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De la république des tribus à la république des citoyens

Chacun a son opinion sur les acquis déjà engrangés pour le pays par le mouvement de dissidence populaire et pacifique.

Il ne s’agit évidemment pas de la comptabilité des affairistes et délinquants politiques mis aux arrêts depuis quelques semaines, en attendant d’autres. Le doute est permis quant à la réalité de ces arrestations-spectacles, qui ne seraient alors que des mises en scène dignes des périodes noires staliniennes, afin de faire gober au peuple une ‘’fin de système’’ illusoire.

Le plus important pour le pays c’est cette mobilisation pacifique, sur tout le territoire national, pour en finir avec le leg de la violence de 1962 et la prise en otage du pays par le système militaro-FLN depuis 57 ans. On ne cessera jamais de le répéter.

Dans ce mouvement, la jeunesse dans son ensemble est à l’avant-garde de la mobilisation et devra naturellement prendre les commandes du pays en s’affranchissant des tuteurs octogénaires et de leurs jeunes acolytes, ‘’les petits Saddam Hussein’’, qui ont monopolisé le pouvoir, instauré des mœurs de truands et mené le pays à la ruine.

Le raidissement actuel de l’autorité militaire et le louvoiement de ceux qui pensent détenir le pouvoir (dans leur logique de la force brutale et de la violence), pour ne rien lâcher et vouloir redistribuer les cartes avec d’autres hommes et femmes du système et les mêmes pratiques, ne contribuent pas à avancer dans le bon sens. Le doute est légitime.

Si le peuple est aujourd’hui pacifique, patient jusqu’à l’extrême, on ne peut oublier les leçons de l’histoire, depuis des siècles. A trop vouloir « dribbler le peuple», on risque de réveiller le terrible génie des ancêtres (1). D’autres l’ont judicieusement rappelé dans d’autres circonstances : « Rien n’est plus terrible que la colère des innocents » (M. Mammeri, citation de mémoire).

Dans la perspective de l’accomplissement de la période de transition, la vraie réponse comme exigée par le peuple est la mise en place des première bases d’un fonctionnement démocratique de l’État avec un président élu dans de réelles élections non truquées, et une assemblée constituante légitime, la refondation de l’État algérien constitue l’une des priorités.

Cette refondation à la base, par la réhabilitation de l’acte de vote personnel et confidentiel et le renouvellement des Assemblées Communales (APC), constitue une opportunité historique pour faire avancer la société en rompant définitivement avec la perversion des réflexes tribaux cultivés par le FLN et ses clones depuis 60 ans (2).

En effet, le peuple algérien n’a pas eu le temps de vivre la démocratie.

Après ‘’les mesures de responsabilité collective instituées par la France coloniale en 1955 et abrogées le 19 mars 1962, la dictature du parti unique et l’instrumentalisation du vote tribal, simulacres d’élections, sont venus pour bloquer toute évolution dans le sens positif de la société.

Le mal est profond et l’urbanisation accélérée de la société depuis 1962 n’apporte pas de solution. En effet, la ruralisation des villes les met dans la même situation que les campagnes. Même avec la mise du FLN au musée (qui est l’une des exigences non négociables des millions de manifestants), cette évolution ne pourrait se faire avec le paysage politique actuel, fait de partis croupions qui ne sont que des machines à tricher et  des cercles de prédation.

Alors, faudrait-il renouveler la classe politique par la remise à zéro des compteurs afin de provoquer l’émergence de forces politiques nouvelles, nationales et modernes ?

La dynamique de ce mouvement populaire, véritablement national et citoyen, constitue une opportunité historique pour construire une Algérie de la légalité du pouvoir, de la transparence des lois, de la solidarité et de la tolérance. Bref, une république des citoyens.

C’est du domaine du possible et la société est aujourd’hui prête… à condition que les chars ne viennent pas gâcher le rêve algérien.

Aumer U Lamara

Notes :

(1) « Ce que je crains le plus, c’est le réveil du génie berbère de la liberté », phrase attribuée au président Bourguiba, à propos de la longévité de son règne sans partage. Le réveil a bien eu lieu lors de la révolution tunisienne de 2011, et c’est son successeur, Zine El-Abidine Ben Ali,  qui a été chassé du pouvoir.

(2) Lors des élections des APC du 23 novembre 2017 en Algérie, une fête a été organisée par un président élu de la ville voisine. Elle n’a pas été organisée dans la ville où se trouve la mairie, mais dans la tribu du nouvel élu : musiciens (idebbalen/tbabla) et couscous  à volonté !

En décodant, le message était clair  : « nous fêtons la prise de la mairie… sur les autres tribus ! » (selon des témoins, c’était la prise de la Bastille !!!).

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