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Manifestation contre le Dakota Access Pipeline , Nashoba Hotah Hogan y a participé

L’histoire de ce résistant kabyle adopté par les indiens d’Amérique

C’est une histoire qui n’a rien à envier aux romans d’aventure du XIXe siècle , celle qui a  emmené un résistant algérien, du bagne de Cayenne ,  jusqu’au Panama et ensuite au États-Unis où il fut adopté par une tribu indienne .
Ayant épousé une femme Lakota , une tribu du peuple Sioux, un enfant naîtra de cette union : Nashoba Hotah Hogan aujourd’hui âgé de 59 ans . Ancien cascadeur pour les studios d’Hollywood, en 2000, sur le tournage de Opération Espadon, avec Travolta, il se blesse gravement et doit rester longtemps à l’hôpital. Pendant sa rééducation il se plonge dans la lecture et se lance dans l’entreprise de chercher l’identité de son père qu’il a perdu à l’âge de six ans .
Il raconte son histoire à AHMED BENJADIR * , un algérien qu’il a rencontré par hasard à la National Library de Washington : « J’étais un peu différent physiquement de mes amis d’enfance, mais comme toute communauté, les Lakotas (ndlr : une des grandes tribus sioux) ont des personnes différentes de diverses manières. Mais ils n’en tiennent pas beaucoup compte et donc, je ne me suis jamais intéressé à cet aspect. Mais je posais beaucoup de questions sur mes parents qui sont morts dans un accident de bus lorsque j’avais six ans.

« Ce sont mes grands-parents maternels qui m’ont élevé. Ils me parlaient de mes parents, mais rarement de mes grands-parents paternels. C’est un ami à mon père qui m’a mis sur la piste. Il m’a parlé de cet «étranger», mon grand-père paternel, qui avait été accueilli par les Lakotas et avait fini par être intégré. C’était, paraît-il, un très bon artisan du cuir. Il a appris le lakota et a épousé une Indienne »

« Il s’appelle loin »

Nashoba Hotah Hogan entreprend ensuite des  recherche pour la retrouver l’identité de son grand-père « D’après les recherches que j’ai effectuées, ce serait un compagnon du justicier algérien Hadj Abdoun qui s’était révolté avec d’autres, en Kabylie, contre l’ordre colonial français à partir de 1880. Abdoun a été capturé et condamné à mort en 1884. Mais sa peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité. Il s’est retrouvé au bagne de Cayenne en Guyane. Là, il a réussi à s’évader avec quelques compatriotes dont mon grand-père . Ils ont volé une barque à des Chinois et ont pris la mer.

« Il y a eu une tempête et un bateau anglais les a repêchés et conduits à Panama. Ils ont travaillé sur le chantier du canal. Abdoun est allé aux Antilles, puis à Londres, puis à Gilbratar, puis au Maroc et il a rejoint l’Algérie pour se venger des traîtres… En 1895, les Français l’ont décapité sur la place de son village. Mon grand père  se sépare de Abdoun au Panama  ,je suppose qu’il est remonté vers le nord, traversant le Mexique, puis les États-Unis en croyant trouver un moyen de traverser l’Atlantique pour rejoindre l’Afrique du Nord. Et pour des raisons inconnues (blessure ? maladie ? découragement ?), il s’est retrouvé au Dakota et a été accueilli par les Lakotas. Après, le temps a fait son œuvre, ainsi que l’éloignement » .
Nashoba Hotah Hogan n’a pas encore réussi à trouver la véritable identité de son grand père « Le nom indien de mon grand-père algérien était « Eciyapi toki » c’est-à dire  «Il s’appelle loin» ! Mais je n’ai pas pu trouver sa véritable identité, j’ai plusieurs noms, mais je ne peux pas encore m’avancer » .

« l’Algérie est  au fond de moi »

Sur la question s’il compte se rendre en Algérie , il répond : « Pour le moment, c’est impossible. Bien sûr, je suis impatient de le faire. Mais j’aimerais avancer dans mes recherches . En tout cas, l’Algérie est aussi au fond de moi. Je suis très fier de descendre d’un Algérien qui appartient à une belle histoire de dignité et de combat » .

Jugurtha Hanachi

* AHMED BENJADIR : a rencontré Nashoba Hotah Hogan par hasard à la National Library de Washington. Il raconté cette histoire dans une contribution au quotidien El Watan .

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