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Iwal sur scène

Iwal : La nouvelle génération de la musique moderne chaouie

Ils sont de la trempe de Dihya ou de Djamel Sabri, dit Joe Sabri, deux artistes chaouis connus pour leur talent et qui ont atteint l’universalité, le groupe Iwal est considéré par de nombreux observateurs comme le nouveau souffle de la musique moderne chaouie.
Un couple d’artistes, Fayssal Achoura et sa compagne Nesrine, qui le composent,  ne cesse de grimper les échelons. Ils font de la musique universelle, du folk et touchent même à la musique classique, mais pas que.

Leur engagement va encore plus loin que l’on peut penser. Fayssal, guitariste et chanteur, est aussi informaticien de formation. Il a pu créer un clavier en tifinagh et il est même en phase de négociation avec Microsoft pour pouvoir intégrer sa simulation dans le Windows 7 et 10.
De son côté, Nesrine, amoureuse de la mythologie en plus de la musique,  anime aussi des conférences en compagnie de Fayssal sur la mythologie berbère et le lien qu’il peut y avoir entre cette dernière et les caractères de tifinagh. Le couple propose aussi une correction au tifinagh modifié par l’Institut royal de la culture amazighe marocain (Ircam), car il pense que ce dernier n’a pas respecté la mythologie dans sa formation des caractères berbères proposés.
Ce n’est pas tout. Iwal fait aussi du théâtre et compte plusieurs scènes avec Debza, notamment avec son pionnier Merzouk Hamiane. «A vrai dire, nous essayons de toucher à plusieurs styles musicaux tout en gardant la touche acoustique. C’est la raison pour laquelle nous avons préféré utiliser la contrebasse cette fois-ci avec la guitare électrique qui devient incontournable dans la musique chaouie», explique Fayssal.

Harmonie

Fayssal, 30 ans, est originaire de T’kout, cette région rebelle et engagée dans le combat identitaire située à 80 km au sud de Batna. Quant à Nesrine, elle est d’origine algéroise mais a épousé la culture chaouie dont elle fait aujourd’hui sa principale vocation. «Avant, quand j’entendais la musique chaouie à la radio, on nous montrait que des chants folkloriques en arabe en plus. Mais quand je suis venue ici, j’ai découvert autre chose.

J’ai découvert la profondeur de la culture chaouie, devenue mienne depuis  ce jour où je l’avais découverte», révèle Nesrine. Et d’ajouter : «J’aime la nature et l’histoire de cette région. Ici, je suis loin du monde superficiel d’Alger. Je ressens une paix à l’intérieur de moi. Je suis en totale harmonie avec moi-même. Je me sens libre.»
En 2014, alors qu’ils interprétaient de la musique près de la loge de Dihya, venue donner son dernier spectacle dans sa région natale, Fayssal et Nesrine ont été entendus jouer par son mari, Messaoud Nedjahi. Ce dernier leur propose de monter sur scène avec lui. Ils avouent qu’ils n’étaient pas préparés et leur groupe n’avait pas encore de nom.
Dans le tas, ils lui ont choisi celui d’une chanson de Dihya, Iwal, qui veut dire un infini espoir. Le couple monte avec Nedjahi et cartonne dans la soirée. Il faut dire qu’à ce moment-là, Nesrine et Fayssal ignoraient que ce qu’ils venaient de réaliser n’était que le début d’une carrière qui s’annonce longue.
Depuis, ils ne cessent d’enchaîner les scènes et organisent plusieurs spectacles, notamment un gala artistique chaque 30 avril à Batna, en hommage à une jeune féministe trotskiste, décédée à l’âge de 33 ans. Ils sont à leur 3e édition et préparent déjà la 4e pour cette année. Le concept s’appelle Iwal, dans lequel ils chantent 33 chansons, en rapport à son âge. Ces chansons se suivent et racontent l’histoire de cette jeune morte à la fleur d’âge. «Nous l’organisons chaque 30 avril, car c’est la date de naissance de la jeune militante. Nedjahi organise aussi le même événement en France le jour de sa naissance», indique Fayssal.

Marseille

Cette fois-ci, dans la même tournée que celle organisée pour Merzouk, Iwal, attendu par le public, a émerveillé ce dernier par ses chantons qui joignent la touche moderne à l’originalité de leurs textes. Il faut dire que leurs textes ne sont pas fortuits, car ils sont de ceux qui font tout pour garder le patrimoine chaoui, les contes et le vocabulaire de la région.
Cela fait même partie de leur combat. Cette fois-ci, sur la contrebasse, Iwal a eu un invité surprise de Marseille. Il s’appelle Nicola et fait partie désormais de la troupe. A la batterie, Ali Zaidi d’Oum El Bouaghi, à la sonorisation, Sly de Sétif et pour les choralistes, les deux jolies filles Ibtissem d’Alger et Tinhinan de Barika (Batna).
Mais un élément du groupe reste central dans l’équipe de par sa musique et son caractère un peu particulier. Il s’agit de Khelifa Djaghrouri, guitariste qui n’est que le membre du groupe Numidas qui font du rock chaoui. Des chansons comme Hertelis ou bertelis, choumana techa yellis, racontant l’histoire de Mqidech et la sorcière cannibale, adaptée par Iwal à la réalité d’aujourd’hui, ou Bouzahtala, qui est un refrain ancestrale chanté dans les fêtes dansante chaouies, sont déjà connus du public.
Les membres d’Iwal sont aussi des militants progressistes et tentent à travers leur travail d’encourager certaines luttes, dont celles en lien à l’égalité entre la femme et  l’homme. D’ailleurs, ils exigent souvent que leurs publics soient mixtes et commencent toujours par inviter leurs propres familles dans les soirées qu’ils animent.
Quant à leur projet d’avenir, Nesrine dit «vouloir continuer à s’intéresser à la mythologie et souhaite ouvrir un théâtre pour enfants à T’kout, où elle est installée avec son mari Fayssal».
Quant à ce dernier, il nous a plutôt parlé des prochains albums d’Iwal. «Nous espérons sortir trois albums à la fois. Le premier comptera les chansons d’Iwal. L’autre, qui sera un double album, regroupera les 33 chansons de l’événement que nous organiserons chaque 30 avril», espère Fayssal.

Meziane Abane
Article paru en premier lieu ici

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