Le cas des Berbères Auares (Hawāra) et Dianenses ou Zanenses (Zanāta)

Continuité de l’ethnonymie, continuité du peuplement au Maghreb de l’Antiquité à nos jours

Introduction

En remerciant l’Académie de l’honneur qu’elle me fait1 , je voudrais traiter de la continuité de l’ethnonymie et de la continuité du peuplement au Maghreb en général et dans la région des Aurès2 en particulier. Cette continuité s’étend à mes yeux du i er siècle de l’ère chrétienne jusqu’à nos jours. L’enquête de longue haleine que votre confrère M. Jehan Desanges a consacrée au territoire appelé au ve siècle par Victor de Vita « Abaritana atque Getulia provincia »3 a mis en lumière trois données importantes, à savoir :

  1. l’Abaritana/Avaritana était incluse dans la province de Numidie et constituait par conséquent une sorte de « territoire à forte spécificité » ;
  2. le territoire traditionnel en question correspond à l’actuelle région des Aurès (en Algérie), appelée parfois dans les sources arabes « Awāris », et au sein de laquelle se trouvait un vicus Abaris attesté par une inscription latine de Timgad ;
  3. la Getulia – quant à elle – s’étendait sur les plateaux steppiques entre les montagnes de l’Abaritana au sud (Aurès et ­Nememcha) et les plaines du Constantinois au nord.

Cette théorie développée depuis 1963, et progressivement améliorée par son auteur, est aujourd’hui généralement admise et – à juste titre – tenue pour une quasi-certitude par de nombreux savants, en particulier le regretté Y. Modéran4 . En 2010, ce grand spécialiste des tribus maures a publié une carte de la Numidie vandale avec une localisation approximative de l’Abaritana et de la Getulia5 .

Pour ma part, je me propose de montrer ici que l’examen croisé des sources antiques et médiévales relatives à la région des Aurès6 permet d’obtenir deux résultats qui confortent, me semble-t-il, la théorie en question. Voici mes conclusions :

  1.  Le territoire traditionnel appelé « Avaritana/Abaritana provincia » au ve siècle par Quodvultdeus de Carthage dans son Liber promissionum (III, 45) est devenu au Moyen Âge « bilād Haouara7 » : pays des Haouara (des Aurès), notamment chez Ibn Khaldun dans Kitab al- Ibar (ou Livre des Exemples).
  2. L’entité appelée « Abaritana atque Getulia provincia » par Victor de Vita (Historia persecutionis provinciae Africae I, 13) se présente comme une principauté tribale dirigée, depuis l’époque byzantine au plus tard, par deux confédérations majeures, les Avares (Haouara) et les Dianenses ou Zanenses (Zanāta).

I. Proximité linguistique et géographique entre les deux toponymes d’époques différentes : Avaritana provincia et Bilad Haouara

Du point de vue linguistique, la même racine libyque *AVAR se retrouve dans l’adjectif ethnique Avaritana et le toponyme Avaris attestés par les sources latines, et dans l’ethnonyme Haouara attesté par de nombreuses sources arabes8 . Et comme on le sait, l’adjonction de l’articulation aspirée *H, mais avec la valeur d’un esprit doux, dans un nom comme c’est le cas ici pour Haouara, est un fait qui semble banal au Maghreb : ainsi, on invoquera le toponyme antique Adrumetum/Hadrumetum (en latin) et l’ethnonyme médiéval Intata/ Hintata (en arabe).

En outre, le terme arabe « bilād » qu’on peut traduire par « pays, canton » désigne un territoire à forte spécificité, en l’occurrence ici un territoire tribal. C’est pourquoi, il me semble que le terme « provincia » dans le toponyme « Avaritana provincia » est, très probablement, l’équivalent exact du terme « bilād » dans le toponyme « bilād Haouara » et désignerait une principauté tribale.

Retenons, toutefois, que si l’on connaît en Gétulie de Numidie un canton appelé Avaritana provincia ou Avaris, l’ethnonyme *Avares que je propose de restituer n’est pas attesté jusqu’ici par les sources antiques. L’hypothèse de travail que j’envisage repose sur l’idée suivante : quand on sait que pour un territoire tribal voisin des Aurès, les sources antiques donnent Arzuges, Arzugis, Arzugitana9 , ne peut-on pas restituer *Avares en tant qu’ethnonyme sur lequel seraient construits Avaris et Avaritana qui sont bien attestés ?

Plusieurs indices peuvent être invoqués à l’appui d’une telle hypothèse :

  1. À la proximité linguistique entre les deux toponymes d’époques différentes (Avaritana provincia et bilād Haouara) s’ajoute une proximité géographique significative attestée par les sources médiévales, notamment l’historien Ibn Khaldun. Ce dernier, qui écrivait au xive siècle, indique en effet que le domaine des Haouara de l’Aurès « s’étendait depuis Marmajenna (l’actuelle vallée du Sarrath en Tunisie)10 jusqu’au Jabel Aouras11 ».
    Cette donnée topographique qui enrichit l’apport des sources latines permet d’établir une carte relativement précise de la région historique qui nous occupe (fig. 1).
  2. Les sources médiévales, notamment chiites mises à contribution par un excellent historien, l’Algérien Aderrahman Khelifa attestent la présence des Berbères Haouara dans la région des Aurès bien avant l’arrivée des Arabes au viie siècle12. On citera ici un auteur du ixe siècle, le géographe al-Yaqubi qui connaissait bien la région pour l’avoir visitée. À propos de la ville appelée à l’époque antique Bagai, il écrit ceci : « La banlieue de la ville de Baghaia est habitée par des Berbères Haouara dans une importante chaine de montagnes, l’Aouras13. » Et cette information est confirmée par les auteurs chiites du xe siècle qui désignent les Haouara et les Banu Kamlan comme étant les habitants du « Jabel Aouras14 ». Tout semble donc indiquer que la montagne des Haouara est identifiable avec l’actuel mont Aouras qui s’étend au sud de Timgad, Khenchela et Baghai15 ; là où se trouvait précisément le vicus Abaris attesté par une inscription de Timgad16.
  3. L’équivalence Aouara = Haouara est semble-t-il attestée par la toponymie de l’Aurès à travers le nom de « Ain Aouara », source située dans le secteur de Bahloul17
  4. Nous disposons d’une clé de lecture pour l’ethnonymie berbère du Maghreb, en l’occurrence la série bien documentée (par des inscriptions libyques et puniques et par des sources gréco-latines et arabes) des noms construits sur la racine libyco-berbère MKR/ MGR (étymologiquement « grand, chef »)18. En effet, Ibn Khaldun mentionne parmi les tribus Masmouda, les « Beni Magher » qui habitaient une montagne non loin de la ville d’Asfi19 et laisse entendre ailleurs que dans toute confédération berbère, il y a un segment Magher20.

Se fondant sur cette indication, on pourrait estimer qu’un ethnonyme construit sur la racine MGR (comme Magher, Majer, Magoura Majoura, Maghrāwa) désignerait, en toute logique, un segment tribal dirigeant au sein d’une confédération berbère. Or justement, la carte toponymique et ethnonymique de la région des Aurès (fig. 1) permet d’identifier deux confédérations tribales : d’une part, les Avares (Haouara) dont les Vamacures (Magoura/Majour) seraient le segment Magher (ou dirigeant) et d’autre part, les Dianenses ou Zanenses (Zanāta) parmi lesquels les Macrenses ou Magarenses (Maghrāwa) joueraient le même rôle de segment dominant.

II. Identification et localisation des Avares (Haouara)

On commencera par la plus importante des tribus de l’Avaritana :

A. Les Vamacures ou Maiores (Magoura ou Majour) attestés essentiellement dans les monts Nememcha et la région de Timgad

Les Vamacures sont qualifiés par Pline l’Ancien de « natio21 » (peuple formé de plusieurs tribus). J. Desanges qui les tient hypothétiquement pour l’une des six nationes gétules, placées au i er siècle de notre ère en Numidie sous l’autorité d’un préfet romain22, suggère de les localiser dans la région de Timgad où coule un Vamaccura flumen, non loin probablement d’un évêché appelé Bamaccora23.

Si l’on ajoute les données de la toponymie antique et moderne de la région des Nememcha, on peut établir une carte montrant l’aire de localisation de ce peuple gétule dont l’ethnonyme Vamacures est à rapprocher, à mon sens, de Makkourae chez Ptolémée, tribu localisable de manière approximative au voisinage de l’Ouarsenis24 (voir fig. 2). Ce nom est construit en effet sur l’élément MGR comme était enclin à le penser le savant berbérisant L. Galand25.

Ce rapprochement entre le nom Makkourae transcrit par Ptolémée et celui de Vamacures cité par Pline (= Bamaccures des listes épiscopales) est linguistiquement envisageable puisque ce dernier est composé d’une part, de l’élément (*Va)/(*Ba), équivalent du (*Au) qui signifie en berbère « fils de » et en arabe « banu » et, d’autre part du nom Macures/Makkourae.

Pour toutes ces raisons, je n’ai pas d’hésitation à rapprocher cet ethnonyme du toponyme antique Magoura mentionné par Ptolémée26 et de l’ethnonyme Magoura/Majoura bien attesté aujourd’hui dans les quatre pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie et Libye)27.

Dans la région aurasienne, on a plusieurs occurrences de ce nom sous la forme d’un toponyme comme par exemple « Magoura », lieu-dit situé non loin de Borj Magra, l’antique Macri28 tandis que certains de ses dérivés apparaissent dans les Nememcha (oued Madjeur/Madjour29, Bir Madjour30, Djebel Madjour31). C’est pourquoi, le nom Magoura ou Majoura des sources arabes représente à mes yeux l’équivalent de l’ethnonyme antique Vamacures ou Makkhourae.

De cette équivalence, on a la preuve dans l’attestation par l’épigraphie du nom Maiores (à la fois toponyme et ethnonyme) : sachant que J est phonétiquement l’équivalent de i, comme dans Iubaltiana en Byzacène (toponyme construit sur le nom Juba), et comme pour l’équivalence Djanenses = Dianenses retenue par J. Gascou, il me semble envisageable de retenir l’équivalence (Va) macures = Magures = Madjures = Maiores. Pour moi, ces noms correspondent aux diverses adaptations d’un même nom d’origine libyque (en latin d’abord et en arabe ensuite). En outre, le voisinage géographique entre la ville antique d’Ad Maiores et le Djebel Madjour me paraît significatif, car il s’ajoute à la proximité linguistique et phonétique entre les noms qui nous occupent ici. La carte de diffusion des toponymes construits sur le nom Maiores donne une aire géographique qui s’étend essentiellement dans les ­Nememcha32, entre Tebessa et le territoire des Musulames à l’est, Timgad à l’ouest et Ad Maiores au sud : s’y trouvent notamment l’évêché de Bamaccora33 et les localités domaniales propriétés de l’empereur appelées Leges Maiores34, Nigrenses Maiores35 et Maiores36.

Sur cette base toponymique assurée, on est conduit à admettre l’hypothèse suggérée en 2012 par un excellent connaisseur de l’Aurès, M. Pierre Morizot37, qui reprend une vieille hypothèse d’Alfred Pellegrin selon laquelle le nom Maiores est perçu comme étant celui d’une tribu dont Leges et Nigrenses seraient les fractions tribales38. Cette idée trouve confirmation, à mon sens, dans l’attestation épigraphique en Afrique des noms Maiorinus (CIL VIII, 24590), Maioriana (CIL VIII, 2130), Maioricus/a (CIL VIII, 13769, 23053a, 17174…). Il apparaît ainsi que l’ethnonyme Vamacures (= Magures/Maiores) comportant la racine libyque MGR, répandu en pleine région montagneuse de l’Avaritana, est assurément identifiable avec le nom des Magher haouarides mentionné par Ibn Khaldun39. Mieux encore, le grand historien maghrébin du xive siècle nous fournit une indication qui désigne justement l’Aurès oriental où se trouve le Djebel Aouras comme pays d’origine de deux importantes branches de la confédération des « Magher » haouarides.

B. Les Mallulenses (Malloul ou Malila), branche des Gemellae (Kamlan ou Gumlan) : localisables dans l’Aurès oriental

Dans la généalogie des Haouara, Ibn Khaldun indique que l’une des branches du peuple des Magher s’appelle Banu Kamlan ou plutôt Banu Gumlan (comme établi dans Kitab al-Ibar, éd. cit. [n. 11], p. 307), avant de préciser que cette branche haouaride compte parmi ses segments une tribu appelée Malila40. Il s’agit là d’une indication particulièrement précieuse pour notre enquête, car il suffit de consulter la vieille « Étude sur la toponymie de l’Aurès » publiée par G. Mercier à la fin du xixe siècle pour savoir que les Banu Malîla sont localisables dans le Djebel Chechar41, non loin du Djebel Aouras situé au sud de Timgad et Khenchela.

Identification des Mallulenses (Banu Malloul ou Malila)

À propos de cette communauté, G. Mercier cite une tribu du Djebel Chechar appelée Beni Imloul ou « imellulen »42. Selon lui, cet ethnonyme construit sur la racine berbère MLL fut adapté par les Arabes sous la forme Malila et, auparavant par les Romains sous la forme Mallul(es) qu’on peut déduire de Thamallula, le nom d’une ville antique du Hodna43 et siège d’un évêché chrétien (fig. 3)44. Par ailleurs une localité de la région aurasienne s’appelle dans les sources arabes « Dar Malloul »45 et se situe sur l’ancienne voie romaine qui, de Baghaiya (l’antique Bagai), se dirige vers l’ouest du Zab et son chef-lieu Tobna (l’antique Tubunae)46. Cette localité se trouve au sud-ouest de Lambèse47, à une étape de Doufana48. Celleci est une localité qui s’élevait sur un site archéologique antique, celui de Henchir Doufana49 et son nom correspond à celui d’une tribu hawaride50.

Quant à la tribu des Gumlan (ou Kamlan) dont Malila était un segment, elle parait identifiable – elle aussi – avec une tribu antique de l’Aurès oriental, à savoir celle des Gemellae ou Gemellenses.

Identification des Gemellae ou Gemellenses (Gumlan ou Kamlan)

La racine berbère GML/KML justifie le rapprochement envisagé ici, et l’équivalence Gumlan (Kamlan) = Gemellae s’explique, à mon avis, par la proximité linguistique et phonétique et par de nombreux exemples parallèles connus dans l’ethnonymie maghrébine, en particulier Laguatan/Levathai51 (= Levathae) chez Procope52 et d’autres exemples parallèles documentés par les sources antiques comme (Vadaran/Vadara) et (Vzappan/Vzappa)53

De fait, deux localités antiques de la région des Aurès qui sont aussi des sièges d’évêchés chrétiens, s’appellent l’une Gemellae sur le limes de Numidie54, l’autre Gemellas non loin de Sitifis et Thamallula55. Une troisième localité homonyme, vicus Gemelli se situe hypothétiquement entre Thelepte et Capsa, non loin du Djebel Majoura, un peu plus à l’est en Tunisie56.

De même l’onomastique de l’Aurès profond (attestée dans la vallée de l’oued Ghechtane au lieu-dit Timchatt, au pied de Tizi Aman Amellal) nous fait connaître une Pomponia Gemellina qui a élevé un tombeau à son beau-père. Celui-ci était un vétéran d’origine vraisemblablement espagnole (C. Iulius Hispanus) qui « ayant pris sa retraite de décurion de l’aile des Pannoniens, corps de la garnison de Numidie, s’est établi dans l’Aurès, et y a fait souche. Son fils qui s’y était marié à son tour, a dû disparaître avant son père, mort lui-même à 90 ans57 ». Plusieurs porteurs du nom Gemellus/a ou son dérivé (Gemellinus/a) sont attestés par des inscriptions latines dont certains en Afrique à haute époque romaine sont des pérégrins58, ce qui me paraît suffisant pour montrer l’origine africaine de ces anthroponymes.

Rappelons aussi qu’une inscription latine de 195 ap. J.-C., trouvée sur un site archéologique du Djebel Chechar (la Zaouia des Beni Barbar), mentionne C. Servilius Macedo, décurion du municipium Gemel(lense ?) qui consacre une statue à l’occasion de son élection par le peuple au flaminat perpétuel59. Et si l’on admet la localisation de la tribu des Gumlan (ou Kamlan) haourides dans cette montagne du Chechar, il n’y aurait plus de raison de douter qu’un municipe de ce nom ait pu exister chez les Gemellenses de l’Aurès oriental. Il en découlerait aussi que le site archéologique en question, la « Zaouia des Beni Barbar » devient identifiable avec le municipe Gemel attesté par l’épigraphie, soit une donnée historique importante qui viendrait conforter une lecture de P. Morizot qui jusqu’ici ne faisait pas l’unanimité60. On ajoutera enfin que les sources médiévales relatives à l’insurrection Kharejite61, récemment étudiées par A. Bouzid et A. Khelifa, attestent le rôle majeur joué par les Banu Kamlan (ou Gumlan) de l’Aurès dans les révoltes berbères contre les gouverneurs arabes de Kairouan, contre les émirs aghlabides62 et dans l’insurrection sanglante fomentée au milieu du xe siècle contre le pouvoir fatimide par Abu Yazid Makhlad b. Kaydad al-Yefrini, surnommé « l’homme à l’âne63 ».

Par ailleurs, d’autres fractions de la confédération des Avares (Haouara) vivaient plus à l’est des monts Nememcha, dans l’antique domaine des tribus Musulames. La mieux documentée de ces tribus est celle des Bullenses (Boll).

C. Identification et localisation des Bullenses (Boll)

Dans une étude présentée devant votre Académie et publiée dans les Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1999, sous le titre « De saint Augustin à Al-Bakri : sur la localisation de l’ager Bullensis dans l’Africa latino-chrétienne et de “fahs Boll” en Ifriqiya arabo-musulmane », j’ai proposé l’identification du campus Bullensis (fahs Boll au Moyen Âge) avec l’actuelle plaine de Bou Ghanem (en Tunisie). Cette plaine s’étend précisément au pied de Kalaat Senane où s’élevait une ville antique que j’ai proposé d’identifier avec Bulla Mensa de Ptolémée, en me fondant sur une inscription latine et un passage d’al-Bakri64.

Désormais, la présente enquête sur la région des Aurès me donne le plaisir d’apprendre grâce aux sources arabes qu’une tribu de la confédération des Haouara s’appelait « Boll65 » ; ce qui me paraît suffisant pour prouver définitivement la localisation de Bulla Mensa et du campus Bullensis dans la basse vallée du Sarrath où les sources médiévales de la première heure situent, au confluent de l’oued Sarrath et de l’oued Mellègue, une ville appelée Marmadjenna66. En outre, la haute vallée de l’oued Sarrath est appelée dans les sources médiévales « fahs Marmajenna » (plaine de Marmadjenna), un toponyme correspondant à l’ethnonyme Marmazian mentionné par al-Yaqubi comme étant le nom d’une tribu haouaride67

Sur la base de ces résultats assurés, on comprend mieux l’extension de l’ethnonyme *(Haouara) à l’ensemble de l’actuelle région aurasienne (ou pays des pasteurs Chaouia). Les *Avares (Haouara) qui habitaient le Djebel Chechar et l’Aurès oriental où se trouve le Djebel Aouras (identifiable à mon avis avec l’Aurasion oros) auraient ainsi donné leur nom à cette montagne (à moins qu’il ne s’agisse du contraire).

En suivant la même démarche, je passe maintenant à la deuxième grande confédération tribale de la région historique qui nous occupe.

III. Identification et localisation des Dianenses ou Zanenses (Zanāta)

J’évoquerai en premier lieu deux localités antiques situées en Gétulie de Numidie.

Diana veteranorum68 et Kastellum Dianense69

Le nom de la ville de Numidie, Diana70 (ou Zana), a persisté à travers les toponymes et oronymes modernes comme Ain Zāna, Djebel Zāna et Oued Zāna71.

Dans une étude publiée en 1964 sous le titre « Les territoires gétules de Juba II »72, J. Desanges a proposé à juste raison d’identifier la ville de Zana mentionnée par le géographe Ptolémée – dont les sources remontent, au plus tard, au règne de Trajan – avec Diana veteranorum (Ain Zāna) non loin de Timgad et de Lambèse, localité dont on sait qu’elle fut d’abord un vicus de vétérans fondé par la IIIe légion Auguste vers la fin du i er siècle de notre ère, avant de devenir municipe sous Trajan73.

Cette identification a été admise notamment par l’historien J. ­Gascou en 1984 qui a souligné l’équivalence linguistique et phonétique Zana = Diana en écrivant ceci74 :

« La forme Zana s’explique très bien par une tendance du latin vulgaire qui se rencontre tout particulièrement en Afrique bien qu’on en trouve des exemples ailleurs : le groupe formé par l’occlusive dentale D et de la semivoyelle J tend vers le son [dz] que transcrit la lettre Z ou plus rarement les lettres dz. »

Plusieurs siècles auparavant Ibn Khaldun (dans Kitab al-Ibar) avait traité de la même équivalence Djāna = Zana, à propos de l’ethnonyme Zanāta, en écrivant (je cite dans la vieille traduction du baron De Slane) :

« Il faut savoir que Zanata dérive de Djana, nom propre qui désigne l’ancêtre de cette tribu, savoir Djana fils de Yahia, le même qui figure dans leur généalogie. Or quand ce peuple veut convertir un nom propre en nom générique, ils lui ajoutent un “t” à la fin ; de cette manière, ils ont formé Djanat ; et pour donner à ce nom qui est au singulier toute la compréhension dont il est susceptible, ils y ajoutent un “n” (signe du pluriel berbère), de sorte qu’il devient Djanaten. Le “dj” de ce mot ne se prononce pas à la manière arabe ; il représente un son qui tient le milieu entre “dj” et “ch” et auquel l’oreille aperçoit une espèce de sifflement. Les Arabes ont remplacé ce son par celui de “z”, à cause de l’analogie qui existe entre l’articulation du “z” et celle du “ch”; ainsi de Djanat ils ont fait Zanat. Sous cette forme, il s’agit d’un nom collectif. Pour en faire un nom patronymique, on y ajoutait la voyelle “a”. Par la suite, comme ce mot est d’un usage fréquent, on a supprimé le “a” long qui suit le “z” afin d’en alléger la prononciation75. »

Cette démonstration linguistique et phonétique développée par Ibn Khaldun au sujet du nom des Zanāta permet, me semble-t-il, de considérer que l’ethnonyme berbère Iznaten et ses transpositions arabes (Banu Djāna/Banu Zāna, Zanāta) sont identifiables dans les sources antiques avec l’adaptation Dianenses/Odianenses76 (= Zanenses/Auzanenses) en latin classique ou encore avec Ausanenses (= Auzanenses) en latin tardif et populaire. Vers 484, on connaît en effet une acclesia Ausanensis en Proconsulaire77, identifiable avec la médiévale Zāna située par al-Bakri sur la voie reliant Bûna à Kairouan78 ; l’autre supposée « Zāna » donnée par ce même géographe comme étant proche de Béja79 (l’antique Vaga) s’appelait très probablement Zāga comme l’a montré un excellent spécialiste des sources médiévales, Ahmed al-Bahi80. Il existait en outre sous le Haut-Empire romain, à une vingtaine de kilomètres au sud de Sitifis, une seconde localité des Dianenses, en l’occurrence Kastellum Dianense (l’actuel Guellel) qui avait le statut de domaine impérial81.

Enfin, les cartes topographiques attestent la continuité toponymique et ethnonymique dans le même secteur de la Numidie (non loin d’Ain Zana, on lit Djebel Zana et oued Zana)82, et dans le Chelia (montagne la plus élevée de l’Aurès et de toute l’Algérie) où l’historien et géographe latiniste E. Masqueray a noté la présence d’une communauté appelée Oudjana83, un ethnonyme berbère dont l’adaptation arabe est Ouled Zāna ou Zanāta. On pourrait d’ailleurs voir dans ce nom l’origine de la transcription Odiana attestée par la Table de Peutinger (IV, 3).

Tout semble indiquer que le pays des Dianenses ou Zanenses s’étendait à l’origine en Numidie et en bordure du pays du Hodhna situé en Maurétanie Sitifienne84. Et cette localisation trouve confirmation dans l’identification par les sources antiques des noms de plusieurs tribus zénètes recensées par les sources médiévales85. On se bornera ici à citer la très importante branche des Maghrāwa.

Identification et localisation des Macrenses ou Magarenses86 (Maghrāwa)

Dans la notice exhaustive consacrée aux Maghrāwa, T. Lewicki souligne l’ancienneté de cette branche des Zanāta qui constituait elle-même, bien avant l’Islam, une importante confédération tribale. Et au sujet de son berceau antique, il cite l’historien andalou du xie siècle, Ibn Abd al-Barr, qui place le pays d’origine des Maghrāwa, je cite, « sur la frontière de l’Ifrikiya, du côté du Maghrib87 ». Cette information est confirmée par Ibn Khaldun qui note que la famille princière des Maghrāwa du Moyen Âge celle des Banu Khazar, était originaire du Zāb, pays de Toubna et Msila88. Or, c’est précisément entre ces deux villes que s’élevait Macri (Borj Magra)89, localité mentionnée par Julius Honorius au ive siècle (Macri oppidum)90 et évêché chrétien de Maurétanie Sitifienne91 où existait un autre évêché dont les fidèles constituaient la plebs Macrianensis92

reconnu dans une monnaie aghlabide de la première heure le toponyme Maghra (avec l’articulation */gh/ grasseyé)93. Or, selon Ibn Khaldun, l’ethnique Maghrāwi et l’ethnonyme Maghrāwa sont construits sur Maghrao, le nom de l’ancêtre éponyme de cette tribu. Et dans les Tablettes Albertini d’époque vandale, on trouve l’anthroponyme Magariu/Magario94. Notons aussi que dans la littérature médiévale, on a la leçon Maqarra, au lieu de Maghra, et l’ethnique Maqarri au lieu de Maghri95 car le son */G/ n’existe pas en arabe classique.

Mais c’est la carte topographique de Barika qui fournit la preuve de la continuité du peuplement Maghrāwa dans cette région du Hodna, appelée « pays de Zabè » à l’époque byzantine et « bilād al-Zāb » à l’époque médiévale96. On y lit en effet, non loin de Borj Magra, les toponymes et hydronyme actuels de « Dj. Magraoua, oued Maghraoua, Chebka Magraoua97 »

Conclusion

Au terme de cette enquête, je retiendrai une conclusion en huit points :

  1. En ce qui concerne la continuité de l’ethnonymie, plusieurs résultats sont obtenus, à commencer par le nom antique des Berbères Haouara. Désormais, l’équivalence linguistique et géographique Avaritana provincia = Bilad Haouara de l’Aurès (région des Aurès correspondant au pays des Chaouia berbérophones), est confirmée par l’identification et la localisation de plusieurs tribus haouarides, à savoir :

    – Gemellae (Gumlan ou Kamlan) et Mallulenses (Malila, ­Malloul) dans l’Aurès oriental (Dj. Chechar et Dj. Aouras) ;
    – Vamaccures/Maiores (Magoura, Madjour) dans les Nememcha et la région de Timgad ;
    – Bullenses (Boll) dans le campus Bullensis qui s’étend dans la Basse vallée du Sarrath, appelée au Moyen Âge « plaine de Marmadjenna », toponyme construit sur le nom de la tribu haouaride Marmazian.

    Au total, ces identifications ethnonymiques (une dizaine de noms entre *Avares et Zanenses) sont illustrées aussi par la continuité attestée actuellement en Algérie et dans les autres pays du Maghreb, à travers les patronymes Haouari, Gamāli, Jamāli, Magouri, Majouri, Mallouli, Zanati, Maghrawi. Par contre, certaines communautés tribales de moindre importance comme les « Boll » et les « ­Marmadjenna » ont dû être assimilées par des tribus plus puissantes (comme par exemple, aux époques médiévale et moderne, celle des Hanencha98) et leurs noms ont disparu.La proximité entre le toponyme Avaritana provincia et l’oronyme Aurasion oros, admise par le berbérisant S. Chaker, est désormais documentée par des sources à la fois antiques et post-antiques. De même, la restitution du nom des *Avares (= Haouara de l’Aurès) est mieux fondée à la lumière de la présente enquête. On pourrait en outre verser au dossier de cet ethnonyme le nom Aor mentionné par Corippe99 au vie siècle à propos d’une bataille qui eut lieu en ­Tripolitaine. Et ce dernier nom pourrait être rapproché – désormais phonétiquement et géographiquement – de celui de la station d’Auru100 que l’Itinéraire d’Antonin situe à 30 milles de Thentheos, en direction de Lepcis Magna ; soit une localisation au cœur du territoire des Haouara de Tripolitaine.

    Aujourd’hui, nous savons que l’adjectif ethnique Avaritana n’est pas tiré de l’oronyme Aurès, mais du toponyme Avaris construit sur l’ethnique *Avares/Aor/Auru (devenu probablement Warroū chez al-Bakri)101. Par conséquent, la réserve formulée à ce sujet sur la base d’arguments linguistiques par Francesco Vattioni102 ne tient plus. Toutefois, il existe bien une proximité phonétique entre le toponyme Aurès et l’adjectif ethnique Avaritana, comme l’a bien vu J. Desanges103.

  2. En ce qui concerne la continuité du peuplement, le principal résultat de notre enquête est assurément la découverte de cette principauté tribale dirigée par les *Avares (Haouara) et les Dianenses ou Zanenses (Zanata), soit deux confédérations associées dans un même territoire104 (de montagnes et de steppes) et alliées de manière durable en raison de leur mode de vie (à la fois semi-nomade et sédentaire) et du caractère hautement stratégique de leur situation géographique (aux confins du désert et du limes romain, de l’Ifrîqiya et du Maghreb central). Et c’est ainsi que je propose de mieux comprendre la valeur de atque dans l’expression de Victor de Vita105 : « Abaritana atque Getulia provincia ».

    On rappellera par ailleurs que l’Aurès oriental a été aussi le domaine des Babari, une communauté antique organisée en évêché chrétien (le siège d’un episcopus Babrensis attesté en 484 est identifiable avec le site archéologique de Babar106, entre Khenchela et la Zaouia des Beni Barbar)107. Mentionnée encore au xviie siècle dans le plus ancien document d’archives conservé en Tunisie (une attestation d’authentification d’allégeance vis-à-vis du Bey de Tunis signée en 1626 par des notables du Bilad Argou), cette communauté berbère des Beni Babar/Beni Barbar tenait alors le haut du pavé dans la région orientale de Bilad Haouara (notamment autour de Madaure)108.

  3. L’extension au Moyen Âge des ethnonymes Haouara et Zanāta à l’échelle du Maghreb a donné naissance, notamment, à deux autres territoires communs à cette confédérations tribale : le premier, appelé « Bilad Zanāta » au temps d’Ibn Khaldun, s’étend au Maghreb central (en englobant l’Ouarsenis, la région de Tlemcen et la Basse vallée du Chelif)109 ; le second territoire, appelé « Ardh Haouara » par les sources arabes, se trouve en Tripolitaine110. La diffusion remarquable des ethnonymes étudiés ici (Zanāta et Haouara) explique sans doute le déclin, voire la disparition d’un ethnonyme antique de première importance, celui de Gaetuli (Gétules)111.
  4.  Les Avares (Haouara) de l’Aurès et les Dianenses/Zanenses (Zanāta) du Hodna – comme leurs voisins Vsinazi (Sanhadja) du Djebel Titteri112 – ne sont pas des « Néoberbères » et des chameliers venus de l’est comme on a pu le penser113, mais des autochtones qui vivaient à l’intérieur du limes romain comme l’a bien vu Ibn Khaldun114 ; c’est ainsi qu’ils subirent la conquête romaine (tribus cantonnées et terres tribales transformées en ager publicus, colonisation au profit des vétérans de l’armée, prédominance des latifundia propriétés de l’empereur ou de sénateurs romains, notamment chez les Dianenses/Zanenses et les Vamacures/Maiores)115 ; ils connurent ensuite les effets de la romanisation sous le Haut-Empire (sédentarisation, romanisation culturelle et juridique, municipalisation qu’on peut observer dans l’évolution de plusieurs cités, notamment Diana veteranorum, Ad Maiores et municipium Gemellense). Sous le BasEmpire et à l’époque vandale et byzantine, ces Gétules adoptèrent le christianisme (plusieurs évêchés) et participèrent activement à la vie de l’Église d’Afrique, notamment en faisant de leur pays le bastion du schisme donatiste (Donat lui-même, le fameux évêque de Timgad, est originaire de la provincia Avaritana puisqu’il est né à casae Nigrae, localité située entre Theveste et Ad Maiores)116
  5.  L’on sait toutefois que dans l’est de la région aurasienne, l’épigraphie latine montre la continuité au iiie siècle de l’organisation tribale chez les Musulamii et les Musunii Regiani117. Pas plus que dans la Maurétanie voisine, au nord et à l’ouest du Hodna118, les progrès de la municipalisation sous le Haut-Empire n’ont fait disparaître dans le pays de l’Aurès les structures tribales aux derniers siècles de l’Antiquité. Selon Y. Modéran, l’épitaphe d’un certain Gerrasusu, vétéran et praefectus gentis, « trouvée au cœur de l’Aurès, sur le méridien de Timgad » attesterait le maintien du phénomène tribal dans le massif après le Haut-Empire et avant l’invasion vandale119.
  6. Si la plupart des commentateurs admettent que le massif de l’Aurès est bien passé sous la domination des Maures à l’époque vandale120, la présente enquête sur le peuplement de cette région ne laisse pas de doute sur le rôle essentiel joué par les anciennes tribus Gétules (ou « Maures autochtones ») dans le processus d’ethnogenèse qui a fait émerger les royaumes berbères mentionnés par les sources médiévales en rapport avec la conquête arabe de l’Africa/Ifrîqiya. L’émergence des Avares (Haouara) et des Zanenses (Zanāta) en tant que confédérations tribales doit remonter à l’époque vandale pour les premiers (la provincia Avaritana étant attestée par Victor de Vita) et à l’époque byzantine tardive pour les seconds qui sont inconnus de Procope et de Corippe. Dans ce pays anciennement romanisé et christianisé de l’Abaritana atque Getulia provincia, une telle évolution a pu concerner des populations diverses121 ; populations soumises depuis l’époque vandale à des souverains maures dont on peut citer Mastias (vers 484-500) qui se disait « dux et imperator » des Maures et des Romains122 et Iaudas (vers 530-550) qui a dû lui succéder123. Ortaias, un contemporain de ce dernier, a pu étendre son royaume sur le Hodna et la partie occidentale de l’Aurès124. La principauté dirigée vers la fin du viie siècle par la Kahena125 (issue de la tribu zénète des Jaraoua et qualifiée de reine de l’Aurès), pourrait s’expliquer par un processus d’ethnogenèse semblable à celui décrit par le regretté Y. Modéran126 ; processus dont serait issue la « confédération absorbante » des Berbères Haouara et Zanata. Cette confédération tribale a pu évoluer sans doute pour devenir « un royaume unificateur »127 au plus tard sous le règne de Kusayla128.

  7. Les Gétules du Hodna romanisés et christianisés (ou « Maures autochtones »), organisés en confédération zénète au plus tard sous les Byzantins129, devenus à l’époque médiévale les Berbères « Botr » les plus en vue, il s’ensuit que la théorie qui tend à expliquer la bipartition des Berbères en « Branès » (= Maures de l’intérieur du limes) et « Botr » (= Maures de l’extérieur) ne tient plus ; et en la matière, le problème qui se pose à la recherche reste entier.
    Fig. 5. - Taberdga
    Fig. 5. – Taberdga
  8. Le Djebel Chechar, pays des Gemellae (Beni Gumlan ou Kamlan), a vu naître la seule cité attestée dans l’Aurès en l’occurrence le Municipium Gemel (sans doute municipe de droit latin), identifiable avec le champ de ruines où s’élève la Zaouia des Beni Barbar. Ce massif montagneux semble avoir joué le rôle de centre politico-militaire à toutes les époques, sans doute grâce à ses citadelles (Kalaat) réputées imprenables (Taberdga [fig. 5], Countro et Tizougrarine). Selon une hypothèse convaincante de Ph. Leveau, c’est ce massif du Chechar qui s’étend à l’est de l’oued el-Arab, en gros entre Khenchela au nord et Badès au sud (fig. 4) qui a servi de refuge au roi Iaudas lors de l’expédition décisive menée contre lui par le général byzantin Solomon130. C’est là aussi que trouva refuge au xviie siècle (sur le piton de Tizougrarine) un cheikh de la tribu maraboutique des Chabbiya, avant de fonder la zaouia de l’oued Bedger connue sous le nom de Zaouia des Beni Barbar131.

Ahmed M’Charek

Notes : 

1. J’ai le plaisir de remercier ici MM. J. Desanges, membre de l’Académie, et A. Beschaouch, associé étranger de l’Académie, de leur patronage bienveillant.
2. Sur l’Aurès, voir : J. L. Ballais, M. C. Chemla, P. Morizot et alii, dans Encyclopédie Berbère 7, 1989, p. 1066-1095. Voir aussi dans Encyclopédie Berbère 8, 1990, p. 1097-1169 (notamment la notice substantielle de Ph. Leveau, p. 1097-1013, « L’Aurès dans l’Antiquité ») ; à compléter par les études publiées dans la revue Aouras (dans Aouras 7, 2012 : bibliographie de P. Morizot). En rapport avec la présente enquête, voir en particulier : A. Khelifa, « Les Aurès au moment de la conquête musulmane », Aouras 3, 2006, p. 207-227 ; Id., « L’Aurès et l’épopée fatimide », Aouras 5, 2009, p. 365-385.
3. J. Desanges, « Un témoignage peu connu de Procope sur la Numidie vandale et byzantine », Byzantion 33, 1963, p. 47 ; Id., « Le vicus Abaris et l’Abaritana provincia », Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, n. s., 1982 (1988), p. 87-94 ; Id. « Abaritana ou Avaritana », Encyclopédie Berbère 1, 1984, p. 57-59 ; Id., « Une mention des Avaritani chez Arnobe », dans L’Afrique, la Gaule, la religion à l’époque romaine. Mélanges à la mémoire de Marcel Le Glay, Y. Le Bohec éd., Bruxelles, Latomus, 1994, p. 95-99.
4. Y. Modéran, « Les frontières mouvantes du royaume vandale », dans Frontières et limites géographiques de l’Afrique du nord antique. Hommage à P. Salama, C. Lepelley et X. Dupuis éd., Publications de la Sorbonne, 1999, p. 245 où on lit : « Courtois, sans arguments solides, proposait de localiser l’Abaritana en Tripolitaine occidentale, et le Getulia dans la “Byzacène du sud”. Les travaux de J. Desanges ont rendu caduques ces interprétations. Comme ce savant l’a montré par une série d’articles sans cesse enrichie depuis 1963, l’Abaritana correspond très vraisemblablement au massif aurasien, donc à une subdivision de la Numidie. Il en va de même de la Getulia, souvent évoquée par saint Augustin, qui désignait l’ensemble des plaines et des plateaux situés immédiatement au nord de l’Aurès et des Nememcha. » Id., Les Maures et l’Afrique romaine (iv e -vii e siècle), Rome, École française de Rome, 2003, p. 356, n. 183 où en donnant toute la bibliographie, ce savant écrit ceci : « L’identification de l’Avaritana provincia avec l’Aurès fut établie dès 1963 par J. Desanges… Il n’a cessé depuis de la vérifier et de l’enrichir. » Voir aussi Id., ibid., où on lit à propos de l’Avaritana, p. 356 : « J. Desanges a établi de manière convaincante que la région désignée ainsi ne pouvait être que l’Aurès » et p. 515 : « L’Avaritana provincia, comme l’a plusieurs fois montré J. Desanges, et malgré les doutes de F. Vattioni, est très probablement l’Aurès. »
5. Voir « L’Afrique vandale et byzantine (Ire partie) », Antiquité Tardive 10, 2002, p. 89.
6. Rappelons que l’actuelle région des Aurès englobe les Wilaya de Biskra, Batna, Khenchela et Tebessa. C’est cette même région qui est ciblée par l’Association Aouras dans ses enquêtes historiques et archéologiques (cf. la revue Aouras). Pour la clarté de l’exposé, on distinguera entre cette « région des Aurès » et « l’Aurès » au singulier (massif montagneux souvent décomposé par les commentateurs en Aurès oriental et Aurès occidental). Dans l’Aurès oriental, une montagne appelée Aouras se situe entre Timgad, Khenchela et Badès. Voir à ce propos la notice « Aurès » de Ph. Leveau, dans Encyclopédie Berbère 8, 1990, p. 1098-1113.
7. L’ethnonyme Haouāra transcrit en arabe montre bien que l’accent tonique porte sur la voyelle de la seconde syllabe (*a). C’est pourquoi, je n’hésiterai pas à transcrire en français Hawāra ou plutôt Haouara si proche de Aouras.
8. Sur la confédération tribale appelée Hawwāra, Hooara, Houara, voir T. Lewicki, dans Encyclopédie berbère, 1990, III, s. u. « Hawwara », p. 305-308 ; M. Gast, dans Encyclopédie berbère XXIII, 2000, p. 3513-3521 ; A. Bouzid, « Recherches sur les tribus Hawwara (Houâra) », Mawarid 9, 2004, p. 193-256 ; Y. Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. (n. 4), p. 777-778. Sur la signification étymologique du nom des Haouara (Hawwara), voir S. Chaker, « La langue berbère à travers l’onomastique médiévale : El-Bekris », Revue de l’occident musulman et de la Méditerranée 35, 1, 1983, p. 127-144 ; M. Gast, ibid., p. 144. Selon cet auteur, le nom générique des Hawwara pourrait signifier « suzerains, dominants ».
9. Sur les Arzuges mentionnés par saint Augustin et dont le territoire englobait à l’époque tardive la région des Castella (= Qastiliya des sources médiévales = actuelle région du Djérid) ainsi que le Nefzaoua, voir en dernier lieu la mise au point (état des connaissances et bibliographie) donnée par Y. Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. (n. 4), p. 364-373 (Arzugis, Arzugitane) et p. 367 « carte de l’Arzugis d’après P. Trousset (Antiq. Afr., 1982, p. 49) ».
10. Le toponyme Marmadjenna (identifiable avec celui de la tribu haouaride des « Marmazian » donné par al-Yaqubi) désigne sans aucun doute l’actuelle vallée céréalière de l’oued Sarrath en Tunisie appelée actuellement Barmadjna. À la confluence entre ce cours d’eau et l’oued Mellègue se trouvait une localité antique appelée dans les sources médiévales Marmadjenna que j’ai proposé d’identifier avec le site archéologique de Henchir Merchana/Marjana non loin de Kalaat Sénane (voir notre article intitulé « Kalaat Sénane/Bulla Mensa », Pallas 56, 2001, Hommage à Dominique Raynal, p. 87). Il m’a été donné de reprendre cette question à l’occasion d’une enquête qui a permis une localisation hypothétique de la ville voisine de Mejjana (voir dans La gestion des biens de l’État à travers l’histoire, Actes du colloque international tenu à Tunis les 10 et 11 mars 1999, A. M’Charek, M. Hassen et A. Ben Hamida éd., Cahiers du Centre d’études et de recherches économiques et Sociales, série Histoire 13, 2005, p. 92-93 et carte p. 101). Sur les sources relatives à Marmadjenna, voir H. R. Idris, La Berbérie orientale sous les Zirides, II, 1962, p. 472 où on lit : « Entre Lorbeus et Tamdit, sur les bords de l’oued Sarrath (plaine de Bermajna) et à une journée de marche de Sabiba, la jolie ville de Marmaġanna […] avait un ġami, un fondouk et un souk. Elle appartenait aux Hawwara et al-Muqaddasi la fait dépendre du canton de Tebessa. » Voir aussi H. R. Idris, ibid., n. 593.
11. Cf. Ibn Khaldun, Kitab al-Ibar wa Diwan al-Mubtada wa-l-Khabar, t. 11, I. Chabbouh éd., Tunis 2011. Il s’agit d’une édition établie sur la base du manuscrit du Caire, conservé à Istanbul écrit de la main de l’auteur qui a pris soin de mettre les points diacritiques et de rendre la phonétique berbère par des signes particuliers. Voir notamment p. 3010 où on lit ce qu’on pourrait traduire ainsi :
(Après leur participation à la conquête de la Sicile, les Haouara) « se firent remarquer par leur ralliement à Abu Yazid al-Nukkari [au milieu du xe siècle : révolte sanglante contre le pouvoir chiite fomentée par le Kharijite surnommé “l’homme à l’âne”]. Ils affluèrent vers lui à partir de leurs territoires de Jabel Aouras et de Marmajenna où il s’était imposé par son prosélytisme. Ce fut ainsi que les Haouara, après être entrés dans son obédience, commirent les pires méfaits, en particulier la branche des Banu Gumlan. » Dans un autre passage (op. cit. [n. 11], t. 7, p. 850), Ibn Khaldun mentionne « bilād Haouara » à propos d’une bataille qui a opposé en 1352 le sultan hafside Abu-Ishāq aux troupes rebelles de son chambellan Ibn Tafrakine. En effet, notre historien qui avait pris part à l’expédition aux côtés du sultan évoque l’événement en des termes qu’on pourrait traduire ainsi :
« Nous avons campé dans le bilād Haouara ; la bataille s’engagea entre les deux armées dans la plaine de Marmajenna. Nous avons perdu et, pour ma part, j’ai trouvé le salut dans la fuite vers Obba où j’ai fait un séjour avant de gagner Tebessa. » Rappelons que la localité d’Obba est voisine d’al-Urbous (l’antique Laribus) qui était sous les Hafsides le chef-lieu d’une chora peuplée de Haouara fortement mélangés aux Arabes Souleym dont ils avaient adopté et la langue et le mode de vie. Répandus dans le Haut-Tell tunisien et la région de Béjà (l’antique Vaga), ces Haouara arabisés sont appelés par le même Ibn Khaldun (Ibid., p. 159) « Haouarat al-Touloul » (= Haouara des Tells). Par conséquent, il y a lieu de bien les distinguer des Haouara des Aurès, encore aujourd’hui berbérophones.
12. Cf. A. Khelifa, « L’Aurès et l’épopée fatimide », op. cit. (n. 2), p. 365-385 (au sujet des Hawwara, voir p. 380-381). En citant les sources arabes les plus anciennes (n. 57 : Ibn Abd al-Hakam et Ibn Kurradadhbih), cet historien écrit à propos des Haouara de l’Aurès :
« Ils se font remarquer pendant la conquête musulmane et pendant les révoltes chiite et Kharidjite et lutteront sans cesse contre les chefs militaires nommés pour les réduire dans les différentes places fortes qui forment une ceinture de sécurité près du massif […]. Peuple d’éleveurs, on les trouve dans le massif montagneux mais aussi dans la région de M’sila, de Tebessa, de Marmajenna […]. Les Banu Kamlan représentaient une branche importante des Hawwara. Ils sont rangés parmi les descendants directs de Hawar ibn Aurigh. Leur territoire au début de la conquête musulmane était l’Aurès et la région de M’sila. » Voir aussi F. Dachraoui, Le califat fatimide, Tunis, 1981, p. 222-223
13. Cf. Yaqubi cité par L. Amri dans Pour une sociologie des ruptures. La tribu au Maghreb médiéval, Tunis, Université de Tunis I (Sociologie), 1997, p. 272, n. 22 où on lit à propos de Baghaia : « dans la banlieue de la ville habitent les Berbères Haouara dans une importante chaîne de montagnes, l’Aurès ». Selon le même al-Yaqubi cité par le médiéviste A. Bouzid, les Hawwāra (de Tripolitaine) « prétendent qu’ils sont des Berbères anciens et que les Lawāta et les Mazāta font partie de leur grande famille » (op. cit. [n. 8], p. 196).
14. Cf. Ğamal al-Dîn Ali ibn Żafir, Akhbar al-Duwal al-Munqati’a [Histoire des états disparus], édition critique de la section consacrée aux Fatimides avec introduction et notes par André Ferré, Institut français du Caire, 1972, p. 21 (à propos du kalife al-Moizz Lidin Allah Abu-Tamime Mo’ad), on lit ce qu’on pourrait traduire ainsi : « Peu de temps après la mort de son père [vers 953-954], il se prépara pour le jabal Aouras et marcha contre ses habitants, Haouara et Banu Kamlan, qui se soumirent à lui. »
15. Cf. P. Morizot, Archéologie aérienne de l’Aurès, 1997, p. 41, fig. 28, « Carte du piémont nord : Djebel Aourès » (au nord de l’oued el-Arab et du Dj. Chechar, entre le Dj. Chelia et Khanchela).
16. J. Desanges, « Le vicus Abaris et l’Abaritana provincia », op. cit. (n. 3), p. 87-94.
17. Cf. P. Morizot, op. cit. (n. 15), n. 180 où on lit : « Aucune tribu de l’Aurès ne revendique de parenté avec les Lawata ou les Hawara, mais une source située au sud-est de Bahloul porte le nom de Ain el-Aouara “la source des Aouara” (ou Hawara) et Vaissière, qui a étudié la tribu berbérophone des Ouled Rechaich qui nomadisait sur le plateau des Nememcha la considère comme une branche des Hawara ou “Chaouia” (Revue Africaine XXXIII, 1893, p. 206 et suiv.) assimilation que les historiens arabes ne démentent pas puisqu’ils font des Hawara des habitants de l’Aurès. »
18. G. Mercier, « La langue libyenne et la toponymie antique de l’Afrique du Nord », Journal asiatique, 1924, p. 218-219 ; J. Février, Bulletin Archéologique du Comité des travaux Historiques et Scientifiques, 1949, p. 642-652 ; J. Desanges, Catalogue des tribus africaines de l’Antiquité classique à l’ouest du Nil, 1962, p. 256-257 ; K. Jongeling, North African Names, 1994, p. XXVII, 9, 77 et 93 ; S. Chaker, « Données sur la langue berbère à travers les textes anciens », Revue de l’occident musulman et de la Méditerranée, 31, 1981, p. 45 ; Id., « Onomastique berbère ancienne (Antiquité/Moyen Âge) : rupture et continuité », Bulletin Archéologique du Comité des travaux Historiques et Scientifiques, n. s.19 B, 1985, p. 491 ; T. Alaoui, « Origines des Maghrébins » (en arabe), al-Bahth al-Ilmi 33, 1982, p. 221 et n. 5 ; A. M’Charek, « L’identification des Musulamii Magarenses, ancêtres des “Mager” de la steppe tunisienne ? », dans Actes du 5e colloque international sur l’histoire des steppes tunisiennes, Sbeitla, F. Béjaoui éd., Tunis, 2006 (2008), p. 141-156
19. Ibn Khaldun, Histoire des Berbères, t. 2, 1930, p. 159. Voir aussi L. Amri, op. cit (n. 13), 1997, p. 118 où l’auteur donne le passage d’Ibn Khaldun en question : « Les tribus masmûdiennes du Deren, d’où émergera Ibn Tûmart se composent de segments identiques que sont les Hintata Tinmelel, les Guedmîra, les Guenfîça, les Ourîka, les Ragrâga, les Hezmîra, les Doukkâla, les Hâha, les Assâden, les Banî Ouazguit, les Banî Magher et les Aïlâna. »
20. Cf. A. M’Charek, op. cit. (n. 18), p. 146, 150.
21. Pline l’Ancien, Histoire naturelle V, 29-30 (trad. J. Desanges) : « L’Afrique […] contient 516 communautés (populos DXVI) obéissant au pouvoir de Rome ; parmi celles-ci six colonies (colonias sex) […] ; quinze villes de citoyens romains (oppida civium romanorum XV) […] ; une ville latine (oppidum unum latinum) […] ; une ville stipendiaire (oppidum stipendiarum unum) […] ; trente villes libres (oppida libera XXX) […]. Parmi les communautés restantes, la plupart ne sont pas seulement des peuplades (civitates) mais peuvent être mentionnées à juste titre comme des peuples (nationes) : ainsi en est-il des Nattabudes, des Capsitains, des Musulames, des Sabarbares, des Massyles, des Nicives, des Vamacures, des Cinithi, des Musuni, des Marchubi, et l’ensemble de la Gétulie (tota Gaetulia) jusqu’au fleuve Nigris qui sépare l’Afrique de l’Éthiopie. »
22. J. Desanges, « Les territoires gétules de Juba II », Revue des Études anciennes 66, 1953, p. 33-47.
23. J. Desanges, Catalogue des tribus africaines, op. cit. (n. 18), p. 141 où on lit à propos des Vamacures : « cités par Pline parmi les peuples de l’Africa au sens administratif. Les listes d’évêchés comportent des évêques a Bamaccora, Bamaccorensis et Damacorensis dont le siège est vraisemblablement voisin de Macomades (Henchir el-Mergueb) au nord de l’Aurès. Sur une mosaïque de Timgad [n. 6 : Année épigraphique, 1917-1918, 31, p. 8 ; Bulletin Archéologique du Comité des travaux Historiques et Scientifiques, 1917, p. 297], un fleuve Vamaccura est représenté. »
24. J. Desanges, Catalogue des tribus africaines, op. cit. (n. 18), p. 60.
25. Ibid., p. 60 où on lit : « Situés par Ptolémée sous les monts Garapha ; au voisinage et, semble-t-il, à l’est des Mukeni. Sans aucune certitude, on est tenté de les localiser au voisinage de l’Ouarsenis. On a proposé d’autre part de rapprocher leur nom de celui de Matghoura qu’el-Idrisi situe dans la même région. M. L. Galand, pour sa part, n’est pas convaincu du bien-fondé de ce rapprochement et se demande, à titre d’hypothèse, s’il ne faut pas retrouver simplement dans le nom des Makkourae l’élément MGR si fréquent dans les inscriptions libyques. »
26. Ibid., p. 221 (Makkhourebi) et n. 5 où on lit : « […] Magoura est effectivement placée par Ptolémée à l’est du Draa et sur une même latitude […]. »
27. Il suffit pour le vérifier de procéder à une petite recherche sur Google ou dans les annuaires téléphoniques. Le toponyme Majoura est attesté notamment en Tunisie (Djebel Majoura dans la région de Gafsa) et celui de Magoura désigne en Tripolitaine deux localités (entre Sourman et Tripoli, un lieu-dit Magoura et un second lieu-dit homonyme entre Tarhuna et Ghariyan). En Algérie, on trouve trois localités appelées Magoura (l’une se trouve au sud de Tlemcen ; l’autre non loin de Bir Magra et la troisième en Kabylie).
28. Cf. Carte topographique de Barika et Atlas archéologique de l’Algérie, f. 26 (Bou Taleb) n° 111 : Macri/Bordj Magra sur l’oued Magra.
29. Cf. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 39 (Cheria) n° 38 ; « Oued bou Madjeur descend du Djebel Djahi, coule dans la plaine parcourue par deux autres affluents de l’oued Abiod. »
30. Ibid., n° 45 : « Bir Madjour : R.R. assez étendues (16 ha), puits romain restauré, dossiers domaniaux », se trouve « dans la plaine de Guert, à 8 km environ de Vazaivi (Zoui). »
31. Cf. « Ad Maiores/Henchir Besseriani », dans X. Dupuis, J.-P. Laporte, « De Nigrenses Maiores à Negrine », Antiquités Africaines 45, 2009, p. 57-58.
32. Voir infra fig. 2 « Vamacures : aire de peuplement dans la provincia Avaritana ».
33. Cf. S. Lancel, Actes de la conférence de Carthage en 411, IV, 1991, p. 1512, « Vamaccura », où il écrit : « […] Ce siège de Numidie […] attesté dès le milieu du iiie siècle ([…] Felix a Bamaccora) devait être proche de Thamugadi […] : c’est là en effet qu’a été mise à jour une mosaïque représentant un flumen Vamaccura (Cf. Année épigraphique, 1917-1918, n° 31 et S. Germain, Les mosaïques de Timgad. Étude descriptive et analytique, Paris, 1969, p. 116 et pl. XLIX). Comme le dit J. Desanges, éd. de Pline, p. 338, à propos des Vamacures mentionnés par Pline (Histoire Naturelle, V, 30), “(le fleuve) ne devait pas être très éloigné de (Timgad), car sa faible renommée ne justifiait pas qu’on l’évoquât au loin.” »
34. Année épigraphique, 1982, 960 (Atlas archéologique de l’Algérie, f. 39, n° 114 : Henchir Goussat) : Imp(erator) Caesar M(arcus)/ Claudius Ta/citus pius/ Felix Aug(ustus). Fecerunt/ coloni loci/ Legu/m Ma/[i]orum et d(-) d(-)- ?
35. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 50 (Negrine), n° 152 (Ad Maiores/ Henchir Besseriani) et n° 128 (Negrine). Cf. S. Lancel, Actes de la conférence de Carthage, op. cit. (n. 33), IV, p. 1436- 1437, « Nigrensium Maiorum plebs » où on lit : « […] L’ethnique de ce siège apparaît déjà, semble-t-il, sur une tuile conservée au musée de Palerme (CIL X, 8045, 12) sur laquelle on lit : Cel(lae) Nigr(ensium) Maio[rum]/ L(ucius) Minici(us) Natali[s]/ Eulalus actor ei[us]. Des Nigrenses Maiores apparaissent donc en relation avec L. Minicius Natalis, légat d’Auguste propréteur, commandant la IIIe légion en 103-105, date à laquelle il a fait construire le castrum que la Table de Peutinger (segm. IV, 4) appelle Ad Maiores et dont on a retrouvé les vestiges dans les ruines importantes de Besseriani (CIL VIII, 2478). S. Gsell (Atlas archéologique de l’Algérie, f. 50, Negrine, n° 152) fait remarquer que le Djebel Madjour qui domine les ruines de Besseriani a conservé le nom antique dont la seconde composante Nigrenses se retrouve apparemment dans Négrine, nom d’un village voisin. Le toponyme dont fait état la Table de Peutinger, Ad Maiores, semble en effet elliptique et doit être complété par un déterminant : il est probable que la station, devenue plus tard un évêché, devait s’appeler Ad Nigrenses Maiores. »
36. Année épigraphique, 1971, 513 (Atlas archéologique de l’Algérie, f. 39, n° 106 : Ain Roumiya) : I(ovi) O(ptimo) M(aximo)/ p(ro) s(alute) D(omini) n(ostri)/ Imp(eratoris) Caesari/s Maureli Alex/andr(i) Aug(usti)/ P(ii) F(elicis). Col(oni) Legu/m Maioru(m)/ et (coloni) Maioru(m)/ pos(uerunt) d(ecreto)/ p(ecunia).
37. Cf. Bibliographie de P. Morizot par J.-P. Faure, dans Aouras 7, 1912, p. 5-12.
38. Cf. P. Morizot, « Survie au Maghreb des toponymes et ethnonymes antiques », dans Hommage à Y. Le Bohec. Visions de l’occident romain, 2012, 1, p. 299 où il écrit : « En partant de l’hypothèse que Majores n’auraient probablement rien à voir avec le pluriel de Major, mais désignerait une tribu du nom de Maiores, ainsi que l’avait suggéré Pellegrin. L’existence d’une cité de Leges mentionnée par saint Augustin serait de nature à expliquer qu’il ait fallu préciser que cette cité avait été qualifiée de Maiorum par opposition aux autres. À l’appui de cette hypothèse, nous avons pour les temps modernes, le témoignage dans cette région de toponymes du nom de Majeur ou Majour. » Voir aussi : Id., « À propos des inscriptions C. 2480 et C. 2481 (CIL VIII) ; le site de Besseriani (Ad Majores) », Aouras 5, 2009, p. 217-218, n. 1 où on lit : « […] Les premiers inventeurs du site de Besseriani n’ont pas manqué de faire le rapprochement entre le nom du Djebel Majour, qui surplombe Négrine au sud, et celui d’Ad Majores, considérant comme vraisemblable que le nom actuel du djebel soit emprunté au toponyme antique. Or l’on peut se demander si ce n’est pas au contraire le nom d’une tribu locale, les Majours, ou Majores, qui aurait donné son nom au site antique. En effet, ce toponyme se retrouve ailleurs dans la région où existe un bir Majour (cf. Atlas Archéologique de l’Algérie, f. 39, n° 45, où sont signalées des ruines romaines s’étendant sur une quinzaine d’hectares). Parmi les toponymes antiques, on connaît aussi un Locus Legum Maiorum au sud-est de Tebessa relevé par J. Marcillet-Jaubert à proximité de Goussat à 60 km au sud-est de Tebessa, dont il croyait pouvoir faire le toponyme de cette agglomération de 50 ha (Epigraphica, 41, 1979, p. 66-72). Une grande tribu des Majour, ou Majores, a donc peut-être occupé toute cette partie de la Numidie orientale, se fractionnant entre les Leges Majores de Gousset et les Nigrenses Majores. Ces Nigrenses ont probablement donné leur nom à l’actuel village de Négrine, ceux-ci pouvant être des Majour auxquels leur couleur plus foncée aurait fait donner le surnom de Nigrenses […]. »
39. Ibn Khaldun, Kitab al-Ibar, op. cit. (n. 11), p. 306 où on lit ce qu’on pourrait traduire ainsi : « Quant aux fractions des Haouara, elles sont multiples ; les plus nombreuses étant celles des Banu Aurigh […] les quatre fils d’Aurigh sont Haouar qui est l’aîné, Magher, Galden et Mald ; chacun de ceux-ci compte plusieurs branches qui appartiennent aux Haouara. Et parmi les branches de Magher, (on compte) les Mawas, Zammour, Kaba et Maswaî. »
40. Cf. Ibn Khaldun, Kitab al-Ibar, op. cit. (n. 11), p. 308, « arbre généalogique des Haouara » qui donne Wartagath fils de Gumlan fils de Haouar fils de Aurigh ; ibid. p. 307 : « parmi les fractions des Haouara, (il y a) les Banu Gumlān ; et on dit que parmi les fractions de ceux-ci (on compte) les Malila […] et selon Sabik (al-Matmāti) et ses disciples, les Banî Gumlān sont issus de Warigen, l’une des fractions de Magher. » Sur les Banu Malila de l’Aurès, voir A. Khelifa, « L’Aurès et l’épopée fatimide », op. cit. (n. 2), p. 381.
41. Cf. E. Masqueray, « Le Djebel Chechar », Revue africaine XXII, 1878, p. 43 et suiv. ; Ph. Leveau, dans Encyclopédie berbère, 1990, p. 1107 (carte : « Les campagnes de Solomon dans l’Aurès ») ; P. Morizot, Archéologie aérienne de l’Aurès, op. cit. (n. 15), p. 16 (où l’auteur situe le Dj. Chechar, sous-ensemble de l’Aurès « entre Aurès, Nememcha et piémont saharien »), et ibid., p. 235, où il donne du Dj. Chechar la description suivante : « zone de transition, ce bloc de hautes terres ferme à l’est les horizons du massif de l’Aurès et constitue la partie ouest du massif des Nememcha. Ces Nememcha […] qui sont une tribu du groupe berbérophone […]. Le Djebel Chechar est un ensemble de plateaux et de cuvettes perchés à 1000-1200 m d’altitude organisés par de grands crêts sud-ouest/nord-est. Autant le massif de l’Aurès est boisé, autant le pays Nememcha est dénudé. La nature du terrain (calcaires), mais aussi l’ancienneté de l’implantation humaine en sont la cause : les vestiges d’époque préhistorique et d’époque romaine y sont nombreux, bien que l’eau soit rare. »
42. G. Mercier, Étude sur la toponymie de l’Aurès, Paris, 1897 ; Id., « La langue libyque et la toponymie antique de l’Afrique », op. cit. (n. 18), p. 192 où il identifie les Malîla des sources arabes avec les Berbères Imelloulen (Beni Imloul), tribu du Djebel Chechar. Voir aussi : A. Bouzid, « Malîla (Melîla) », op. cit. (n. 8), p. 230. Cette localisation dans l’Aurès est confirmée notamment par les sources fatimides, cf. A. Khelifa, « L’Aurès et l’épopée fatimide », op. cit. (n. 2) p. 381 où on lit : « Les Malila : grande branche des Hawwara. Ils vivent dans les montagnes de l’Aurès aux côtés de leurs frères, les Banu Kamlan… ». Voir aussi P. Morizot, op. cit. (n. 15), fig. 3, « coupe à travers l’Aurès » (situation du « massif de Beni Melloul »).
43. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 26 « Bou Thaleb », n° 19 (Ain Toumella ou Ras el-oued).
44. Cf. S. Lancel, Actes de la conférence de Carthage, op. cit. (n. 33), IV, p. 1482. Voir A. Grenier, « Inscriptions d’Algérie et de Tunisie », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1904, p. 220 : « r(es) p(ublica) Thamallulensium ». Pour la localisation en Maurétanie Sitifienne, voir notre carte infra, fig. 3.
45. Cf. H. R. Idris, op. cit. (n. 10), p. 479 où cet historien écrit : « À une forte journée de Tobna, Dar Mallūl, ancienne ville, jadis peuplée et commerçante, réduite à une station […] Du haut de cette citadelle […] les gens observaient, après l’invasion hilalienne, les Arabes qui rodaient dans la contrée […]. »
46. Cf. A. Khelifa, « Les Aurès au moment de la conquête musulmane », op. cit. (n. 2), p. 220.
47. Cf. P. Morizot, Archéologie aérienne de l’Aurès, op. cit. (n. 15), p. 51-53, fig. 53.
48. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 27 (Batna, n° 234), « Henchir Doufana ». Cf. A. Khelifa, « Les Aurès au moment de la conquête musulmane », op. cit. (n. 2), p. 220.
49. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 27 (Batna), n° 234 « plusieurs groupes de R. R. de l’oued Doufana ».
50. Cf. H. R. Idris, op. cit. (n. 10), p. 479, n. 633 (où on lit : « de tous les villages perchés qui étaient certainement plus nombreux que de nos jours, on n’en connaît qu’un Doufana ») et n° 634 (où en plus de la bibliographie, l’auteur a écrit ceci : « au début du règne du Fatimide al-Moizz, l’Aurès était occupé par les Banu Kamlan, les Malila et des groupes de Hawwara »).
51. Cf. D. J. Mattingly, dans Encyclopédie Berbère, 4, 1987 ; Y. Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. (n. 4), p. 123-125, 289-310, 606-613, 616-680, 647-648.
52. Cf. M. Benabbès, L’Afrique byzantine face à la conquête arabe, Recherche sur le vii e siècle en Afrique du Nord, Thèse de doctorat soutenue à l’université de Paris X, Nanterre, février 2004, p. 340-342.
53. Cf. A. M’Charek, « La vallée de l’oued Ouadran, l’antique Vadara, un espace tribal hautement stratégique », Actes du 6e colloque sur l’histoire des steppes tunisennes, Sbeitla, 2008, Tunis, 2010, p. 197-217.
54. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 48, Biskra (Gemellae/Henchir el-Kasbat) et CIL VIII, 2482. Pour le siège épiscopal, voir S. Lancel, Actes de la conférence de Carthage, op. cit. (n. 33), IV, p. 1383. Voir aussi nos cartes fig. 1 et 2.
55. Cf. S. Lancel, Actes de la conférence de Carthage, op. cit. (n. 33), IV, 1991, p. 1383. Voir cartes, fig. 1 et 2.
56. Ibid., p. 1382-1383 (en Byzacène d’après l’Itinéraire d’Antonin et la Table de Peutinger) : Henchir sidi Yaïch. Voir nos cartes fig. 1 et 2.
57. Cf. J. et P. Morizot, « Les ruines romaines de la vallée de l’oued Guechtane (Aurès) », Revue africaine 92, 1948, p. 126-127 (épitaphe sur caisson) : « D(iis) M(anibus) S(acrum)/ C(aio) Julio Hispano/ vet(erano) ex dec(urione) alae Pa[n]/noniorum vix(it) ann(is) LXXXX. Ob immu/nem iuxta se liber[a]/litatem eius habita(m) P[o]/mponia Gemellina n[u]rus fecit »
58. Parmi les nombreux porteurs de ces noms en Afrique, plusieurs sont des pérégrins : on en citera à titre d’exemples : Gemela Flori f(ilia) (CIL VIII, 21207 à Caesarea), Faustina Gemeli Bereci filia (CIL VIII, 25960 à Thignica), Gemellina qui a vécu 2 ans (CIL VIII, 14635 à Simitthu), Gemellinus (CIL VIII, 14682 à Henchir Dekir entre Tabarka et Chemtou).
59. CIL VIII, 17945, n° 2451 : « D(omi)n(o) Imp(eratori) Caesari/ [L(ucio) Sept]imio Severo/ Pertinaci Aug(usto) p(atri) p(atriae) III/ imp(eratori) V. C(aius) Servilius Macedo/ dec(urio) Munici/pi Gemel ob hon[o]rem/ fl(lamoni) p(er)p(etui) conlati in se a/ populo [i]maginem fe/cit et d[edi]/c[avi]t. »
60. P. Morizot, « La Zaouia des Beni Barbar : cité pérégrine ou municipe latin », Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, n. s. fasc. 18, Paris, 1988, p. 31-75. À mon avis, cet auteur a vu juste en écrivant (p. 74-75) : « Tenant certainement Vazaivi sous le règne de Domitien (81-96) [n. 78 : C. 17637. Le Glay, « Les Flaviens et l’Afrique », dans Mélanges de l’École française de Rome, 80, p. 222-223] les Romains tenaient par là-même la vallée de l’oued Bedjer, et rien ne les empêchait d’y créer un point de peuplement, facile à défendre contre les incursions venant du sud en raison du relief particulièrement tourmenté et de la rareté des points d’eau entre El Amra et le Sahara […]. C’est néanmoins beaucoup plus tard que quelques vétérans, que les noms de Servilius Macedo, de Pinarius Processianus, d’(An)nius Vitalis évoquent, vinrent s’installer là. Ils se mêlèrent alors avec la population locale [n. 79 : Outre les noms d’origine africaine présentés ci-dessus, il convient de rappeler ceux de Iulius Victor Amizza (C. 2452), Victor Zmiz (C. 10751) et Asculus Mizza (C. 2457)], pour former cette cité, mi-gétule mi-romaine, que nous voyons à la fin du iie siècle dotée de tous, ou presque tous les attributs d’un municipe. Le fait n’est pas sans évoquer le cas de l’implantation de coloni à Tfilzi (Menaa) dans l’oued Abdi en 166 […]. Un peu plus tard Gemellae (= Zaouia) a abrité un détachement militaire commandé par deux hastati priores et un optio, ce qui pourrait correspondre à un glissement du dispositif militaire romain en direction du limes […]. Cette région a connu, à une époque peut-être assez basse (ive -ve s.) grâce à une utilisation intensive de toutes ses ressources en eau, une prospérité remarquable […]. À la même époque, le christianisme, bénéficiant sans doute de la prospérité ambiante en même temps que de la paix religieuse, s’y est développé vigoureusement jusqu’à la veille de l’invasion vandale. »
61. Cf. M. Gast, Encyclopédie Berbère, XXIII, 2000, p. 3513-3521, voir notamment, p. 3515 où on lit : « Les premières résistances héroïques menées par Kusayla, puis la Kahina, n’avaient pas l’étendue géographique et l’assise religieuse contestataire des mouvements kharidjites […]. Deux sectes principales se sont partagé les dissidents au viiie siècle ; ce sont les Sufrites qui représentaient la tendance la plus radicale et les Ibadites la tendance la plus modérée. Deux grandes révoltes marquèrent ce siècle au Maghreb : celle des Sufrites avec pour chefs Ukacha et Abdelwahid al-Hawwari [124/ 742] et celle menée par l’ibadite Abu al-Khattab (140/ 757). Puis au xe siècle la révolte organisée par Abu Yazid Makhlad (331-5/ 943-7), le nukkaride surnommé “l’homme à l’âne”. Élu imam ibadite de Tripolitaine (757-758), Abu al-Khattab s’empare de Tripoli, puis de Gabès et Kairouan en éliminant les Sufrites Warfajuma…Mais après deux victoires contre les armées abbassides, Abu al-Khattab vaincu est tué à Thawargha en 761. Son disciple Abd al-Rahman b. Rustem …est désigné imam de Tahert (776-7). » Voir aussi : A. Bouzid, op. cit. (n. 8), p. 205 et A. Khelifa, « L’Aurès et l’épopée fatimide », op. cit. (n. 2), p. 381.
62. A. Bouzid, op. cit. (n. 8), p. 220-224 (voir notamment p. 221 où il écrit : « Dès le haut Moyen Âge, les Kamlan de cette région [l’Aurès] défrayèrent la chronique en infligeant une cuisante défaite au général Abu Khafâja envoyé par le souverain aghlabide Abu al-Gharāniq (864-875) pour châtier les Berbères en révolte et mettre fin à leur agitation […]. Il partit pour attaquer les Beni Kamlan qui avaient pour chef Mohelleb ibn Soulat […]. Au plus fort de l’action, Haï ibn-Malek (chef de la garnison de Bellezma) abandonna le champ de bataille, de sorte que le général aghlabide succomba avec plusieurs de ses principaux officiers et un grand nombre de ses soldats. Les débris de son armée se réfugièrent dans Tobna. » Et p. 222 où on lit : « Mais les temps forts de Kamlān sont liés surtout aux événements de la révolte berbère kharijite d’Abu Yazid Makhlad ibn Kaydad contre le pouvoir chiite de Mahdiya. En effet, c’est parmi eux, dans les monts de l’Aurès, qu’Abu Yazid avait trouvé une large audience et bénéficié d’un soutien indéfectible » et p. 223 : (Les Banu Kamlan restèrent fidèles à ce dernier [Abu Yazid] jusqu’à sa chute finale. Ils devaient alors subir les conséquences de leur soutien au rebelle. La victoire finale d’al-Mansour sur Abu Yazid dans la bataille de Batna, non loin de Msila, nous dit Ibn Hammâd, « avait coûté dix mille morts aux insurgés dont la majorité était des Kamlan »). Voir, en dernier lieu : A. Khelifa, op. cit. (n. 2) p. 372 où on lit : « C’est dans la tribu des Banu Kamlan, de la grande tribu des Hawwara des Aurès, qu’Abu Yazid, de la confédération zénète des Bani Ifran, trouve refuge et entame la déstabilisation de la dynastie fatimide (323h/935 ap. J.-C.) […]. C’est après de sévères menaces qu’il se réfugia naturellement dans l’Aurès puisque sa tribu d’origine y habitait. Cette région des Aurès échappait de fait au contrôle de l’administration fatimide. Cette retraite dura une dizaine d’années et lui servit à recruter des partisans en vue d’attaquer le régime en place. Il fit plusieurs visites aux tribus aurésiennes des Beni Zendak et aux Beni Birzal qui étaient stationnées au sud de Msila. »
63. A. Khelifa, « L’Aurès et l’épopée fatimide », op. cit. (n. 2), p. 381.
64. A. M’Charek, « De saint Augustin à Al-Bakri. Sur la localisation de l’ager Bullensis dans l’Africa latino-chrétienne et de “Fahs Boll” en Ifrîqiya arabo-musulmane », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1999, fascicule I (janv.-mars), p. 115-140. Voir cartes données infra. 65. Ibn Khaldun, Histoire des Berbères, op. cit. (n. 19), I, p. 274 et dans Kitab al-Ibar, op. cit. (n. 11), p. 07 (Bell). Sur cette tribu, voir en dernier lieu : A. Bouzid, op. cit. (n. 8), p. 214 où on lit : « Bell (Bull, Boll). Fraction hawwarite qui […] descend de Kilden fils de Awrigh. Ibn Khaldun et Ibn Hazm sont les seuls à citer ce nom (n. 99). La graphie de cet ethnonyme est incertaine. De Slane a retenu la forme “Bel” inconnue par ailleurs. À notre avis, au lieu de “bel”, il faut lire “Bull” (Boll). Cette leçon nous parait en effet plus correcte. Nous la retrouvons chez al-Bakri qui signale une plaine appelée fahs Bull […]. »
66. Voir supra, n. 10.
67. Al-Yaqubi, Buldan, De Goeje éd., p. 346. Voir A. Bouzid, op. cit. (n. 8), p. 231-232 où on lit : « Banu Marmazyân ; cet ethnonyme a été cité pour la première fois par al-Yaqubi (iiie s.) dans une liste de fractions berbères Hawwara constituant un ensemble appelé Luhan […]. »
68. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 27 (Batna), n° 62 « Diana veteranorum/Ain Zāna ». Pour une bibliographie récente sur le site archéologique, voir R. Hanoune, « L’arc de Diane sur le site de Zana (Diana veteranorum) », Aouras 5, 2005, p. 205, n. 1. Cette ville qui se trouve à 40 km au nord-ouest de Lambèse était à l’origine un centre de colonisation militaire (cf. J. M. Lassère, Vbique Populus, 1979, p. 26).
69. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 16 (Setif), n° 368 « près de Ghellal ». Une inscription latine de 234 (CIL VIII, 8701 : dédicace à Sévère Alexandre) donne le toponyme (Kastellum Dianense) et mentionne les coloni d’un domaine impérial.
70. CIL VIII, 4587 donne le toponyme Diana veteranorum. Voir aussi M. Christofle, « Rapport sur les fouilles effectuées entre 1927 et 1929 », Alger, 1930, p. 79 et 88-89.
71. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 27 (Batna), entre les n° 62 et 24 et entre les n° 62 et 23.
72. Cf. J. Desanges, Catalogue des tribus africaines, op. cit. (n. 18), carte p. 41.
73. Pour les origines militaires (vicus de vétérans de la IIIe Légion Auguste) et la promotion au statut de municipe probablement sous Trajan, voir J. Gascou, La politique municipale de l’empire romain en Afrique proconsulaire de Trajan à Septime Sévère, Paris, 1972, p. 100-101 ; Cl. Lepelley, Les cités de l’Afrique romaine au Bas-Empire, Paris, 1980, vol. II, p. 416.
74. Cf. J. Gascou, « Les magistratures de la confédération cirtéenne », Bulletin archéologique du Comité des travaus historiques et scientifiques 17B, 1981 [1984], p. 330.
75. Ibn Khaldun, Histoire des Berbères, op. cit. (n. 19), 3, 1969, p. 188-190.
76. Une station de la région d’Hippone est appelée Odiana par la Table de Peutinger et l’Itinéraire d’Antonin (cf. S. Lancel, Actes de la Conférence de Carthage, op. cit. [n. 33], p. 1370- 1371). J. Peyras, « Deux études de toponymie et de topographie de l’afrique antique », Antiquités Africaines 22, 1986, p. 242, propose de voir en cette Diana/Odiana la Zana de Ptolémée, de préférence à Diana Veteranorum retenue par J. Desanges. Mais aujourd’hui, nous savons que la localité mentionnée par Ptolémée est assurément Diana veteranorum (Ain Zana) située au cœur du territoire des Zanenses (en Gétulie de Numidie) et plus anciennement attestée que la localité homonyme de Numidie proconsulaire voisine d’Hippone (l’actuelle Annaba).
77. S. Lancel, Actes de la Conférence de Carthage, op. cit. (n. 33), p. 1370-1371 ; J. L. Maier, L’épiscopat de l’Afrique vandale et byzantine, 1973, p. 107.
78. Al-Bakri, Kitab al-Masalik wa al-Mamalik, A. Van Leeven et A. Ferré éd., Tunis, 1992, p. 1202 (« habitat précaire pour une population berbère »).
79. Ibid., p. 1207
80. Cf. A. al-Bahi, Inventaire des toponymes tunisiens d’époque médiévale (en arabe), ouvrage en voie de publication. Voir notice « Zaga » (village situé au nord-ouest de Béjà). En citant al-Himyari (xiiie s. ap. J.-C.) et al-Zayyani, l’auteur suppose une erreur de lecture (Zana = une graphie pour Zaga), car aucune autre source ne mentionne une localité du nom de Zana dans les limites de la chôra de Béjà. Par ailleurs, nous savons que plusieurs sites ont conservé en Tunisie le nom des Zénètes : ainsi on peut citer Ain Zana (dans le gouvernorat de Jendouba, non loin d’un oued Zana, sur la frontière avec l’Algérie), une autre Zana est attestée dans le Kairouanais (feuille topographique de Cheréchira), tandis que l’autre nom du village d’Utique sur la route de Bizerte est Zhana (= Zana). Une tribu zénète portant le nom de Zhana est mentionnée par les sources médiévales (cf. M. Hassen, Ville et campagne en Ifriqiya à l’époque fafside, Publication de l’université de Tunis I, 1999, t. 2, p. 142 où il écrit ce qu’on pourrait traduire ainsi : « Les sources ont mentionné plusieurs fractions zénètes nomades, parmi lesquelles Zhana attestée dès le second siècle de l’Hégire en Tripolitaine ; et, au temps d’al-Idrissi, cette tribu était connue pour ses razzias à dos de chameaux rapides, dirigées contre les Hilaliens »).
81. Voir supra, n. 68.
82. Voir supra, n. 69.
83. E. Masqueray, Formation des cités chez les populations sédentaires de l’Afrique. Kabyles du Djurdjura, Chaouia de l’Aurès, Beni Mezab, 1983, p. 159, 166.
84. Cf. Cl. Lepelley, op. cit. (n. 73), II, p. 411 où ce savant écrit : « Des milliaires érigés par Diana au Bas-Empire ont permis de constater la grande étendue de la cité : on en a retrouvé à 26 km à l’ouest, 20 km au nord-ouest, 15 km au sud-ouest, 16 km au nord (cf. MEFR,14, 1894, p. 528-529). » Voir carte, fig. 3 .
85. Parmi les tribus zénètes attestées dans le Zab médiéval, on peut citer les Jaraoua d’alKahena, les Banu Birzal, Banu Demmer, Banu Ifran, Banu Argou, Banu Garmist etc. (cf. A. Bouzid, Catalogue des tribus berbères « Butr » au Maghreb d’après les sources arabes médiévales, thèse de doctorat, Tunis, 1992).
86. La leçon Magarenses est attestée par une dédicace au génie du lieu trouvée à Mahjouba (l’antique Tituli) et signée par un groupe de contubernales Magarensium (membres du contubernium des Magarenses) sans doute originaires – à la lumière de notre présente enquête – du pays des Macrenses (Maghrawa). Sur cette inscription, cf. N. Kallala, « Une dédicace à un génie de lieu de Mahjouba (l’antique Tituli) », dans Actes du 4e colloque international sur l’histoire des steppes tunisiennes, Sbeitla, 2003, Tunis, 2006, p. 31-32 ; A. M’Charek, op. cit. (n. 18), p. 147-149.
87. T. Lewicki, Encyclopédie Berbère, 1986, p. 1163-1164.
88. Ibid., p. 1170. Voir carte, fig. 3.
89. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 26, (Bou Taleb), n° 111.
90. Julius Honorius, Geographi Latini Minores, A. Riese éd., 1964, p. 48.
91. S. Lancel, Actes de la conférence de Carthage, op. cit. (n. 33), IV, p. 1411 (Macrensis plebs, en Maurétanie Sitifienne).
92. Ibid., IV, p. 1412 (Macrianensis plebs, « située en Maurétanie Sitifienne, selon les indications de la Notitia de 484 »).
93. A. Fenina, « Éclairage sur un épisode obscur de la fondation de l’émirat aghlabide et sur un atelier monétaire inconnu (Maghra) », dans Actes du VIII e colloque international sur l’histoire et l’archéologie du Maghreb, Tabarka, 2000, Tunis, 2003, p. 517-530.
94. Cf. C. Courtois, L. Leschi, Ch. Perrat, Ch. Saumagne, Tablettes Albertini, Paris, 1952, p. 317. Dans ces documents d’époque vandale, on trouve en effet plusieurs variantes d’un même ethnique (Magarius, Magario, Magari, Magariu).
95. Cf. M. Meouak, « Ressources hydriques, agriculture et territoires dans la région de Msila au Moyen Âge : l’apport des géographes et des historiens arabes », Actes du colloque international « Eau et peuplement au Maghreb durant l’Antiquité et le Moyen Âge », novembre 2007, M. Hassen éd., Tunis, 2009, p. 87, n. 1.
96. Cf. M. Benabbès, L’Afrique byzantine face à la conquête arabe, op. cit. (n. 52), p. 323 et suiv.
97. Atlas archéologique de l’Algérie, f. Barika (Dj. Magraoua : point culminant 483).
98. Sur la tribu haouride arabisée des Hanencha, voir Ch. Feraud, « Les Harar seigneurs des Hanencha. Études historiques sur la province de Constantine », Revue Africaine 18, 1874, p. 29-32.
99. Cf. J. Desanges, Catalogue des tribus africaines, op. cit. (n. 18), p. 78.
100. Ibid., p. 78.
101. Cf. al-Bakri, op. cit. (n. 78), t. 2, p. 1213, 1214, 1248 où on lit ce qu’on pourrait traduire ainsi : « Ghadir Warrû [étang de Warru] est une ville grande et antique […]. Ses habitants sont des Haouara de la branche des Yaghmorassen au nombre de 60 000 âmes. » Or, cette ville se trouve dans le Hodna et serait identifiable avec l’antique Lemellef (cf. B. Moukraenta Abed, L’image de l’Algérie antique au travers des sources arabes du Moyen Âge, thèse soutenue en 2005, publication du Ministère de la culture, Alger, t. 3, p. 1371). Pour le glissement de Auru à Warru, on pourrait invoquer des exemples parallèles, comme le toponyme Oudref (nom d’une ville de Tripolitaine) transcrit en Tunisie Wedhref (nom d’une ville voisine de Gabès).
102. Le Père F. Vattioni, dans « Abaritanus », Antiquités Africaines 33, 1996, p. 9-12, a contesté que l’adjectif Avaritana puisse être lié à un substantif Aurasius en invoquant des arguments linguistiques.
103. C’est cette proximité qui a conduit M. Desanges à définir et à localiser dans les montagnes des Aurès la région historique appelée au ve siècle Abaritana provincia. Aujourd’hui l’apport des sources arabes lui donne raison et confirme ses résultats.
104. Voir l’emploi du terme « provincia » (au singulier) dans l’expression « Abaritana atque Getulia » chez Victor de Vita.
105. Cf. J. Desanges, « Réflexions sur l’organisation de l’espace selon la latitude dans l’Afrique du Nord antique », dans Hommage à P. Salama, op. cit. (n. 4), p. 34 où il écrit : « Au début de l’époque vandale, en 442, non seulement, comme nous l’avons déjà signalé, la Numidie est distinguée de la Gétulie, mais on en distingue aussi une mystérieuse Abaritana, liée plus étroitement, semble-t-il, à la Gétulia (en effet, chez Victor de Vita, une conjonction de coordination particulière unit ces deux termes à l’intérieur de l’énumération). »
106. Cf. Ph. Leveau, dans Encyclopédie Berbère, VII, 1990, p. 1109.
107. Atlas archéologique de l’Algérie, f. 39, près du n° 35; Cf. P. Morizot, « La Zaouïa des BeniBabar, cité pérégrine ou municipe latin », Bulletin archéologique du Comité des Travaux historiques et scientifiques 18B, 1982 [1988], p. 55-56.
108. Au colloque de Caen organisé en mai 2009 par le regretté Y. Modéran dans le cadre des travaux de la SEMPAM, il m’a été donné de présenter une communication intitulée « Identification des Babari (Beni Babar/Beni Barbar) et localisation de leur territoire d’origine dans l’Aurès oriental ». Le texte n’en a pas été publié dans les Actes de ce colloque, car il était nécessaire de le revoir à la lumière de la découverte récente des *Avares (Haouara). Il prendra sa place dans l’ouvrage que je consacre à quelques aspects de la géographie historique du Maghreb antique et médiéval (en cours d’élaboration).
109. Cf. A. Khelifa, « Espaces et populations dans le pays de la Tafna et la Moulouya », Africa romana XVI, 2004, p. 517-526.
110. Cf. Y. Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. (n. 4), p. 767 et suiv. et carte n° 23, p. 770.
111. Sur le nom des Gétules, voir : J. Gascou, « Le cognomen Gaetulus, Gaetulicus en Afrique Romaine », Mélanges de l’École française de Rome 82, 1970, p. 723-736.
112. A. M’Charek, « De Tacite à Ibn Khaldun. À la recherche de deux tribus berbères : Masofi (Masûfa) et Vsinazi (Banu Sinag/ Sanhadja) », Actes du 7e colloque sur l’histoire des steppes, Sbeitla, 2010, Tunis, 2014, p. 239-262.
113. Sur la théorie des « Néoberbères » dans l’Antiquité tardive, voir Y. Modéran qui en a montré la faiblesse en la tenant pour « un véritable mythe historique » (Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. [n. 4], p. 153-207) et, en dernier lieu, J.‑M. Lassère, « La mobilité de la population. Migrations individuelles et collectives dans les provinces occidentales du monde romain », Africa romana XVI, 2004, p. 71-72. Sur l’origine des Sanhadja et Zanata, cf. G. Camps, Les Berbères. Mémoire et identité, 1987, p. 95-96 où cet historien écrit : « Butr et Baranès, Sanhaja et Zanata. Ces nomades chameliers vont balayer des plaines méridionales la vie sédentaire et l’agriculture que l’organisation du limes avait seule rendues possibles. L’irruption de vrais nomades dans un monde africain où, depuis des siècles, l’administration royale puis romaine avait poussé le Berbère à borner son horizon à ses rangées d’oignon ou ses lignes d’oliviers, eut pour ce pays et ce peuple d’immenses conséquences […]. Venus de l’est, (les Zénètes) se distinguent des premiers (les paléo-Berbères) par leur genre de vie, leur monture et même le bétail, mais encore plus par les particularités de leur langue […]. Les Zénètes ne sont pas les descendants des Numides et des Maures ; ils prennent la place des Gétules et les absorbent dans de nouvelles confédérations leur donnant par cooptation une généalogie nouvelle. » À propos des Zénètes dans les sources, Y. Modéran écrit dans Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. (n. 4), p. 777 : « Au viie siècle […] cette tribu (des Zénètes) est inconnue de toutes les sources romaines et byzantines. »
114. Ibn Khaldun, Kitab al-Ibar (traduction De Slane, 1956-1969) : Histoire des Berbères, VII, p. 14-19 où il écrit ceci : « Les Zanata ont habité le Maghreb depuis des temps immémoriaux […] dans les temps préislamiques (les Zanata) étaient soumis aux Byzantins auxquels ils payaient des impôts et fournissaient des soldats […]. Ils avaient été sollicités par le patrice Grégoire pour participer à la bataille qui, en 27 [647 ap. J.-C.], l’opposa aux Arabes conduits par Abdallah Ibn Saad. Après sa défaite, les Zanata se replièrent dans l’Aurès où se forme une confédération berbère “Butr” présidée par les Jarawa d’al-Kahina. Ils furent l’élément prépondérant de cette confédération qui avait poursuivi l’œuvre de Kusayla, en s’opposant aux entreprises de conquête menées par les Arabes. »
115. Cf. F. Jacques, « Propriétés impériales et cités en Numidie méridionale », Cahiers du centre G. Glotz III, 1992, p. 123-139 ; X. Dupuis, J.-P. Laporte, op. cit. (n. 30).
116. Cf. S. Lancel, Actes de la conférence de Carthage, op. cit. (n. 33), IV, p. 1347.
117. Cf. Z. Benzina Benabdallah, « Du côté d’Ammaedara (Haidra) : Musulamii et Musunii Regiani », Antiquités Africaines 28, 1992, p. 139-145.
118. Cf. D. Lengrand, « Le limes intérieur de la Notitia Dignitatum : des barbares dans l’Empire », dans Hommage à P. Salama, op. cit. (n. 4), p. 223 (une cinquantaine de tribus recensées en Maurétanie césarienne).
119. Y. Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. (n. 4), p. 475 (J. et P. Morizot, « Épitaphe trouvée à Sfaia Chak al-Doud », Revue Africaine 92, 1948, p. 137 : « Gerrasusu/ vet(e)ranus/ ex pr(a)efec/to g(entis)/ vixit an(n)is/ LXXX merit/a fili redi/derunt »).
120. Cf. Ph. Leveau, dans Encyclopédie Berbère, 1990, p. 1106 où on lit : « En fait, le siècle vandale (435-535) est essentiellement, pour les deux parties de l’Aurès, un siècle de reconquête maure qui se fait aux dépens des Libyens romanisés du massif » ; Y. Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. (n. 4), p. 397 où il écrit : « Le peuplement du massif [de l’Aurès] restait probablement double, avec des communautés romanisées dans certaines vallées, et des groupes maures ailleurs, les uns et les autres étant placés sous l’autorité du pouvoir vandale » ; ibid., p. 397 : [vers 480] « Les Maures autochtones, installés dans certaines parties de l’Aurès […] se révoltèrent et chassèrent les Vandales […]. Vainqueurs, ils purent alors s’établir partout dans le massif et en particulier dans les vallées romanisées dont la population leur fut soumise. »
121. Cf. Y. Modéran, « Des Maures aux Berbères : identité et ethnicité en Afrique », dans Identité et ethnicité : concepts, débats historiographiques, exemples (v e -xii e s.), Actes de la table ronde internationale de Caen, 15-16 octobre 2004, P. Bauduin, V. Gazeau et Y. Modéran éd., Caen, 2008, p. 109-110 où on lit : « Nous avons vu qu’en Maurétanie Sitifienne les Maures d’Ortaïas, dans les années 530, avaient probablement pour origine les tribus qui, au temps de saint Augustin, menaçaient le limes de Tobna ; or certaines de celles-ci étaient peut-être sahariennes. Mais cet apport de gentes constituées dut peser moins, au total, que ce qui fut probablement la véritable origine des Maures de l’intérieur à la fin de l’époque vandale : des populations qui, au début du ve siècle encore, n’étaient pas définies comme “maures”. Il s’agit notamment des communautés laborieuses plus ou moins romanisées de la vallée de l’Aurès, des Nememcha, et du sud-ouest de la Byzacène : ouvriers agricoles et circoncellions, colons et bergers, dont la présence est encore bien attestée au temps de saint Augustin, mais qui, un siècle après ne sont plus distingués au sein de ces régions. » Voir aussi ibid., p. 108-111.
122. Cf. Y. Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. (n. 4), p. 398-400 ; Id., « Des Maures aux Berbères », op. cit. (n. 121), p. 108, n. 64 (texte de l’inscription d’Arris et sa traduction) ; ibid., p. 115 où citant comme exemple de royaume aurasien, il écrit : « Dans l’Aurès, c’est celui de Masties, dux puis imperator, qui réunit lui aussi sous son autorité Maures et Romains. »
123. Cf. Y. Modéran, « Des Maures aux Berbères », op. cit. (n. 121), p. 115 où on lit : « Masties mourut probablement vers 494 et 500, mais son État survécut, puisqu’on peut considérer que Iaudas, décrit par Corippus et Procope comme le maître du massif entre 530 et 550, est son successeur. » Voir aussi ibid., p. 110, n. 74.
124. Y. Modéran, « Des Maures aux Berbères », op. cit. (n. 121), p. 91-134, p. 99, n. 33-34 ; ibid., p. 104-105. 125. Voir en dernier lieu : Y. Modéran, s. v. « Kahena » dans Encyclopédie Berbère, XXVII, 2005, p. 4102-4111 ; Id., « De Mastias à la Kahena », dans Actes de la première journée d’études algéro-françaises sur l’Aurès antique et médiéval organisée par l’université de Khenchela et la société Aouras, Khenchela, 4-8 juin 2005, Aouras 3, 2006, p. 159-183.
126. Y. Modéran, « Des Maures aux Berbères », op. cit. (n. 121), p. 91 (Résumé) où il écrit : « …le développement des gentes maures à partir du ve siècle est un phénomène largement nouveau qui se poursuivit jusqu’aux premiers siècles de l’époque arabe, et qui s’apparente à une ethnogenèse. Mais cette ethnogenèse, au demeurant mal connue, prit des formes originales, qui la différencient du modèle élaboré pour certains peuples européens. » Voir aussi, ibid., p. 94-95 : « cherchant d’abord à préciser la manière dont se sont formés les peuples dits “barbares”, le modèle suppose que soient, en premier lieu identifiées les principales composantes humaines amenées, à un moment de leur histoire, à se définir, comme un peuple. Le processus lui-même de construction identitaire est ensuite au cœur de l’analyse, et il oblige à deux types d’investigations : d’une part, sur les formes politiques qu’il finit par revêtir et ceux qui en furent les promoteurs – groupes guerriers, familles aristocratiques, ou même dynastie royale – ; d’autre part, sur les instruments idéologiques et culturels qui le servirent – promotion d’ethnonymes, de légendes, de traditions, voire d’une religion nationale. »
127. Y. Modéran, ibid., p. 111-113.
128. Y. Modéran, « Kusayla, l’Afrique et les Arabes », dans Identités et cultures dans l’Algérie antique, Actes du colloque international, Rouen, mai 2003, Cl. Briand-Ponsard éd., Rouen, p. 423-457.
129. Y. Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine, op. cit. (n. 4), p. 702-803
130. Ph. Leveau, dans Encyclopédie Berbère, 1990, p. 1110 où il écrit à propos de la deuxième campagne de Solomon et du dernier refuge de Iaudas : « C’est donc au sud de Taberdga si nous retenons l’idée d’une progression dans un axe Bagai-Baber-Taberdga qu’il faudrait rechercher la Geminianou Petra. Or, à 3 km à l’ouest d’elAmra, petit village de la vallée de l’oued Bedger où ont été trouvés des vestiges d’architecture chrétienne de basse époque, existent deux rochers voisins l’un de l’autre, d’accès aussi difficile que celui de Djemina. Ce sont les sites de Tizougrarine et de Countro que Masqueray et Biberent ont décrits. Tous deux étaient alimentés en eau, Tizougrarine par une citerne, Countro par un puits. Masqueray a recueilli des légendes selon lesquelles les derniers Romains de l’oued Bedger se seraient réfugiés à Countro, au moment de la conquête arabe. Plus près de nous, selon une tradition rapportée par Ch. Monchicourt, l’un des chefs de l’importante confrérie des Chabbya, prépondérante à Kairouan au xvie siècle aurait envisagé d’installer sa descendance à Tizougrarine pour lui permettre d’échapper aux Turcs. Le fait n’est certainement pas sans rapport avec la création dans la vallée de l’oued Bedger d’une zaouia de cette confrérie qui existe encore. Il y a donc dans ce secteur de l’Aurès, une vieille tradition de citadelle-refuge, dont on ne connaît pas d’équivalent dans l’Aurès occidental, qui mérite de retenir l’attention. » 131. Sur Tizougrarine, voir dans : P. Morizot, Archéologie aérienne de l’Aurès, op. cit. (n. 15), p. 245 (carte montrant la situation de Tizougrarine au sud de la Zaouia des Beni Barbar) et p. 245, fig. 209.1, vue aérienne de « Tizougrarine ou Tizigrarine ». On lit aussi, ibid. : « Selon un récit de Ch. Monchicourt c’est sur le piton de Tizougrarine que le cheikh des Chabbiyne, au xviie siècle, trouva un premier refuge avant de fonder la zaouia de l’oued Bedger. Dans un passé lointain, ce pourrait être le site de la Petra Geminianou proche de Tumar, où Iabdas, lors de la dernière campagne de Solomon avait abrité ses femmes et ses trésors. » Petra Geminianou chez Procope ne serait-elle pas une graphie pour Petra Gemelianou (= montagne des Gemellae) ? On ne peut résister à la tentation de faire ce rapprochement qui pourrait paraître quelque peu osé.

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