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Hommage à Djemaâ Djoghlal

Hommage à Djemaâ Djoghlal à Besançon, compte-rendu de Jean-Jacques Boy

L’hommage a été organisé le 14 janvier 2017 à Besançon , merci à Jean-Jacques Boy ainsi qu’à Saddok Kebairi
Tout le monde ne me connaît pas. Je m’appelle Jean-Jacques Boy, Bisontin de longue date, mais Toulousain de naissance et, oserai-je le dire, aurésien de cœur. C’est grâce à Djemaâ que j’ai appris à connaître l’Algérie et cette région autour de Khenchela, dont nombre d’entre vous êtes originaires.

J’ai été bouleversé par sa disparition. Je la savais malade, bien sûr, mais je l’imaginais indestructible. Je crois pouvoir dire qu’en fait, elle cachait bien son jeu, ne voulant jamais ennuyer les gens et surtout se mettre en avant. Elle a pourtant, ici à Besançon, été à l’initiative de bien des manifestations qui avaient, pour la plupart, les Aurès comme horizon indépassable.

Elle se donnait tout entière à ce travail de militante associative, tout en gardant secrète sa vie privée. Je ne connaissais pas grand chose de son intimité, mais j’écoutais avec un profond intérêt ses analyses sans concession sur l’être humain. On sentait simplement une grande blessure…

C’était un peu ma grande sœur. Nous avons ainsi, sur ses conseils, en 1993, créé une antenne franc-comtoise des Comités Internationaux de soutien aux intellectuels algériens (CISIA) pour « rendre visible la culture algérienne vivante ». Tout au long de ces années terribles pour le peuple algérien, cela nous a permis d’accueillir à Besançon des Algériens menacés dans leur vie… et mettre à l’honneur, dans notre ville, de nombreux artistes.

Il s’agissait avant tout « d’apporter notre soutien multiforme aux Algériens persécutés, toutes catégories sociales confondues ». Puis ce fut l’association « A la rencontre de Germaine Tillion » toute entière consacrée à ce belle exemple d’humanité, grand témoin du XX° siècle, que fut Germaine Tillion ». Elles furent amies , leur grande connaissance du pays berbère les a indéniablement rapprochées. Djemaâ y est née, Germaine y a travaillé en tant qu’ethnographe dans les années 30. Et quand Germaine a publié « L’Algérie aurésienne », elle consulta, y écrit-elle dans la préface, « Djemaâ Djoghlal, pure Chaouiate née à Khenchela».

Mais la véritable raison qui a poussé Djemaâ à nous proposer la création de cette association d’envergure régionale est contenue dans l’objet de celle-ci : La ville de Besançon et la Région de Franche-Comté sont deux fois directement concernées par la personnalité et l’action de Germaine Tillion : – l’intégralité des archives de Germaine Tillion en rapport avec son action à Ravensbrück est conservée au « Musée de la Résistance » à la Citadelle de Besançon,

– de nombreux francs-comtois immigrés, ou issus de l’immigration, viennent de la région des Aurès en Algérie, où Germaine Tillion a enquêté, agi et vécu dans les années trente.
À propos de son livre « Il était une fois l’ethnographe », elle écrit : « Ce récit est celui d’une rencontre : la rencontre avec l’Aurès, avec les Chaouias, le peuple berbère ». Et de cela, Djemaâ pouvait être fière !

A Besançon, nous connaissions aussi Djemaâ pour avoir participé à la création du théâtre universitaire aux côtés de Lucile Garbagnati. Voilà ce que Lucile nous écrira, n’étant pas disponible pour le jour de l’hommage : « j’ai connu Djemaâ sans interruption depuis plus de 30 ans, tant sur le plan professionnel que personnel, et ce que je retiens d’elle c’est sa pugnacité à affirmer et à prouver par sa vie même à la fois la dignité de la femme et la possibilité d’une double appartenance culturelle autour de nos trois valeurs fondamentales : liberté, égalité, fraternité sans éluder leurs manquements et toute l’espérance dont elles sont porteuses. »

Puis, il y eut plusieurs interventions. Et de la musique : des chants de Houria Aïchi, originaire des Aurès, berbérophone et arabophone. Noëlle nous dira, en fin de manifestation, ses regrets de ne pas l’avoir connue.
Akila, sa fille de Marseille n’a pu se déplacer, mais nous a envoyé un magnifique texte qui émut toute l’assemblée. Il est joint en annexe. Marie Virolle, venue de Limoges spécialement pour l’hommage nous dira l’estime dans laquelle elle tenait Djemaâ qui contribuait à la revue littéraire qu’elle dirige : Algérie, littérature / action », éditée par les éditions MARSA.

Djemaâ, nous dira Marie, « était très attentive à cette publication et l’a toujours soutenue». Elle nous lut quelques extraits d’un texte que Djemaâ écrivit, en 2000, en hommage à Matoub Lounès : « Je repense à ton regard émerveillé lorsque, conseillée par ta sœur Malika, je t’avais offert le livre de poésie écrit par des Résistants français et illustré avec leurs dessins par des artistes de renom. Ils étaient ta famille d’esprit et de cœur, celle que, librement, tu avais choisi de servir.

« Tu élargissais cette famille à Slimane Azem, Dahmane El Harrachi, Pablo Neruda, Kateb Yacine, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui savent dire non à toute atteinte à la dignité humaine. Les connues et inconnues, d’hier, qui se sont vouées corps et âmes à l’action d’indépendance contre le système colonial français, sans leur participation rien n’aurait pu se réaliser. Celles et ceux, d’aujourd’hui, qui prennent la relève contre la pieuvre verte, tu étais leur héritier.

« En 1996 au Zénith, tu avais permis à Houria Aichi de chanter en première de ton spectacle, ainsi qu’aux jeunes talents dont tu ne craignais pas la concurrence, ta générosité dépassait les calculs mesquins, oui la générosité pas la charité qui insulte son bénéficiaire.

« Ton refus de l’asservissement de l’homme par l’homme, de la femme par l’homme guidait toutes tes démarches et «tes coups de gueule», tu étais le chantre des sans voix et sans voies. Tu rêvais debout comme Martin Luther King, tu criais que les jeunes touchés dans leur chair ne peuvent espérer un lendemain meilleur.

Dessin réalisé par Claude Cornu

« Tu militais contre le refoulement individuel et collectif qui produit la névrose, tu savais qu’il faut être Soi pour comprendre l’Autre. Pour toi, la religion était une spiritualité ancestrale qui devait être librement choisie, tu ne servais ni la croix, ni le croissant, seulement la liberté de conscience. Tu refusais l’impérialisme, qu’il soit religieux, culturel ou économique. Tu avais saisi les effets néfastes du tribalisme et du clanisme qui ankylosaient notre société, mais tu rêvais à l’union de la culture berbère. »

Nous nous sommes posés la question de savoir si ce texte ne pouvait pas être un hommage à Djemaâ, tant il lui ressemble.

Claude Cornu, artiste et photographe, était là, lui aussi bouleversé par la disparition de celle qui « laisse un grand vide ». Il n’a pas voulu prendre la parole. Il a simplement croqué les Aurès en hommage à celle qui a longtemps œuvré pour que l’histoire singulière de Claude entre 1958 et 1960 puisse être éditée, accompagnée par de magnifiques croquis des habitants et paysages de Nouader (inourer) .

C’est Salim Guettouchi qui, dans l’Expression, journal algérien d’expression française, nous dit des choses justes concernant Djemaâ :

« … Au-delà du caractère intransigeant de la défunte, Djemaâ était par-dessus tout un être d’une extrême générosité. Elle recevait dans son petit appartement parisien tout étudiant algérien ou étranger désirant faire des recherches universitaires. Ses documents et ses livres constituaient, à en croire ses proches, tout pour elle. Mais en dépit de cela, elle a décidé récemment de s’en séparer pour en faire don aux universités de sa région natale, Batna et Khenchela… Adieu Djemaâ, adieu Nana !, nous ne t’oublierons jamais ».

Dessin de Claude Cornu

En fin de réunion, Lazhar Hakkar proposa que nous nous réunissions plus tard après avoir fait l’inventaire de ses écrits, ce qui nous permettrait de prendre la mesure de son implication dans la défense de la culture berbère, l’égalité homme – femme, la recherche de la vérité historique dans tout ce qui a trait à l’histoire de la révolution du 1° novembre 54 et de bien d’autres choses…

Elle était par dessus tout d’une grande générosité, doublée d’une abnégation sans faille. Elle recevait chez elle, dans ce vieil appartement chargé de livres, tout étudiant algérien ou étranger désirant faire des recherches universitaires.

Ainsi de tout cela, nous pourrions reparler à l’occasion d’une rencontre hommage à une date qui pourrait coïncider avec le premier anniversaire de son décès (14 novembre 2017).

Jean-Jacques Boy , président de l’association ” A la rencontre de Germaine Tillion”

hommage à Djemaâ 1

Texte de Akila ( fille de Djemaâ Djoghlal) sur sa maman :

A TOI MAMAN

Pourquoi je ne vois plus cette petite silhouette ?

Celle qui enveloppait une femme super chouette

Pourquoi le destin a décidé de nous séparer de ta présence?

Toi la guerrière qui nous a laissé son immense courage malgré son absence

Aujourd’hui, j’ai repris le chemin de l’écriture

Celui avec lequel tu voulais construire un superbe futur

Oui tu as su apporter des réponses à ces générations

Oui tu as su comprendre que l’éducation faisait la nation

Merci d’avoir penser à toutes ces prochaines naissances

Oui ton don de livres complétera leurs connaissances

Je n’ai encore pas assez de recul pour t’écrire un grand poème

Mais sache que tous les jours j’embrasse ta photo, ma mamounette que j’aime.

J’écoute la chanson de Whitney qui dit « Je compte sur toi »

Et bien oui, tu peux compter sur moi même si tu n’es plus là

Car nous avions les mêmes combats

Rendre à ce monde la paix, l’amour et la joie

Nous ne t’oublierons pas, tes deux frères, leurs enfants , tes petits enfants et tes amis qui pensent fort à toi

Heureusement ils étaient et ils sont là

Je t’imagine auprès de Rachid et de mes bébés

Je te sens sereine, inquiète pour nous mais reposée

La seule chose qui me soulage

C’est l’attention de la famille, de tes amis et leurs hommages

Et oui je me dis ce petit bout de femme

Ce petit bout a éteint pas mal de flammes

Car grâce à sa générosité elle aura su donner

Un peu de paradis à ceux qui se sentaient abandonnés

Merci petit bout de femme

Je suis fière d’être la fille d’une grande dame

Je ne te dis pas adieu

Car je te photographie tous les jours dans les cieux

Je te dis au revoir

Et t’inquiète je vais continuer à tracer cette route de la paix pour redonner l’espoir

Pour tous ces êtres qui nous donnent envie de se battre pacifiquement chaque jour

Je continuerai à distribuer des actes de solidarité pour toujours

Car tu m’as apporté dans tes derniers instants et malgré ta souffrance

La force de cette CHAOUIA qui avait une empathie immense.

Même d’en haut tu as su joindre les personnes entre elles

Et oui tu es toujours là tes actions brillent comme les rayons du soleil

Au revoir ma mamounette à moi

Repose en Paix comme tu le souhaitais

Et continue à briller de toute ton humanité.

Merci à tous ceux et celles qui nous ont accompagné jusqu’au bout et qui la font revivre tous les jours.

Ses deux frères, leurs enfants, ses petits enfants qui j’espère respecteront son souvenir, et surtout nos amis et ses amis. Merci.

Retenez ma phrase s’il vous plaît car elle l’aimait :

« LA SOLIDARITE C’EST LA CLÉ DU MONDE ENTIER »

Akila

 

Exposition de livres sur les Aurès à l’occasion de l’hommage de Djemaâ


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