyque a toute l’apparence d’être unique, d’autant plus qu’il appartient à une troisième entité, exclusive à la seule Afrique du Nord. Depuis une période récente, l’alphabet a été modernisé sous une forme appelée le néo-tifinagh (33 graphèmes)

Après cette digression, il est temps de revenir à l’objet de la présente  étude qui s’efforce de comprendre comment les signes de toutes sortes (représentations imagées, signes géométriques, pictogrammes, logigrammes, etc.) ont abouti à la formation de systèmes alphabétiques. Fort justement, les graphèmes du Tifinagh, au même titre que ceux du phénicien, des hiéroglyphes ou des sinogrammes, offrent une panoplie d’exemples vers lesquels il est bon de se pencher.

Les Tifinagh sont particulièrement intéressants en fonction de leur ancienneté qui plonge dans les racines de la Protohistoire. Mais également parce que cet alphabet est toujours dynamique. Il a peut-être aussi été en contact avec les hiéroglyphes dans le cas du “vieux libyque”. En d’autres termes, les Tifinagh répondent aux critères où signes, symboles et mythes, se fondent derrière l’apparence graphique.

Une considération rapide des néo-tifinagh classe les graphèmes dans la catégorie d’une stylisation géométrique de points, de cercles, de traits et de croix. Or ceci n’est pas une remarque aléatoire. Tout bien considéré, les Tifinagh stigmatisent l’art amazigh, puisque ce dernier terme vient dorénavant se substituer au mot “berbère” pour une raison linguistique évidente. Ce peuple d’abord connu comme libyque, numide ou berbère, se désigne lui-même par le mot Amazigh [ⴰⵎⴰⵣⵉⵖ] au singulier, Imazighen [ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⵏ] au pluriel.

Cette  variante de trois cercles se retrouve dans d’autres   alphabets mentionnés auparavant

Exemples de géométrie stylistique.

 

Le signe Z et sa variante phonétique mérite une analyse circonstanciée qui sera examinée ci-après.

 

Malheureusement, un manque de connaissances linguistiques solides du Tamazight [ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ] ne nous permet pas d’étayer ce qui, pour le moment, demeure un ressenti. Il serait pourtant intéressant qu’un spécialiste de cette langue puisse effectuer un travail linguistique circonstancié sur l’entremise du signe et du symbole contenus dans les graphèmes. On aurait vraisemblablement beaucoup à apprendre d’un tel domaine de recherche.

Il est difficile en effet de ne pas faire un parallèle entre les Tifinagh et les éléments décoratifs de l’ art amazigh. C’est comme si l’alphabet tifinagh était une représentation écrite et visuelle ayant inspiré une culture plusieurs fois millénaire. Ce sujet a d’ailleurs été l’objet d’une discussion que nous avions eue avec Mouloud Mammeri[27] (1917-1989) à l’époque d’AWAL-Cahiers d’Études Berbères, avant même que l’Unesco inscrive “l’Ahellil du Gourara” au patrimoine culturel immatériel de l’humanité (en 2008)[28].

L’ouvrage de Bruno Barbatti[29] sur la symbolique des tapis berbères du Maroc, nous avait encouragés à poursuivre une recherche sur la symbolique de l’orfèvrerie chaouie où on retrouve effectivement une même volonté de transmission symbolique. On peut évidemment étendre cette remarque au domaine de la tradition du tissage berbère.

L’ouvrage de J-B. Moreau[30] consacré aux grands symboles méditerranéens dans la poterie constitue une autre étude révélatrice d’un lien entre le signe et sa fonction culturelle.

Il existe une autre forme de transmission symbolique du signe: il s’agit de la tradition séculaire du tatouage, un apanage des femmes berbères.

Cet aspect symbolique s’apparente à un legs méditerranéen ancestral. Le sociologue Jean Servier[31] s’exprime sur ce point, en insistant que: “La civilisation berbère est héritière des civilisations méditerranéennes”.

Le cas du graphème Z [ⵣ] a évolué du libyque ancien au néo-tifinagh.

En libyque, il forme soit une barre horizontale, soit une sorte de E tronqué majuscule, renversée  horizontalement sur la droite.

L’alphabet libyque comporte 26 graphèmes alors que le néo-tifinagh en a 33. Malgré les changements qui se sont ajoutés, la graphie conserve la même stylisation géométrique.

La graphie du Z induit un certain nombre de remarques, qui permettront de faire des liens et d’interpréter l’usage qui en est fait aujourd’hui.

1.1.Le symbolisme de la ligne verticale a été expliqué antérieurement. Or, ici, on se trouve en présence d’une ligne horizontale.

1.2.Cette ligne démarque une division entre le Haut et le Bas. Ce qui est en haut appartient au Ciel, au cosmos. Ce qui est en bas est la deuxième moitié de l’œuf primordial, une coupe, un réceptacle. On peut y voir la Terre et les hommes.

1.3.Le croisement de ces deux lignes forment un symbole universel qui est la croix.

1.4.Dans l’alphabet libyque, la croix [+] est l’équivalent d’un T     , un peu comme la partie basse de l’Ankh égyptien. Le graphème de la croix se retrouve dans l’alphabet néo-tifinagh [ya].

Ces quelques observations se font sur simple analyse visuelle. Il y aurait peut-être d’autres remarques à apporter avec une meilleure connaissance de la langue.

Mais voici une autre observation purement stylistique:

1.5.Les termes AMAZIGH [ⴰⵎⴰⵣⵉⵖ] au  singulier et IMAZHIGHEN [ⵉⵎⴰⵣⵉⵖ] au pluriel, montrent tous deux que le signe Z [ⵣ] se trouve chaque fois au cœur du graphème. La racine sémantique est identique: MZN [ⵎⵣⵗⵏ]. Ce terme désigne aujourd’hui le peuple berbère. Il tend de plus en plus à supplanter l’ancien mot de “berbère”, parfois trouvé obsolète, bien qu’au sens grec du terme [βάρϐαρος barbaros], il ne le soit pas. Il existe malgré tout une autre raison pour justifier l’utilisation du mot ”Amazigh”. Traduit, ce terme équivaut à l’expression “homme libre”. On retient alors la notion “d’homme” d’une part, celle de “libre” d’autre part..

Quand on a évoqué les sinogrammes, on a constaté l’existence du signe ⵣ dans la langue chinoise. À HongKong par exemple, ce graphème indique la sortie du métro.

Ces regroupements attestent d’un état de pensée partagé par le genre humain. Il n’est donc pas totalement étonnant de retrouver des traces de signes identiques, au même titre que les mains de l’art pariétal du Paléolithique.

Comment peut-on donc analyser symboliquement le signe [ⵣ]?

  • Il se compose avant tout de trois éléments: deux demi-cercles qui s’opposent et d’un trait vertical qui les lie. Mentionnons tout de suite, que les effets de la géométrie linéaire font que les arcs de cercle sont souvent remplacés par le signe:
  • En reconstituant ces deux figures géométriques, on obtient soit un cercle (ciel), soit un carré (terre).
  • Évidemment, leur opposition indique une séparation que l’on pourrait illustrer par le symbole mythique de la Chute biblique.
  • De manière plus ésotérique, le trait vertical, correspondant à l’axe du Monde, relie ces deux entités sans vraiment les rendre contradictoires. La pensée alchimique nous dit par exemple, que tout ce qui est en bas est le reflet de ce qui est en haut. La Science, quant à elle parle de microcosme et de macrocosme.
  • Mais on peut adopter une ligne beaucoup plus pragmatique. Ce signe est aussi la stylisation géométrique d’un arbre, composé de racines, d’un tronc vertical, et de branches. Deux éléments élémentaires réapparaissent: la terre (les racines) et l’air ou l’éther (les branches), sachant que les deux autres éléments opposés sont sous-jacents à l’existence de l’arbre: l’eau et le feu, tous deux issus du ciel.Le premier est bénéfique (l’eau), le second destructeur (le feu de la foudre). Ce même parallèle existe dans la cosmogonie primordiale de l’hindouisme: la trinité hindoue [Trimürti] de Brahma (créateur), Vishnu (maintien) et Shiva (destructeur).
  • Dans la langue chinoise ancienne, ce même signe /mu/ désigne justement l’arbre!
  • On observe donc que ces différents signes semblent corroborer l’existence d’une spiritualité naissante en l’Homme.
  • L’image de cet homme rappelle que bien souvent l’arbre est un substitut pour symboliser l’Homme. Ce même signe se décompose alors comme étant: les deux jambes, le tronc et la tête, et enfin les deux bras. L’Homme de Vitruve, illustré par Léonard de Vinci en est un bon exemple.
  • Les pièces d’un véritable puzzle sociologique se rejoignent alors. Ces deux bras sont levés vers le ciel, comme le sont les branches de l’arbre originel. Curieusement, cela rappelle les pétroglyphes d’orants trouvés en grand nombre dans le nord de l’Afrique.

Et voilà que tout cette succession d’éléments culturels ressurgit en force au sein du monde amazigh contemporain. Car ce signe est devenu un symbole identitaire, tant et si bien qu’il figure sur le drapeau berbère, emblème du ralliement de tous les Imazighen. “Ce drapeau tricolore porte à son sommet la bande bleue de la mer. Au centre la bande verte des montagnes. En bas la bande ocre-jaune du désert, du Sahara. Le tout est frappé de la lettre Z”, écrit Éric Fottorino[32].

Voici donc comment un signe, remontant à l’aube de l’humanité, se perpétue jusqu’à nous par plusieurs étapes successives: graphème, symbole, emblème de ralliement identitaire.

Le récit des écritures se poursuit. Après le cunéiforme, les hiéroglyphes, les sinogrammes, les alphabets phénicien et grec, les Tifinagh, évoquons maintenant l’alphabet latin moderne.

2.L’alphabet latin. A priori, il semble que la graphie ait été un tant soit peu altérée. En réalité, ce n’est pas tout à fait le cas. Si on compare les lettres de notre alphabet, non pas avec l’alphabet grec, mais avec l’alphabet phénicien, on y trouve des similarités surprenantes. Pour cela, il suffit d’appliquer deux critères à partir de la majuscule:

-Les écritures sémitiques s’écrivent de droite à gauche, à l’opposé des langues indo-européennes,

-Pour retrouver le graphème phénicien, il suffit souvent de basculer le caractère latin vers la droite.

Certaines lettres sont restées identiques. C’est le cas du A, K, L, O, Y. D’autres ont été légèrement modifiées comme le B, C, D, F, H, M, N, P, Q, R. Pour obtenir un B, à partir du graphème Bet, il suffit d’ajouter une barre transversale au bas et de tourner le graphème vers la droite. Le Resh suit le même critère en y ajoutant une simple barre. Le D est évidemment très proche du Delta grec, mais en tournant le Dalet phénicien, on le retrouve immédiatement. Le cas du H est encore plus simple: il suffit d’ôter la barre supérieure et inférieure du Heth, pour retrouver un H.

Sans vouloir multiplier les exemples, au risque d’être fastidieux, on constate donc que l’évolution de la graphie conserve toujours son fond primitif. Pierre Bergounioux[33] s’est donc penché sur cet aspect. “L’invention de l’alphabet est une révolution dans la révolution. C’est sans doute l’acte le plus éblouissant de toute l’histoire de l’espèce. Lorsqu’on examine, en particulier les majuscules, on voit bien que le A majuscule c’est une tête de bœuf à l’envers. Le B, c’est une maison du Moyen-Orient à toit plat. Le C, gimel, c’est le cou du chameau. La lettre D, dalet, c’est la porte. Tout le passé est là mais il nous échappe car nous avons cessé de percevoir les signes comme représentant des choses, nous les percevons simplement comme l’expression d’un son.” Ce commentaire explique comment l’image originelle s’est estompée sous l’effet de l’oralité de la transmission phonologique. Pour corroborer l’existence du symbolisme latent, il ajoute en outre que “Les signes, aussi bien ceux de la Mésopotamie que ceux de Gutenberg, étaient inféodés à la matière. Les lettres avaient un corps et ce corps était lui-même appliqué sur des supports qui étaient pêle-mêle des carapaces de tortues, des lamelles de bambou, du papyrus, des peaux de mouton. Or aujourd’hui, les signes chevauchent les électrons. Le signe s’est dématérialisé. C’est une ère nouvelle qui débute là actuellement.” Les premiers sinogrammes ont effectivement été trouvés sur des carapaces de tortues jusqu’à ce que les Chinois aient pu trouver une manière plus malléable en utilisant une plante locale: le bambou. Un phénomène semblable a eu lieu dans l’Égypte ancienne, quatre mille ans avant notre ère, avec le papyrus [d’un terme pré-grec πάπυρος papyros] existant en profusion dans le delta du Nil. La confection des rouleaux de papyrus était l’apanage de la cité phénicienne de Byblos [βύβλος byblos]. Il s’agit d’un exemple supplémentaire d’une interaction triangulaire entre Égyptiens, Phéniciens et Grecs. Linguistiquement, byblos est l’étymologie du mot “livre”. Ce terme s’applique donc à la Bible. On le retrouve dans des mots tels que “bibliothèque”, “bibliographie” ou “bibliophile”.

Le troisième exemple choisi est celui de l’alphabet consonantique arabe, composé de 28 caractères (et comportant tout de même quelques voyelles). On en compte 29 si l’on inclut le Hamza apparu plus tardivement au VIIe siècle et qui correspond à un “coup de glotte” (le phonème /ʔ/).

3.L’alphabet arabe. L’alphabet arabe est apparu plus tardivement par le biais de l’araméen. Les remarques qui suivent permettront d’étayer comment un signe peut refléter un mythe, s’étendre à une conviction religieuse, et même véhiculer une entité culturelle.

Il faut donc partir une nouvelle fois du graphème, tel qu’il apparaît dans l’alphabet. La première lettre de l’alphabet arabe se trouve en haut à droite, puisque cette langue se lit et s’écrit de droite à gauche.

Par leurs formes souvent incurvées, les caractères de cet alphabet se prêtent à la calligraphie. Dans la version moderne journalistique, les caractères deviennent linéaires. Il s’agit encore d’une stylisation s’adaptant au progrès.

La graphie du Aleph phénicien, conserve une consonance proche (Alif), mais ne retient que la barre verticale. Étant la première de l’alphabet, cette lettre s’identifie au chiffre 1 [١]. Ceci revêt une connotation religieuse. L’islam étant une religion monothéiste, il paraît évident que l’Alif désigne “Allah” [ٱلل‍َّٰه] et que le Dieu unique soit désigné aussi par le chiffre 1.

La lettre Nûn (N) offre une spécificité encore plus particulière.

-Dans la mythologie égyptienne Noun  {NWN) désigne le concept primordial de la Création, c’est à dire le Néant. Les Égyptiens considéraient qu’il s’agissait de l’Océan primordial dont le Nil en était un reflet vivant. Le premier dieu Atoum en est issu. Et à l’origine il représentait le Soleil.

Si on rattache cela au hiéroglyphe du Soleil: un cercle marqué d’un point, on retrouve donc ici l’origine mythologique du microcosme et du macrocosme. Un parallèle qu’adopte la Science. L’interprétation de Noun implique le concept d’un Océan qui a fait la vie et qui fera la mort. On retrouve en fait le principe créateur de l’eau s’opposant au principe destructeur du feu. On peut y voir aussi le combat de Brahma et de Shiva de la mythologie hindoue.

-Voyons à présent ce que la lettre Nûn révèle d’abord sur un plan visuel. C’est un arc de cercle ouvert en forme de réceptacle surmonté d’un point. En symbolique, c’est l’image d’une coupe (le Graal) représentant la moitié inférieure de l’œuf universel, autrement dit la moitié terrestre du cosmos. Le point représente un germe porteur de vie, un concept largement implanté au Proche Orient.

Or cet arc de cercle représente également un croissant lunaire. Cette connotation appartient aux concepts spirituels du monde arabe. Luc Benoist[34] retrace ici cette analyse ésotérique:”Le croissant est d’ailleurs la figure la plus courante de la lune, assimilée à une coupe et à tout autre vaisseau contenant les promesses d’un renouveau, comme l’arche de Noé flottant sur les eaux du Déluge et qui représentait la moitié inférieure de l’Œuf du Monde, dont le complément supérieur serait la voûte céleste. Le croissant est aussi la lettre nûn qui, en arabe, en épouse la forme. Dans la tradition islamique, cette lettre représente le poisson où Jonas a été enfermé quelque temps, comme Noé dans l’arche, avant d’en être délivré. Au point de vue de sa signification, le croissant représente la résurrection à cause du rythme mensuel des transformations lunaires. Dans la kabbale hébraïque, la lettre nûn est également attachée à l’idée de renaissance.”

Cette citation contient un certain nombre d’éléments suscitant quelques réflexions supplémentaires.

-Sur un plan historico-culturel l’idée du croissant de lune assimilé au vaisseau se retrouve sur les images égyptiennes des barques naviguant sur le Nil. L’image du mythe de l’Arche de Noé répond au même principe..

-Les évocations de l’eau, du poisson, du croissant de lune, renvoient au principe d’une résurrection (Tammouz en Mésopotamie, Osiris en Egypte, Adonis en Syrie)[35]

-Le mythe de Jonas [en arabe : يونس ,Yūnus] renvoie à l’idée du châtiment, contenue dans l’ambivalence du mythe égyptien. Or, ce mythe également biblique, appartient en réalité aux croyances phéniciennes. Voici justement ce qu’écrit sur ce sujet l’un des spécialistes du monde punique, l’archéologue tunisien Mohamed Fantar[36]: “L‘aventure de Jonas, jeté par-dessus bord en vue de calmer le courroux de la mer et avalé par un gros poisson, couvre un vieux mythe cananéen relatif à un monstre marin qui a choisi la côte de Joppé pour demeure. “

-Le mythe de Noé [en hébreu : נֹחַ nōa’h ; en arabe : نوح nûh] vient renforcer la même conception. L’arche a, par définition, une coque arrondie en forme de croissant de lune. On peut tout aussi bien y voir une coupe qui serait la moitié inférieure de l’Œuf du Monde. L’habitacle symbolise la vie terrestre en ayant la forme d’un quadrilatère. Les couples d’animaux sont les germes vivants d’une renaissance, au même titre que la famille de Noé. Le Déluge est le signe d’une punition divine reprenant le mythe égyptien d’un Océan primordial, porteur de vie et de mort. Or, que se passe-t-il au bout de 40 jours? (Chiffre lui aussi symbolique). Les signes d’un renouveau mythique émergent des flots: une montagne (le mont Ararat?) où vient s’échouer l’Arche, et surtout l’apparition d’un arc-en-ciel (aux sept couleurs rappelant les sept étages du Ciel)[37]. Le mythe biblique scelle donc le renouveau de cette manière. L’œuf du Monde est recréé.

-Le seul animal laissé libre dans les eaux du Déluge était le poisson, bénéficiant donc d’une protection divine[38].

Ainsi, quand on analyse la graphie du signe nûn de l’alphabet arabe, il n’est plus possible d’y voir un simple signe ou une lettre.Ce signe devient l’expression symbolique d’un mythe. Or ce mythe perpétue d’autre mythes sémitiques antérieurs: égyptien, phénicien, hébreu, arabe, et en devenant un mythe chrétien se transmet à d’autres langues…

La boucle est bouclée. En partant de la main pariétale, on a évoqué le cheminement du signe, une manière initiale pour l’Homme de communiquer avec ses semblables. On peut penser qu’il s’agit d’une première tentative annonçant la parole. En s’affinant, avec le temps, ce signe allégorique est devenu symbole. Or l’universalité du symbole implique une conception généralisée de la pensée humaine. Claude Lévi-Strauss avait vu juste en disant qu’il n’existait pas de peuples “primitifs” mais qu’on se trouvait en présence de “peuples sans écriture”. Le symbole a précédé la parole dans le sens où il n’a aucunement besoin d’une langue pour l’interpréter. Tout se situe au niveau de l’œil, donc de la perception, et selon l’interprétation de Carl Gustav Jung (1875-1961), le symbole permet d’accéder à l’inconscient.

Toutefois, le besoin pratique a poussé l’Homme à imaginer l’organisation de signes pouvant définir un besoin langagier destiné à sa communauté culturo-religieuse. Ainsi sont donc apparues les toutes premières écritures où l’image et la géométrie ont été les ingrédients principaux. Ces signes d’écriture se sont organisés pour devenir les lettres d’un alphabet. Alors, un effet boule de neige s’est mis en place et a déclenché la première avalanche du langage écrit.

À titre de comparaison, l’histoire de l’Art semble suivre le même cheminement.L’effet d’abstraction géométrique de l’écriture nous a conduits au monde virtuel où nous vivons. Évidemment, cela implique une méconnaissance de plus en plus grande de la permanence du signe symbolique, oubliée au profit dune image évanescente.

Pour retrouver les racines symboliques de l’écriture, il faut faire l’effort d’aller au-delà du signe. La célèbre spécialiste des antiquités égyptiennes, Christiane Desroche-Noblecourt[39] a écrit: “Pour aller plus loin, il faut recourir aux symboles et aux mythes que les textes et les images ont perpétués.“

La volonté de conserver l’écrit s’est manifestée de différentes manières à travers les âges: la caverne (l’art pariétal), la paroi rocheuse (l’art rupestre), les carapaces de tortues (Chine), les tablettes d’argile (Mésopotamie), les peaux de moutons (Égypte). Puis, le besoin de pouvoir véhiculer les signes de l’écriture a mené au papyrus, aux feuilles de bambou, au parchemin, au livre enfin, qui figure une autre révolution au Moyen Âge, tout aussi capitale que l’invention de l’alphabet dans l’Antiquité.

Dans un ouvrage consacré aux mythes, Paul Diel[40] évoque le pommier du Paradis terrestre: “Le pommier est l’Arbre de la Connaissance, car Adam, vivant encore au Paradis de l’innocence animale, est le premier être devenu conscient, capable de choix.” Pour la religion, le fruit défendu est devenu l’objet de la Chute. Dans la Genèse, l’Arbre de la Connaissance du bien et du mal fait fonction d’un arbre de vie. Au même titre que dans le mythe de l’Océan primordial de la mythologie égyptienne, il représente les deux opposés de la vie de l’homme, la naissance et la mort (le Noun égyptien), le bien et le mal (de la Bible), mais aussi l’homme (Adam) et la femme (Ève). Cet Eden est situé à l’Orient, une orientation appartenant au soleil levant, le royaume de la Lumière. Le mythe foisonne d’images symboliques: le jardin a une forme carrée, comme les tapis fleuris de Perse, sont une vision artistique du paradis d’Allah. L’arbre de vie stylisé devient l’axe du monde joignant le haut et le bas, qui justement n’existent pas encore au Paradis terrestre. Et puis, il y a ce fruit défendu: la pomme, symbole d’une discorde perpétuelle qui sera à l’origine d’une guerre de dix années entre Grecs et Troyens. Il suffit de relire le poème de Jacques Prévert [41](1900-1977) intitulé “Promenade de Picasso” pour évoquer la danse universelle de toutes ces “pommes”! Mais il ne faudrait pas oublier l’image du serpent non plus. Animal chthonien par excellence pour son ambivalence entre le bien et le mal.Le dragon se substitue à lui en Orient. Il y a le caducée d’Hermès, et aussi la baguette d’Esculape [Ἀσκληπιός Asclépios] Or, ce dernier symbole n’est-il pas l’effigie de la médecine?

Cette Chute biblique est souvent interprétée de manière négative. Pourtant, le mot-clé demeure le terme utilisé de “Connaissance”. Toute ’interprétation négative mène à la prédestination. Albert Camus (1913-1960) évoque ainsi l’absurdité contenue dans le Mythe de Sisyphe. L’idée de choix entre le bien et le mal se fait grâce à la connaissance. Ce qui est appelé “une chute” est la réalisation soudaine d’une liberté où ce choix s’effectue par la conscience humaine et non plus divine. C’est la leçon de “La Peste[42]: “Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de déts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée.”Croquer la pomme, c’est prendre une décision. Mais comme chaque fois, le goût peut en être soit amer, soit onctueux. C’est à la l’homme de choisir le moment opportun.

C’est donc bien de cette manière qu’il faut interpréter la citation de Christiane Desroche-Noblecourt, mentionnée antérieurement. Signes, symboles et mythes se sont fondus progressivement dans le langage et l’écriture. Luc Benoist[43] ajoute: “Si l’origine de la parole et par conséquent des langues se perd dans la nuit des temps, la psychologie, les légendes traditionnelles et l’étymologie peuvent à des titres divers nous fournir quelque lumière sur la mécanique de son symbolisme.” Ce même auteur, qui fut le Conservateur des Musées de France, ajoute que:”Notre connaissance du monde a suivi l’exploration que notre sensibilité appliquait à l’univers avec lequel elle tentait de s’identifier” (Ibidem, pp.42-43). “Tout symbole” ajoute-t-il, “est susceptible d’au moins deux interprétations opposées qui doivent s’unir pour obtenir son sens complet. Cette ambivalence est saisissable au niveau même du vocabulaire. En hébreu par exemple le mot set (serpent) a deux sens opposés, celui de fondement et celui de ruine, ce qui justifie les deux sens du caducée hermétique.” (p.43)

L’objet de cette analyse est surtout une réflexion socio-linguistique sur l’évolution du signe jusqu’à l’avènement de l’alphabet. Son cadre demeure limité et suscite une recherche complémentaire pour en développer la pertinence au regard des sociétés humaines. Elle adopte, par conviction ethnologique, l’assurance que l’évolution s’est faite par les échanges tels que l’Histoire l’explique, sans quoi une société s’isole et périclite. Le monde d’aujourd’hui commence à reconnaître que certaines civilisations ont joué un rôle beaucoup plus important que l’Histoire traditionnelle s’est souvent cantonnée à glorifier. M-G. Amadasi Guzzo[44], professeure à l’Université de Rome, rappelle dans un ouvrage consacré à “Carthage” que l’Église, par le biais du latin, utilise le terme “ave” qui est “emprunté du phénicien et signifie vis!

Le symbole vit toujours, mais il vit souvent dans l’ombre. À l’instar de l’homme des cavernes, il attend seulement la Lumière.

Christian Sorand

Notes : 

[1] The ‘Soul of Australia’: https://www.ancient-origins.net/ancient-places/kakadu-australia-0010671
[2] Unesco- Parc national de Serra da Capivara, https://whc.unesco.org/fr/list/606/
[3] Christian Sorand, “L’Histoire a-t-elle besoin d’être dépoussiérée?”, https://www.academia.edu/42072916/LHistoire_a-t-elle_besoin_dêtre_dépoussiérée
[4] Jean Raspail, “Qui se souvient des hommes”, Robert Laffont, Paris, 1986, ISBN 2-221-04559-9
[5] Unesco- Cueva de las Manos, https://whc.unesco.org/fr/list/936/
[6] Tassili n’Ajjer (UNESCO), https://whc.unesco.org/fr/list/179/
[7] Gabriel Camps, “Les Berbères, Mémoire et Identité”, Babel, Actes Sud, 2007, ISBN 978-2-7427-6922-3
[8] Y-N Harari, Sapiens, Albin Michel, 2015, ISBN 978-2-226-25701-7
[9] Ibid. (pp.155-156)
[10] Hermès Trismégiste.
[11] Christiane Desroches Noblecourt, Symboles de l’Égypte, Desclée de Brouwer, 2004, ISBN : 978-2-253-12248-7
[12] Olivier Beibeder, La Symbolique, PUF, Que Sais-je?, Paris, 1975
[13] Olivier Beigbeder,La Symbolique, PUF, Que Sais-je?, Paris, 1975, (p.5)
[14] Christiane Desroches Noblecourt, Symboles de l’Égypte, Desclée de Brouwer, 2004, ISBN : 978-2-253-12248-7
[15] Mohamed Fantar, Les divinités marines chez les phéniciens-puniques, https://www.persee.fr/doc/ephe_0000-0001_1965_num_1_1_4983
[16] F.Briquel-Chatonnet & E.Gubel, Les Phéniciens, Découvertes Gallimard, 1998, (p.49)
[17] C.Sorand: Une Main dans le sac du Pêcheur, https://www.academia.edu/40782476/Une_Main_dans_le_sac_du_Pêcheur
[18]  F.Briquel-Chatonnet & E.Gubel, Les Phéniciens, Découvertes Gallimard, 1998, (p.93)
[19] C.Sorand- Grecs et Libyques, https://www.academia.edu/33888484/Influence_grecque_au_nord_de_lAfrique.doc
[20] On préférera le terme targui (sg.) et touareg (pl.) par souci linguistique, puisque chacun ont cours dans la langue française.
[21] graphie moderne du néo-tifinagh.
[22] Priscilla Ringrose, FrancoPolyphonies, Éditions Rodopi B.V., Amsterdam-New York, NY 2006 ISBN 90-420-1739-2
[23] https://www.eurekoi.org/date-dapparition-de-la-langue-berbere/
[24] Frédéric Colin, Les Libyens en Égypte, https://www.academia.edu/17588145/Fr._Colin_Les_Libyens_en_Egypte_XVe_s._a.C.-IIe_s._p.C._._Onomastique_et_histoire_vol._II_Onomasticon_Bruxelles_1996
[25] Salem Chaker, Encyclopédie Berbère, Libyque: écriture et langue, https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/344
[26] Dominique Casajus, « Sur l’origine de l’écriture libyque. Quelques propositions », Afriques [En ligne], Débats et lectures, mis en ligne le 04 juin 2013, consulté le 01 mai 2019. URL : http:// journals.openedition.org/afriques/1203
[27] Mouloud Mammeri – L’ahellil du  Gourara, CERAM, édition des la Maison des Sciences de l’Homme, Paris, 1995, ISBN 978-2735101078.
[28] UNESCO: l’Ahellil du Gourara, https://ich.unesco.org/fr/RL/lahellil-du-gourara-00121
[29] Bruno Barbatti – Tapis berbères du Maroc, la Symbolique origines et signification, ISBN 978-2867702112
[30] J-B. Moreau -Les Grands symboles méditerranéens dans la poterie algérienne, Alger, 1976.
[31] Jean Servier – Les Berbères, Que sais-je?,PUF, Paris, 2017, ISBN 978-2-13-079283-3, (p.39)
[32] Éric Fottorino, Fils de Berbères, Éditions Philippe Rey, collection Fugues, 2012
[33] Pierre Bergounioux, Le corps de la lettre, Fata Morgana, 2019, ISBN 978-2377920372
[34] Luc Benoist, Signes, Symboles et Mythes, PUF, Que sais-je?, Paris, 1975, (p.64)
[35] réf. ouvrage de O.Beigbeder sur “La Symbolique”
[36] Fantar Mhamed. Les divinités marines chez les phéniciens-puniques. In: École pratique des hautes études. 4e section, Sciences historiques et philologiques. Annuaire 1965-1966. 1965. pp. 547-549
[37] Note de “La Symbolique” (Ibid.):”Les 7 étages de certaines Zikkourat correspondent sans doute aux sept étages du ciel.” (p.44)
[38] C.Sorand, Une Main dans le sac du Pêcheur, https://www.academia.edu/40782476/Une_Main_dans_le_sac_du_Pêcheur
[39] Christiane Desroche Noblecourt, Symboles de l’Égypte, Desclée de Brouwer, 2004,  (p.151)
[40] Paul Diel, Ce que nous disent les mythes, Petite Bibliothèque Payot & Rivages, avril 2016, (p.64)
[41] Jacques Prévert, Promenade de Picasso” (1949), http://www.bonheurdelire.com/article-28725425.html
[42] Albert Camus, La Peste (1947), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1994, partie II, p.124
[43] Luc Benoist, Signes, Symboles et Mythes, PUF, Que sais-je?, Paris, 1975, (p.24)
[44] Maria Giulia Amadasi Guzzo, Carthage, PUF, Que sais-je ?, Paris, 2007, ISBN 978-2-13-053962-9, p.124

Bibliographie:

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Barbatti, Bruno– Tapis berbères du Maroc / la Symbolique origines et signification, ISBN 978-2867702112
Beigbeder, Olivier– La Symbolique, PUF, Que sais-je ?, Paris, 1975,
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Briquel-Chatonnet, F & Gubel, E– Les Phéniciens, Aux origines du Liban, Découvertes Gallimard, 1998, ISBN : 978-2-07-053456-2
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Casajus, Dominique, « Sur l’origine de l’écriture libyque. Quelques propositions », Afriques [En ligne], Débats et lectures, mis en ligne le 04 juin 2013, consulté le 05 avril 2020. URL : http://journals.openedition.org/afriques/1203
Chaker, Salem Encyclopédie berbère [En ligne], 28-29 | 2008, document L24, mis en ligne le 01 juin 2013, consulté le 06 avril 2020. URL : http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/344
Camps, Gabriel- “Les Berbères, Mémoire et Identité”, Babel, Actes Sud, 2007, ISBN 978-2-7427-6922-3
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Sorand, Christian- AWAL-Cahiers d’Études Berbères, academia.edu & Inumiden.com
Une Main dans le sac du Pêcheur, https://www.academia.edu/40782476/Une_Main_dans_le_sac_du_Pêcheur
-Histoire, mythes et symboles / Réflexions sur les symboles et les mythes relatifs à la culture amazighe, https://www.academia.edu/37122111/Histoire_mythes_et_symboles
-L’Histoire a-t-elle besoin d’être dépoussiérée?, https://www.academia.edu/42072916/LHistoire_a-t-elle_besoin_dêtre_dépoussiérée
-Le Signe de Tanit, https://www.academia.edu/35851797/Le_Signe_de_Tanit

2.Sources informatiques:

-Hominidés: Les mains dans la Préhistoire, https://www.hominides.com/html/art/main-prehistoire.php
-Kakadu National Park: The ‘Soul of Australia’: https://www.ancient-origins.net/ancient-places/kakadu-australia-0010671
-Patrimoine de l’Unesco: Tassili n’Ajjer, https://whc.unesco.org/fr/list/179/
-Persée: Découvertes de peintures rupestres sur les hauts plateaux du Paraná, https://www.persee.fr/doc/jsa_0037-9174_1956_num_45_1_962
-Academia: Les pétroglyphes de la pierre du Bisnau au Brésil, https://www.academia.edu/35439316/Les_pétroglyphes_de_la_Pierre_du_Bisnau_au_Brésil
-Persée: Missions archéologiques françaises au Chili austral et au Brésil méridional, Annette Laming-Emperaire (1968), https://www.persee.fr/doc/jsa_0037-9174_1968_num_57_1_2038
-UNESCO (1999) :“Cueva de las manos, Rio Pinturas” (Grotte des Mains), Patagonie, Argentine, de 13,000 à 7,000 ans. – https://whc.unesco.org/fr/list/936/
-Controverse: Le site de Pedra Furada (“pierre percée”) nord-est du Brésil, découvert en 1973, -Paléolithique supérieur, jusqu’a 11,000ans. https://en.wikipedia.org/wiki/Pedra_Furada
-Evelyne Peyre, 2013, Serra da Capivara, Brésil, http://cga.ua.unige.ch/2013/04/le-parc-national-de-serra-da-capivara-bresil-patrimoine-de-lunesco-les-premiers-peuplements-humains-de-lamerique/
-UNESCO (1991) – Parc national de Serra da Capivara, https://whc.unesco.org/fr/list/606/
-La Grotte Cosquer, Marseille (paléolithique, 27,000 ans): https://archeologie.culture.fr/fr/a-propos/grotte-cosquer
-La Grotte Chauvet, Pont de l’Arc, Ardèche, ( Aurignaciens, Gravettiens, 36 000 ans):

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