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Chevaux barbes / Haras National Chaouchaoua Tiaret

L’épopée du cheval barbe

Le cheval barbe était  considéré par les Grecs comme le type accompli de la beauté chevaline, car c’est celui que sculpta Phidias et que décrivit le philosophe Xénophon [1]. Ce dernier,  dressant, dans son traité « De l’art équestre » , le portrait du cheval parfait , décrit à quelques déférences près , le cheval barbe [2] . Le sculpteur Phidias pour représenter les chevaux dans « la Frise du Parthénon », avait pris comme modèle un cheval barbe élevé à Athènes.
La fascination des deux artistes grecs pour le cheval barbe est expliqué par Victor Cherbuliez dans cette improbable comparaison [3] : «  Peut-être ne le préférèrent-ils que parce qu’ils reconnurent dans sa beauté une certaine ressemblance  avec la beauté de leur propre génie. Et en effet, ne vous semble-t-il pas qu’il y a une analogie très frappante entre les formes du cheval barbe et le caractère du génie grec ? Des deux côtés, c’est la même souplesse et la même agilité, la même libre ardeur, le cheval barbe et le génie grec ont tout en commun, tout juste cette maigreur nerveuse, et cette sécheresse gracieuse qui ne se peuvent comparer qu’à la maigreur et la sécheresse de l’adolescence.
« Le cheval barbe qui est le plus intelligent des chevaux, devait être la monture naturelle du plus intelligents des peuples. Si la théorie d’Empédocle est vraie, s’il y a une âme dans le sang, ce cheval à une âme. Regardez attentivement, et vous éprouverez un étonnement mêlé d’effroi : il a quelque chose d’humain, il connait ses ressources et sa force, il modère librement son ardeur,  il sait qu’il fait partie d’un cortège religieux. A quel signe reconnait-on les âmes, si ce cheval n’en possède pas une ? »[4] .

“La frise du Parthénon” de Phidias , il a pris comme modèle un cheval barbe

La gloire des jockeys amazighs

Hérodote nous apprend  que les Grecs ont appris des berbères comment atteler quatre chevaux et dans l’antiquité, sur des chevaux barbes, beaucoup de jockeys amazighs se sont couverts de gloire dans les hippodromes de l’empire romain. Une  curieuse inscription découverte à Rome [5],  nous fait découvrir les succès qu’avait obtenus un berbère dans la course des chars pendant des années :

« Le cocher Çrescens, de la faction des Bleus, maure d’origine, âgé de 22 ans, a remporté sa première victoire dans la course des chars sous le consulat de Vipstanius Messala, le jour de la fête anniversaire du divin Nerva, au quatrième départ, avec les chevaux dont les noms suivent : Circius, Accepter, Delicatus et Cotymts. Dans l’intervalle compris entre le consulat de Messala et celui de Glabrion, le jour de la fête anniversaire du divin Claude, il est entré en lice 686 fois et a remporté le prix 47 fois, c’est-à-dire 19 fois dans les luttes où les chars couraient un à un, 23 fois dans les luttes où ils couraient deux à deux, et 5 fois dans les luttes où ils couraient trois à trois. Une seule fois il a reçu de l’avance, 8 fois il a pris la corde et l’a gardée, 38 fois il l’a conquise. Il a remporté 130 seconds prix et 111 troisièmes prix. Il a gagné 1, 558,346 sesterces » .

La monture des vaillants cavaliers numides

 Grace au cheval barbe, le cavalier numide a suivi les armées carthaginoises, puis les armées romaines, à travers tout le monde ancien[6] où ce cheval a montré toutes ses qualités d’endurance et de force. Quand Hannibal, au témoignage de Polybe, fut arrivé à quelque distance du sommet des Alpes, il décida de faire une halte de deux jours pour attendre les traînards; ceux-ci, pour le plus grand nombre, cherchèrent en vain à se retrouver parmi les ravins et les sentiers perdus de la montagne ; mais les chevaux numides qui s’étaient égarés, éventant la voie de l’armée, et, de leurs yeux  pénétrants, interrogeant ses traces errantes, rejoignirent tous avant le délai fixé[7] .

Caractéristiques du cheval barbe
«  Choisissez, écrit le poète carthaginois Némésien , un cheval venant de la terre de Maurétanie ; que ce soit un pur-sang élevé dans les plaines désertes et habitué à supporter la fatigue . Sa tête est laide , son ventre est difforme ; il ne connaît pas le frein ; de sa crinière ; il fouette ses épaules . Que cela ne vous inquiète pas , car il se laisse  facilement conduire : dès que la verge flexible touche son cou nerveux , il obéit. Un coup le met au galop , un autre coup l’arrête . Il se précipite à travers la vaste étendue de la plaine qui s’ouvre devant lui ;dans son élan rapide , ses forces s’accroissent et son sans bouillonne. Bientôt il laisse en arrière ses rivaux jaloux . C’est seulement avec les années qu’il prend pleine confiance en lui-même pour accomplir de longue courses mais , jusqu’à un âge avancé , il garde sa vigueur juvénile. Son ardeur ne l’abandonne que quand son corps usé refuse de le servir » .

“Moultazim” étalon barbe 5 ans /Haras National Chaouchaoua Tiaret


Le cheval barbe [8] a une tête assez forte, un front bombé, des arcades orbitaires peu saillantes, un chanfrein busqué, des joues fortes, des lèvres minces, une bouche petite, des oreilles minces et droites, une encolure arrondie et large, à crinière bien fournie, un garrot élevé, un dos et des lombes courts, une croupe courte et tranchante, une queue touffue, attachée bas, des membres forts, mais souvent assez mal plantés. La taille est peu élevée (1 m. 50 en moyenne). La robe est de couleur variable; le gris domine. L’aspect général est lourd, sans élégance. Mais cet animal possède de grandes qualités : docilité vitesse, vigueur, résistance aux privations et aux fatigues .
Les exigences alimentaires très petites du cheval barbe comparé à son endurance a frappé les européens . Emile Félix Gautier[9] écrit à ce propos : « il faut songer au petit cheval barbe, si sobre et si endurant. On lui donne au maximum cinq ou six kilos d’orge par jour, c’est-à-dire que nous les lui donnons, nous, Européens, avec nos habitudes de folle prodigalité. En France, n’est-ce pas, un cheval réclame une quinzaine de kilos d’avoine. Il est vrai qu’il est bien plus haut et plus membré. Mais la moindre petite bique africaine, dont les os percent la peau, fera quatre-vingts kilomètres en un jour et recommencera le lendemain. Où est le gros cheval de chez nous qui en ferait autant sans être fourbu? » .
Il ajoute louant la docilité du cheval africain «Aussi est-il petit, maigre et sec, il ne paie pas de mine : il est bien moins fort que nos chevaux, il ne faut pas lui imposer un poids aussi lourd ; il est moins violent, ses réactions et ses défenses sont moins redoutables pour le cavalier ; il est de tempérament plus doux, on peut, sans inconvénient, le laisser entier. Il est moins rapide probablement sur de courtes distances. Mais il est d’une endurance incroyable. De misérables claquettes de race barbe, insuffisamment nourries, dormant en plein air, sans entraînement systématique, font brusquement, quand on le leur demande, quatre-vingts kilomètres d’une traite et recommencent le lendemain ».

Le cheval Barbe , une race autochtone ?
C’est une question qui n’a pas encore était tranchée, le cheval barbe  a un si long pedigree, Il s’est si nettement individualisé,  accommodé au pays à travers les siècles, on serait tenté de le croire autochtone. Mais pour Stéphane Gsell et d’autres scientifiques, le barbe est pourtant immigré .
La paléontologie trancherait la question. Dans les dépôts néolithiques, le remplissage des cavernes, par exemple, les ossements de cheval ne se trouvent que dans les niveaux supérieurs ; ils y apparaissent en même temps que les premiers ossements de chien. Ni dans les dépôts néolithiques les plus anciens, ni dans les paléolithiques, ni à aucun étage géologique antérieur, on ne trouve trace paléontologique d’un cheval africain. Dans les stations paléolithiques, les seuls équidés dont les ossements puissent être déterminés avec certitude sont des zèbres.
Pour S. Gsell donc , le cheval barbe a vu le jour en Nubie [10] au court du XVI e siècle avant Jésus-Christ; et serait issu d’un croisement entre un cheval domestique importé d’Asie [11] et des zèbres africains .  S. Gsell remarque que sur les mosaïques africaines, on observe quelques chevaux qui portaient  aux épaules, aux genoux, aux jarrets des zébrures « qui se voient encore aujourd’hui chez des barbes, Il ne semble pas impossible , que cette race se soit constituée par des croisements de zèbres africains et de chevaux domestiques importés» écrit-il .
Du reste , Stéphane Gsell lui-même  ne cache pas la fragilité de son hypothèse « Sans nous dissimuler notre manque de compétence en cette question et la fragilité de nos hypothèses, nous sommes disposé , écrit-il ,  à croire que le cheval domestique a été importé d’Asie en Égypte, que, dans le voisinage de l’Égypte, peut-être dans la Nubie, soumise aux Pharaons, une race nouvelle s’est formée, par des croisements avec des zèbres, et qu’ensuite elle s’est répandue vers le Nord-Ouest, dans la seconde moitié du deuxième millénaire avant J.-C, par l’intermédiaire des Libyens habitant entre l’Égypte et la grande Syrte » .

Jugurtha Hanachi

Note :

[1] Revue des Deux Mondes – 1860 – tome 29

[2] Un cheval de Phidias: –causeries athéniennes- p.95 . Victor Cherbuliez

[3] Une fantaisie esthétique . A propos d’un Cheval.- Causeries athéniennes, par M. Victor Cherbuliez;

 1 volume in-8°, Genève 1860.

[4] la revue des Deux Mondes numéro 5 .

[5] Commentée par la comtesse de Lovatelli et lue par M. E. Renan, à la séance de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres du 8 novembre 1878

[6]  Gautier, Émile Félix  . L’islamisation de l’Afrique du Nord .

[7] Un cheval de Phidias: –causeries athéniennes…..

[8] Sanson, f. e., p. 145-6; conf. Rivière H Lecq, Manuel de d’agriculture algérien,

  1. 1005. (Cité par Gsell in Histoire ancienne de l’Afrique du Nord ) .

[9] Gautier, Émile Félix  . L’islamisation de l’Afrique du Nord .

[10] Les zoologistes signalent l’existence en Nubie d’une race très apparentée au barbe , celle de « Dongola » .

[11] S. Reinach, (Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions, 1903, p. 193) pense au contraire que ces chevaux asiatiques apparentés aux africains sont leurs descendants, non leurs ancêtres .

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