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Marche du 1er novembre contre la présidentielle et le système. Crédit photo : Zinedine Zebar

Algérie : la jeunesse en première ligne, face au système militaro-FLN

Le déni de réalité et l’entêtement de ceux qui nous servent aujourd’hui de ‘’pouvoir de fait’’ ne peut rien contre l’engagement du peuple algérien pour un renouveau national.

La jeunesse algérienne, dans sa très grande majorité, est en première ligne du combat pacifique libérateur, car elle joue son avenir, pour vivre demain libre dans son pays.

Le comportement de soudards des forces de répression, qui ne respectent aucune loi, exclut pour l’heure toute possibilité de compromis constructif. Aujourd’hui ce sont les arrestations arbitraires et la violence dans les tribunaux, demain ça serait dans les universités, les sièges de wilayas, les mairies, les écoles, les mosquées, etc.

Le système politique, militaro-FLN, issu du putsch de 1962, a fondé son pouvoir sur la force et une ‘’légitimité historique falsifiée’’ pour garder indéfiniment le pouvoir, sans partage. Il y a exclu dès le départ la jeunesse algérienne.

L’embrigadement très tôt de la jeunesse dans les rangs de la ‘’Jeunesse du Front de Libération National’’ (J-FLN), ne visait réellement qu’un seul but : engager des supplétifs   pour le renforcement de son pouvoir (1) et le contrôle de la société, avec toutes les autres organisations de masse. La majorité des anciens J-FLN étaient ensuite entrés par effraction dans le système en utilisant les relations et la cooptation, comme dans un système maffieux qui nécessitait une phase de formation et d’apprentissage des codes secrets de la secte.

Dans la stratégie légitimiste du FLN, la jeunesse est suspecte de fait et déclarée a priori illégitime, donc disqualifiée pour prétendre prendre le pouvoir dans son propre pays.

Les compétences sont souvent utilisées, par obligation, comme de simples ‘’coopérants techniques’’. Elles sont systématiquement exclues de la décision, au même titre que les étrangers engagés pendant des décennies dans des projets de développement et dans l’enseignement.

A ce jour, le système politique n’a pas changé de vision et la moyenne d’âge des instances dirigeantes parle d’elle-même. Les rares jeunes admis dans les cercles du pouvoir sont souvent des promus des clans et suivent avec beaucoup d’acharnement les mêmes règles claniques, où tous les coups sont permis, pour faire le vide et garder leur place, contre le pays !

Des faux diplômes et des carrières fantaisistes sont parfois divulguées par la presse (2)… au même titre d’ailleurs que les scandales des faux moudjahidines (faux combattants FLN) qui n’ont jamais  été abordés sérieusement à ce jour.

L’avenir… dans le rétroviseur

Pendant que dans les pays démocratiques, la formation des cadres et le renouvellement des élites constitue une priorité, le système politique algérien se pense éternel. Il s’oppose au mouvement de l’histoire et projette l’avenir dans le… rétroviseur.

Cette ‘’vision dans le rétroviseur’’ propre au système militaro-FLN a pollué presque toute la société algérienne : on confond l’histoire (la référence au passé, assumé ou non) et  les décisions et actions à prendre pour résoudre les problèmes du présent et la projection dans l’avenir.

On oublie dans tout cela une règle de base, de bon sens paysan : « ce qui a marché hier, ne peut pas forcément marcher aujourd’hui, encore moins demain ».

Après l’arrêt du processus électoral le 12 janvier 1992, suite à la domination des islamistes du FIS au premier tour des élections législatives et la démission du président Chadli le 11 janvier, le système politique était dans l’impasse.

Au lieu de renoncer au monopole du pouvoir et de s’ouvrir vers la société réelle, qui n’était pas embrigadée dans l’islamisme, pour une démocratisation attendue, le système FLN  est allé puiser dans les symboles historiques et chercher Mohamed Boudiaf au Maroc, pour jouer les prolongations.

On sait ce qu’il en est advenu lorsque celui-ci chercha à échapper à l’emprise de ceux qui l’avait ramené : ils l’ont assassiné. S’ils (‘’les décideurs’’ de l’époque) n’avaient pas continué dans ce jeu de massacre, c’était faute d’historiques disponibles au self-service. Hocine Ait Ahmed ayant refusé de jouer leur jeu…

Ce retour systématique vers le passé pour chercher des hommes d’hier afin de régler les problèmes d’aujourd’hui est symptomatique d’une vision passéiste partagée par beaucoup, un atavisme persistant de notre société.

Dans cette révolution populaire et pacifique que nous vivons depuis bientôt 9 mois, celle d’une vague de fond pour faire table rase du système politique militaro-FLN qui dure depuis 1962, nous n’arrivons pas encore à nous détacher du passé proche et lointain.

Pendant que la jeunesse du pays s’émancipe, prend les initiatives les plus inattendues pour réaliser le basculement pacifique vers une république démocratique qui ne serait pas seulement un slogan, la société des anciens lui propose de faire appel à des hommes du passé et du passif.

C’est une insulte à l’intelligence d’écouter ceux qui veulent faire appel à Taleb Ahmed Ibrahimi (4) dont la seul contribution à la révolution citoyenne est… d’arabiser le mot ‘’Hirak’’ et de le remplacer par ‘’Harak’’ (sic!), ou à Mouloud Hamrouche, des hommes du passé, ou encore à d’autres parasites de la société qui parlent de démocratie mais qui se sont rivés à leur poste de chef de parti, inamovibles depuis 30 ans. Ils ne sont pas différents du pouvoir de fait qui nous ressort comme candidats les reliques du système (3) pour une mise en scène annoncée.

C’est aussi pathétique d’entendre, parmi ceux qui manifestent et qui croient honnêtement au succès de cette révolution, proposer les noms de vieilles personnalités respectables comme Abdenour Ali Yahia ou Lakhdar Bouregâa, pour conduire la transition !

Ceci exprime un manque de confiance et de respect envers la jeunesse algérienne, comme si le critère de confiance ou de reconnaissance de la compétence était exclusivement celui d’avoir été un jour ministre, ambassadeur, wali, juge, etc. même d’un pouvoir incompétent et discrédité (5). Terrible blocage psychologique.

Pourtant, les initiateurs du sursaut historique de 1954 étaient de jeunes militants qui refusaient les querelles internes au sein du PPA-MTLD…

Il est urgent de s’enlever de la tête cette ‘’délégation de pouvoir’’ au système politique qui a usurpé la légitimité historique, ruiné le pays et qui doit disparaître à jamais.

La jeunesse le sait. Elle avance avec détermination, chaque jour, sans violence, face au système militaro-FLN. Elle le chante aussi pour se retrouver encore plus unie, avec le ton juste, liberté (6)…

Aumer U Lamara, physicien, écrivain

 Notes et liens :

(1) « Nous avons été les harkis du système politique », disait Sid Ahmed Ghozali, ancien PDG de Sonatrach et plusieurs fois ministre, premier ministre en 1991-1992, puis ambassadeur à Paris, 1992-1994.

Sid Ahmed Ghozali : «Nous avons été les harkis du système»

(2) un ex-PDG de Sonatrach, récemment exfiltré vers le Qatar ou les Emirats, s’est même inventé un titre de docteur en physique de la prestigieuse université américaine (MIT / Massachusetts Institute of Technology) !

(3) Dans cette liste des 5 candidats d’une élection problématique, rejetée par le peuple, le décor est prêt pour faire passer l’islamiste de cette liste comme président de la république, suivant la feuille de route des donneurs d’ordre qataris ou émiratis. Serait-elle la mèche recherchée pour actionner la dynamite de l’explosion du pays ?

(4) Taleb Ahmed Ibrahimi est l’auteur de l’absurdité historique des ‘’Berbères arabisés par l’islam’’, reprise récemment par Ali Benflis.

(5)  L’expression en anglais est connue et souvent utilisée par ironie, pour exprimer que quelqu’un est dépassé par les évènements  : ‘’Has Been’’ (il a été ceci, ou cela / illa zik…. / kan fi zman qdim…).

(6) La liberté c’est d’abord dans nos coeurs / Tilelli, tilelli tezdeɣ deg ulawen / Γef tilelli ur nettagad ula yiwen. (Solking & Ouled el Bahdja, Imad Moulouel).

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