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La révolte du chef Amazigh Gildon contre Rome

Gildon ou Gildo est fils de Nubel, regulus de la natio des Jubalenses, tribu amazighe de Maurétanie Césarienne localisée en Kabylie. Il se rallie aux romains lors de la révolte de son frère Firmus en 372 ce qu’il lui vaut une grande reconnaissance de la part des romains qui le font  comte d’Afrique (équivalent de gouverneur).
Pour Christian Courtois, la révolte de Gildon s’inscrit dans la lignée de celle de Jugurtha, Juba et Tacfarinas, il écrit : « ce grand caïd kabyle s’est proposé de reconstituer un État Africain en transformant à son profit le munus dont l’avait investi Rome » [1].

La politique de Gildon
Gildon dont le nom le prédestinait à jouer un rôle important en Afrique, Gildo étant la transcription latine du berbère Aguelid qui signifie roi (GLD dans les inscriptions libyques et puniques) [2] , s’est employé sur une durée de vingt ans à assoir son influence en Afrique en contractant des alliances avec les tribus puissantes en Mauritanie Césarienne , et surtout , avec les donatistes et les circoncellions en Numidie .
Saint Augustin évoque les liens personnels très forts qui existaient entre Gildon et Optât de Timgad ; un prêtre donatiste qui régnait en maître à l’époque sur  la Numidie méridionale. Optât de Timgad était un  ami très intime du Gildon et faisait partie d’un cercle privilégié entourant le comte, que saint Augustin appelle la Gildoniana societas.
Sur le plan familial, Gildon a  également mené une politique très ambitieuse, ayant épousé  une aristocrate romaine, il a marié sa fille Salvina  à Nebridius, neveu de l’impératrice Flacilla, femme de Théodose [3].

La révolte
En 397, Gildon cessa les livraisons massives de blé à Rome, et il décida unilatéralement de ne plus reconnaître la souveraineté d’Honorius, mais celle de son frère, l’empereur d’Orient Arcadius. Le régent Stilichon le fit déclarer alors hostis publicus, et envoya contre lui une armée conduite par son propre frère : Mascezel [4].
Après avoir stoppé l’envoi du blé à Rome faisant ainsi planer la menace de famine sur la capitale de l’empire, Gildon entreprend ce que les historiens ont nommé « la première réforme agraire de l’histoire». En effet, Gildon décrète la saisie des domaines impériaux puis y installa des paysans sans terres, en particulier des circoncellions (les transeuntes) [5].
« Gildon ne s’est pas contenté , écrit Christian Courtois  , de confisquer les domaines de l’empereur : il a entrepris une « réforme agraire » qui, en dépit de l’obscurité dans laquelle elle demeure pour nous en ce qui concerne ses modalités, ne laisse guère de doutes quant à ses bénéficiaires, à savoir les circoncellions » [6]. En agissant ainsi, Gildon aurait assuré l’abondance sur le marché africain, provoquant une baisse des prix favorable aux plus démunis, et ce faisant, il s’assura le soutient des circoncellions et tous les paysans pauvre de Numidie  .
Les circonstances de la révolte de Gildon ainsi que les batailles qui l’ont opposé à son frère nous sont assez obscures. Le témoignage du poète Claudien dans « De Bello Gildonico » contemporain des événements, n’est pas considéré comme une source fiable à cause du parti pris de Claudien et son hostilité sans nuance envers le comte d’Afrique. Celle-ci s’exprime dans une présentation du personnage axée sur deux mots-clefs : tyrannus et Mourus (tyran/maure).
On sait cependant, par une autre source plus sérieuse, celle d’Orose prêtre catholique espagnol dans son livre « Historiae Adversus Paganos » , que Gildon fut vaincu par son frère en 378 à la bataille de l’Ardalio, entre Théveste et Ammaedara.
« Gildon , écrit Paul Monceaux , concentra ses troupes près de Theveste, attendant les contingents des tribus du Sud. Les deux adversaires se rencontrèrent près d’Aminaedara. Dans l’armée romaine, on se prépara au combat par des jeûnes et des prières; Mascezel vit en songe saint Ambroise, qui lui promit la victoire. Dès les premières escarmouches, Gildon fut abandonné par ses troupes. Il s’enfuit vers la côte numide, réussit à s’embarquer pour l’Orient, mais fut rejeté par un coup de vent sur le rivage de Thabraca. Reconnu, arrêté, il s’étrangla dans sa prison » [7].
La répression fut sévère. Plusieurs des chefs rebelles furent emprisonnés, mis à mort ou proscrits (Optât de Timgad mourut peu de temps après son emprisonnement). On confisqua les biens de Gildon et de ses partisans. Une série de constitutions impériales, promulguées de 398 à 409, se rapportent à ces confiscations et aux poursuites contre les complices. L’aventure fut si profitable au fisc , disent certains historiens , qu’on dut créer une administration spéciale, sous la direction d’un comes Gildoniaci patrimonii .

Jugurtha Hanachi

Lire également : La guerre de Firmus

Note :

[1] Chr. Courtois : les vandales et l’Afrique.

[2] G. Camps, «Rex gentium Maurorum et Romanorum», dans Antiquités africaines, 20, 1984.

[3] Saint Jérôme entretint une correspondance avec Salvina, fille de Gildon .Lettres de s. Jérôme, éd. J. Labourt, Paris, 1954 (C.U.F.)

[4] Les romains, fidèles à leur politique, ont déjà confié la répression contre le soulèvement de Firmus ses frères Mascezel, Dius et Gildon lui-même.

[5] Modéran Yves. Gildon, les Maures et l’Afrique. In: Mélanges de l’École française de Rome. Antiquité, tome 101, n°2. 1989. pp. 821-872.

[6] Chr. Courtois

[7] Paul Monceaux , Histoire de l’Afrique du Nord chrétienne .

 

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